[revue-presse-FNH] Petite revue de presse spéciale Fukushima, 10 ans après (vendredi 11 mars)

Florence de Monclin f.demonclin at fnh.org
Ven 12 Mar 08:31:16 CET 2021


Bonjour à tous,

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1- Dix ans après Fukushima, le nucléaire toujours moribond au Japon <https://www.youtube.com/watch?v=jjstoz2jHM0>, AFP, 05/03/21, 00:00
2- Japon : les murs anti-tsunami, massif héritage de la catastrophe de 2011 <https://information.tv5monde.com/info/japon-les-murs-anti-tsunami-massif-heritage-de-la-catastrophe-de-2011-399062>, AFP, 05/03/21, 20:00
3- Récit. Dix ans après la catastrophe de Fukushima, plongée dans l'enfer de la centrale ravagée : "Je nous voyais tous morts" <https://www.francetvinfo.fr/monde/japon/fukushima/recit-dix-ans-apres-la-catastrophe-de-fukushima-plongee-dans-l-enfer-de-la-centrale-ravagee-je-nous-voyais-tous-morts_4310377.html>, France info, 07/03/21, 17:00
4- A Fukushima, la difficile renaissance d'anciennes villes fantômes <https://information.tv5monde.com/info/fukushima-la-difficile-renaissance-d-anciennes-villes-fantomes-399605>, AFP, 09/03/21, 09:00
5- Tribune. Fukushima, le Tohoku et ses fantômes <https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/09/fukushima-le-tohoku-et-ses-fantomes_6072479_3232.html>, Le Monde, 09/03/21, 14h38 
6- Dix ans après Fukushima, "aucun effet néfaste sur la santé", d'après l'ONU <https://information.tv5monde.com/info/dix-ans-apres-fukushima-aucun-effet-nefaste-sur-la-sante-d-apres-l-onu-399658>, AFP, 09/03/21, 20:00
7- Récit. Dix ans après Fukushima : le récit d’une inévitable catastrophe <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/10/dix-ans-apres-fukushima-le-recit-d-une-inevitable-catastrophe_6072632_3244.html>, Le Monde, 10/03/21, 19h00
8- Fukushima : dix ans après la catastrophe nucléaire, les risques demeurent <https://www.actu-environnement.com/ae/news/fukushima-catastrophe-nucleaire-anniversaire-dix-ans-risques-37178.php4>, Actu-environnement, 10/03/21
9- Dix ans après la catastrophe de Fukushima, qu'est-ce qui a changé dans les centrales nucléaires françaises ? <https://www.francetvinfo.fr/monde/japon/fukushima/qu-a-change-la-catastrophe-de-fukushima-dans-les-centrales-nucleaires-francaises_4303101.html>, France info, maj le 11/03/21 à 06:50
10- Japon, 11 mars 2011 : le récit du triple désastre <https://information.tv5monde.com/info/japon-11-mars-2011-le-recit-du-triple-desastre-399895>, AFP, maj le 11/03/21 à 08:00
11- Reportage. Dix ans après Fukushima : à l’ombre des digues, les voix assourdies des victimes du tsunami <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/10/dix-ans-apres-fukushima-a-l-ombre-des-digues-les-voix-assourdies-des-victimes-du-tsunami_6072529_3244.html>, Le Monde, maj le 11/03/21 à 08h43
12- Le Japon se fige pour les dix ans de la triple catastrophe de 2011 <https://information.tv5monde.com/info/le-japon-se-fige-pour-les-dix-ans-de-la-triple-catastrophe-de-2011-399892>, AFP, maj le 11/03/21 à 15:00
13- Reportage. Dix ans après Fukushima, les évacués confrontés au dilemme du retour <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/dix-ans-apres-fukushima-les-evacues-confrontes-au-dilemme-du-retour_6072685_3244.html>, Le Monde, 11/03/21, 13h55
14- Décryptage. Dix ans après, l’impossible bilan de la catastrophe nucléaire de Fukushima <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/dix-ans-apres-l-impossible-bilan-de-la-catastrophe-nucleaire-de-fukushima_6072670_3244.html>, Le Monde, 11/03/21, 15h48
15- Tchat. Nucléaire : « L’expérience de Fukushima a conduit de nombreux pays à rehausser les exigences de sûreté » <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/nucleaire-l-experience-de-fukushima-a-conduit-de-nombreux-pays-a-rehausser-les-exigences-de-surete_6072807_3244.html>, Le Monde, 11/03/21, 20h15 
En images
16- Tsunami au Japon : 10 ans après, les habitants sont-ils revenus ? <https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/tsunami-au-japon-10-ans-apres-les-habitants-sont-ils-revenus-18150980.html>, TF1, journal de 20h, 09/03/21
16- Fukushima, 10 ans après <https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-12/2299349-invites-roselyne-bachelot-francois-xavier-menage-et-yoann-riou.html>, France 5, C à vous, 11/03/21, 18h59
18- En images. Du tsunami à Fukushima : 350 kilomètres et dix ans dans l’œil du photographe japonais Hisashi Murayama <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/du-tsunami-a-fukushima-350-kilometres-et-dix-ans-dans-l-il-du-photographe-japonais-hisashi-murayama_6072806_3244.html>, Le Monde, 11/03/21, 19h43

Bien à vous,
Florence

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DOSSIER DU JOUR : Le 11 mars 2011, un puissant séisme touche le Japon, puis une vague de 30 mètres de haut, entraînant 22 000 morts et disparus. Quelques minutes plus tard, le raz-de-marée frappe la centrale nucléaire de Fukushima et 160 000 personnes sont évacuées. Au total, le séisme et le tsunami ont fait quelque 18.500 morts ou disparus. L'accident de Fukushima est le pire accident nucléaire depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, où une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde avait été observée. Meurtri, le Japon a entrepris le plus grand nettoyage radioactif de l’histoire. Dix ans après la catastrophe de Fukushima, la filière nucléaire japonaise bat toujours de l'aile, avec une grande partie des réacteurs du pays à l'arrêt ou en voie de démantèlement. Et depuis, qu’est-ce qui à changé au Japon comme dans les centrales françaises ? (cf. item 1 à 18)
NOTRE ACTU : A suivre sur notre site Internet <http://www.fondation-nature-homme.org/>, Facebook <https://www.facebook.com/FondationNH/>, Twitter <https://twitter.com/fondationNH> ou Instagram <https://www.instagram.com/fondationNH/>.
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> Groupe Facebook "Infos et astuces pour économiser l’énergie <https://www.facebook.com/groups/208132273169772/?utm_campaign=GE2018&utm_medium=E5&utm_source=GE2018E516>"
> Une collection de vidéos pour décrypter les enjeux écologiques et climatiques <https://www.youtube.com/playlist?list=PLh--7obE3XQ4Ku7J6VzsvlsKayQqvJTq9>
> Pétition. TAFTA, CETA : des traités climaticides qui menacent nos démocraties. <http://fondation-nicolas-hulot.org/action/tafta-ceta-des-traites-climaticides-qui-menacent-nos-democraties/?_ga=1.254849352.1537587716.1214298697>
> Pétition. Crèches : arrêtons d’intoxiquer nos enfants <https://formulaires.fondation-nicolas-hulot.org/fra/petition_ecolocreche>
> Pour répondre PRÉSENT à l’APPEL DES SOLIDARITÉS porté par plus de 80 ONG & associations de tous horizons <https://www.appel-des-solidarites.fr/>
> 2nd édition de My Positive Impact : les 6 lauréats du public et les 3 lauréats du jury <http://www.mypositiveimpact.org/les-solutions>
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1- Dix ans après Fukushima, le nucléaire toujours moribond au Japon, AFP, 05/03/21, 00:00
Etienne Balmer

Dix ans après la catastrophe de Fukushima, la filière nucléaire japonaise bat toujours de l'aile, avec une grande partie des réacteurs du pays à l'arrêt ou en voie de démantèlement.
Le gouvernement est cependant favorable à une relance de la filière, pour réduire l'importante dépendance énergétique du pays, et aussi ses émissions de CO2 en vue de son nouvel objectif de neutralité carbone d'ici 2050.
- Où en est le chantier à Fukushima ?
Environ 5.000 personnes travaillent quotidiennement sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi, dont les réacteurs 1 à 4 avaient été gravement endommagés après le tsunami du 11 mars 2011.
Des enchevêtrements de ferraille çà et là, comme au sommet du réacteur numéro 1 au toit toujours décapité, rappellent la violence de la catastrophe. 
Et avec leurs signaux sonores stridents, les dosimètres mobiles disposés un peu partout ne rassurent guère. Depuis dix ans, les pourtours des réacteurs ont été déblayés, de nouvelles digues construites, des barres de combustible intactes retirées avec des grues géantes.
Mais le plus dur reste à faire : extraire près de 900 tonnes de combustible fondu avec d'autres débris devenus eux aussi hautement radioactifs.
Le développement au Royaume-Uni d'un bras robotique spécial ayant été retardé par la pandémie, le démarrage du retrait du combustible fondu a été repoussé d'un an, à 2022: presque une bagatelle pour un démantèlement devant encore durer 30 à 40 ans, au mieux.
Par chance, le puissant séisme qui a de nouveau secoué le nord-est du Japon le 13 février dernier n'a pas provoqué de tsunami ni causé de dégâts majeurs, y compris à Fukushima Daiichi.
Cela a toutefois accéléré l'écoulement de l'eau de refroidissement dans plusieurs réacteurs, a constaté l'opérateur Tepco. Mais la situation est sous contrôle, assure le groupe, comme cette eau est maintenue en circuit fermé et pompée.
L'eau souterraine des montagnes voisines, devenant radioactive en s'infiltrant dans le sous-sol des réacteurs, a longtemps été un gros problème, désormais atténué par un "mur de glace" de 30 mètres de profondeur et 1,5 kilomètre de longueur sous les réacteurs.
Mais à cause de la pluie également, environ 140 m3 d'eau radioactive par jour en moyenne ont été générées en 2020 sur le site.
Ces eaux contaminées, filtrées mais contenant toujours du tritium, s'accumulent actuellement dans un millier de citernes bleues, grises et blanches sur le site.
Les capacités de stockage sur place arrivant à saturation à l'été 2022, la solution d'un rejet progressif en mer s'est imposée, mais le gouvernement japonais n'a pas encore officialisé cette décision politiquement très sensible.
- Quel rôle joue encore le nucléaire ?
Seuls neuf réacteurs nucléaires sont opérationnels actuellement au Japon, contre 54 avant mars 2011, et le démantèlement de 24 réacteurs est déjà acté.
Tous les réacteurs japonais avaient été mis à l'arrêt après l'accident, pour renforcer drastiquement les normes nationales de sécurité nucléaire.
La part de l'atome dans la production d'électricité du pays représentait seulement 6,2% en 2019, contre 30% avant 2011, selon des données officielles.
L'objectif actuel du gouvernement est de la porter à 20-22% d'ici 2030. Cet objectif, en cours de révision, paraît toutefois impossible à atteindre aux yeux de nombreux experts.
- Pourquoi la relance du secteur patine ?
Une majorité de Japonais sont hostiles au nucléaire depuis le traumatisme de Fukushima. Et des dizaines de contentieux, initiés par des riverains de centrales pour s'opposer à leur réouverture, sont toujours en cours.
Les nouvelles normes de sécurité nucléaire, les démantèlements et la maintenance des centrales entraînent par ailleurs des coûts astronomiques.
Début 2020, l'agence de presse japonaise Kyodo avait chiffré ces coûts à 13.460 milliards de yens (plus de 106 milliards d'euros). Cette estimation n'incluait pas les coûts du démantèlement de Fukushima Daiichi et des travaux de décontamination de la zone, probablement encore plus élevés.
"L'avenir du nucléaire est très sombre" au Japon, a estimé ce mois-ci Takeo Kikkawa, un expert universitaire conseillant le gouvernement en matière de programmation énergétique. Ce sera au mieux une énergie de transition car le renouvellement du parc nucléaire n'est pas prévu, a-t-il ajouté.
Les acteurs nippons de la filière préfèrent ainsi davantage investir dans les énergies renouvelables, un secteur bien plus rentable et dans lequel le Japon veut désormais accélérer.
En juin dernier, Tepco a notamment annoncé son intention d'investir environ 2.000 milliards de yens (près de 16 milliards d'euros) sur dix ans pour se renforcer dans les énergies vertes. Toshiba et Hitachi ont quant à eux abandonné ces dernières années leurs projets de centrales nucléaires au Royaume-Uni.
<https://www.youtube.com/watch?v=jjstoz2jHM0 <https://www.youtube.com/watch?v=jjstoz2jHM0>>
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2- Japon : les murs anti-tsunami, massif héritage de la catastrophe de 2011, AFP, 05/03/21, 20:00
Natsuko Fukue

Les imposants murs anti-tsunami étaient censés protéger la petite ville côtière de Taro de la fureur de l'océan, mais les vagues qui ont frappé le nord-est du Japon le 11 mars 2011 y ont malgré tout semé la mort et la destruction.
Dix ans après l'une des pires catastrophes naturelles de l'histoire, la douloureuse leçon --construire plus haut-- a été retenue dans toute la région, dont les côtes sont aujourd'hui parées de centaines de kilomètres de ces remparts de béton, sauf quand les habitants les ont rejetés.
Jusqu'à 2011, les habitants de Taro, dans le département d'Iwate, se croyaient en sécurité. Nous avions "bâti la ville parfaite pour se protéger des catastrophes", déclare à l'AFP Kumiko Motoda, une guide touristique locale.
Taro, déjà ravagée par des tsunamis en 1896 et 1933, s'était équipée dès 1934 de remparts de béton. Hauts de 10 mètres et s'étalant sur 2,4 kilomètres le long de la mer, ils étaient surnommés "la Grande Muraille" par les gens du coin.
Pour parfaire le tout, 44 routes d'évacuation, éclairées grâce à des panneaux solaires, devaient permettre aux habitants de se mettre à l'abri des flots en 10 minutes, explique Mme Motoda.
Mais il y a dix ans, une vague de 16 mètres a balayé ces certitudes, détruisant le mur et emportant maisons et voitures. 
Le bilan officiel à Taro s'est établi à 140 morts et 41 disparus.
- 430 km de digues -
Après la catastrophe, le gouvernement japonais a incité les régions côtières à construire ou reconstruire ces digues protectrices, avec à l'appui l'équivalent de 10 milliards d'euros de fonds publics.
Au total, un rempart discontinu de 430 kilomètres est censé être achevé prochainement sur les côtes des trois départements du nord-est frappés par la catastrophe : Fukushima, Miyagi et Iwate.
Ces structures ont transformé le littoral, obstruant la vue sur la mer. 
Les habitants de Taro, où trois murs allant jusqu'à 14,7 mètres de haut s'étendent sur plus de deux kilomètres, doivent se tordre le cou pour en distinguer le sommet et gravir un escalier d'une trentaine de marches pour apercevoir l'océan.
Mais, selon les experts, la présence de ces fortifications est justifiée par la double protection qu'elles offrent en repoussant la force des vagues, ce qui réduit les dégâts, et en accordant aux habitants un sursis pour se mettre hors de portée des flots.
En 2011, "ces quelques minutes ont souvent fait la différence entre ceux qui ont pu évacuer et ceux qui ont été pris dans le tsunami", rappelle Tomoya Shibayama, professeur en génie civil et environnemental à l'université Waseda de Tokyo.
Les murs les plus récents ont des bases plus larges et sont renforcés à l'intérieur pour mieux résister à la puissance des vagues. Leur hauteur a aussi été ajustée en fonction des dernières simulations, leur permettant en théorie de faire face même à des tsunamis exceptionnels.
Les systèmes d'alerte ont aussi été améliorés et des simulations informatiques ont permis notamment d'optimiser les routes d'évacuation. 
Mais les murs sont toujours la clé de voûte, estime M. Shibayama, car "il y aura toujours un risque de catastrophe naturelle" au Japon.
- "C'est chez moi" -
A Taro, la catastrophe a cependant montré qu'un mur seul ne suffisait pas. "Il y a des gens qui n'ont pas évacué, pensant que le tsunami ne les atteindrait pas", se souvient Mme Motoda.
La première alerte faisait état d'une vague de trois mètres et, en raison des coupures d'électricité qui ont suivi, beaucoup d'habitants n'ont pas été prévenus quand la prévision a été révisée à dix mètres.
Un fort séisme deux jours plus tôt avait aussi entraîné un petit tsunami, faisant naître une fausse sensation de sécurité.
"Les murs visent à gagner du temps pour évacuer, pas à arrêter les tsunamis", note Mme Motoda, dont la mère est portée disparue depuis 2011.
Pour elle, ces parois doivent aussi servir à empêcher les corps d'être emportés vers le large. "Je pense qu'elle serait revenue à la maison si les murs n'avaient pas été détruits", dit-elle en pensant à celui de sa mère. 
Mais ces édifices de béton sont parfois impopulaires et certaines communautés ont refusé d'être coupées de la mer, quels que soient les risques.
Le village de pêcheurs de Mone (département de Miyagi) --où le tsunami de 2011 a fait quatre morts et détruit 42 des 55 maisons-- a ainsi préféré déménager plus loin, à 40 mètres au-dessus du niveau de la mer.
"La seule manière de sauver nos vies quand un tsunami frappe est d'évacuer en hauteur. Qu'il y ait un mur ou non n'a pas d'importance", pense Makoto Hatakeyama, un ostréiculteur de Mone.
Il y a dix ans, comme d'autres pêcheurs, il s'est précipité vers la mer pour tenter de sauver son bateau et a survécu en gagnant une île voisine à la nage.
"On ne peut rien faire contre" les tsunamis et les séismes qui se produisent régulièrement, estime cet homme de 42 ans.
Il n'est pas prêt en revanche à renoncer à son lien avec la mer. "Cette vue, cette brise, cette atmosphère (...) Il ne reste presque plus d'endroits comme ça au Japon".
La mer, "c'est mon identité. Elle m'apaise. C'est chez moi".
<https://information.tv5monde.com/info/japon-les-murs-anti-tsunami-massif-heritage-de-la-catastrophe-de-2011-399062 <https://information.tv5monde.com/info/japon-les-murs-anti-tsunami-massif-heritage-de-la-catastrophe-de-2011-399062>>
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3- Récit. Dix ans après la catastrophe de Fukushima, plongée dans l'enfer de la centrale ravagée : "Je nous voyais tous morts", France info, 07/03/21, 17:00
Robin Prudent, France Télévisions

Pendant quatre jours et quatre nuits, en mars 2011, des centaines d'ouvriers ont tenté, parfois au péril de leur vie, de contenir les dégâts du séisme et du tsunami qui ont détruit la centrale nucléaire japonaise.
"Les secousses sont devenues de plus en plus violentes. Je ne pouvais plus tenir debout." Il est 14h46 au Japon, le 11 mars 2011, quand Masao Yoshida, directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, est surpris par un tremblement de terre. Dans son bureau, les étagères valdinguent, le téléviseur se renverse et les faux plafonds s'écroulent. Le séisme le plus violent jamais enregistré dans l'archipel vient de frapper à quelques centaines de kilomètres de là. Le point de départ de la plus grave catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl, en 1986.
"Je me tenais à mon bureau, je voulais me glisser dessous, mais je ne pouvais que rester accroché, debout", poursuit Masao Yoshida lors d'une audition devant une commission d'enquête, quelques mois après la catastrophe. Fraîchement nommé à la tête de la centrale, cet ingénieur de 46 ans va diriger les opérations tout au long du désastre. Ce vendredi après-midi, pas moins de 6 400 personnes travaillent sur le site, situé au bord de l'océan Pacifique. Les trois premiers réacteurs fonctionnent à pleine puissance. Les trois autres sont arrêtés pour des opérations de maintenance.
>> Suite à lire à :
<https://www.francetvinfo.fr/monde/japon/fukushima/recit-dix-ans-apres-la-catastrophe-de-fukushima-plongee-dans-l-enfer-de-la-centrale-ravagee-je-nous-voyais-tous-morts_4310377.html <https://www.francetvinfo.fr/monde/japon/fukushima/recit-dix-ans-apres-la-catastrophe-de-fukushima-plongee-dans-l-enfer-de-la-centrale-ravagee-je-nous-voyais-tous-morts_4310377.html>>
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4- A Fukushima, la difficile renaissance d'anciennes villes fantômes, AFP, 09/03/21, 09:00
Shingo Ito

Masakazu Daibo a rouvert le restaurant d'anguilles de sa famille à Namie, petite ville du nord-est du Japon qui avait dû être totalement évacuée après la catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011. Mais il n'a quasiment aucun voisin.
Son établissement est toujours entouré de bâtiments abandonnés, envahis par les mauvaises herbes, dans ce qui était autrefois le centre-ville de Namie.
Une décennie après le puissant séisme sous-marin ayant déclenché le tsunami qui a lui-même causé le pire accident nucléaire au monde depuis Tchernobyl, les localités hantées par le désastre et la menace persistante des radiations s'interrogent toujours : comment rebâtir une communauté ?
Jusqu'à 12% du département de Fukushima, soit plus de 1.650 km2, avaient été interdits d'accès dans les mois ayant suivi la catastrophe, et jusqu'à 165.000 habitants avaient évacué, par obligation ou par choix.
De nombreuses zones ont été déclarées à nouveau habitables par les autorités à la suite de travaux intensifs de décontamination ces dernières années. 
Mais beaucoup des "déplacés" de Fukushima sont réticents à revenir, en dépit d'incitations financières de l'Etat et de loyers bon marché.
Masakazu Daibo, lui, a franchi le pas l'an dernier, reprenant le restaurant que tenait son grand-père à Namie avant la catastrophe, à environ neuf kilomètres de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi.
- Chiens errants, vaches et cochons -
Namie et 11 autres communes voisines faisaient partie d'une zone d'exclusion autour de la centrale, seulement accessible pour de brèves visites des années durant.
"Il n'y avait plus personne, mais la ville est restée. C'était comme un décor de cinéma", raconte à l'AFP M. Daibo, 65 ans. "Je voyais seulement des chiens errants, des vaches et des cochons".
A cause des radiations, des murs du restaurant ont dû être abattus et Masakazu Daibo a dû jeter tout ce qu'il restait à l'intérieur.
Mais grâce à sa cuisine, le restaurateur espère que ses clients retrouveront le "goût d'antan". "J'espère que ma présence sera un rayon de soleil pour cette ville".
Les restrictions ont été levées pour seulement un cinquième du territoire de Namie, dont la population actuelle (1.580 habitants) représente à peine 7,5% de celle d'avant mars 2011.
Environ 36% des habitants sont âgés de 65 ans et plus, contre 29% pour la moyenne nationale. Les écoles de la commune accueillent seulement 30 élèves, contre près de 1.800 il y a dix ans.
Le Japon dans son ensemble est touché par un fort vieillissement démographique, mais pour Namie, "c'est comme si le futur dans 20 ans était arrivé d'un coup", explique Takanori Matsumoto, un responsable municipal.
"Survivre en tant que communauté est notre défi majeur", souligne-t-il.
Environ 337 km2, soit 2,4% de la superficie du département de Fukushima, demeurent actuellement inhabitables, et la population des déplacés est tombée à environ 36.000 personnes, selon des chiffres officiels, que de nombreux experts jugent toutefois largement sous-évalués.
Le gouvernement n'a pas fixé de date pour la levée des ordres d'évacuation restants, et de gros doutes persistent sur la durée du démantèlement de la centrale de Fukushima Daiichi, censé encore prendre de 30 à 40 ans.
Seulement 15% de la zone de décontamination spéciale délimitée par le gouvernement ont été complètement nettoyés à ce jour, a dénoncé l'organisation environnementale Greenpeace dans un rapport publié la semaine dernière, en se basant sur ses propres mesures des radiations.
- "Personne ne vient ouvrir" -
"Si j'étais seule, je reviendrais", assure Megumi Okada, une mère de famille partie de Fukushima après la catastrophe, bien qu'elle n'habitait pas dans une zone à évacuer.
"Mais en tant que mère, je veux vraiment éviter les risques pour mes enfants", ajoute Mme Okada, 38 ans, qui vit maintenant à Tokyo.
Et le retour a parfois un goût amer. Takao Kohata, 83 ans, est rentré à Minamisoma, au nord de la centrale accidentée, mais les parents de ses quatre petits-enfants ne les autorisent pas à lui rendre visite, par peur des radiations.
"Je comprends totalement leurs inquiétudes, mais je me sens un peu triste et solitaire", confie-t-il à l'AFP.
Masaru Kumakawa, 83 ans lui aussi, s'est réinstallé à Namie il y a trois ans, bien qu'il ait perdu ici sa femme dans le tsunami de 2011. 
Tout en dirigeant une association visant à retisser des liens entre habitants, il a du mal à se rapprocher de ses voisins dans son nouveau lotissement.
"Ils ont vécu en tant qu'évacués pendant trop longtemps", dit-il. "On sonne à la porte, mais personne ne vient ouvrir".
<https://information.tv5monde.com/info/fukushima-la-difficile-renaissance-d-anciennes-villes-fantomes-399605>
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5- Tribune. Fukushima, le Tohoku et ses fantômes, Le Monde, 09/03/21, 14h38 
Par François Lachaud, Directeur d'études à l'Ecole française d'Extrême-Orient

Le tsunami, qui a suivi le tremblement de terre du 11 mars 2011 ravageant le nord-est du Japon, a entraîné la disparition de 2 500 personnes, dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Ces disparitions ont ravivé de vieilles croyances et des rites, ainsi que le raconte dans une tribune au « Monde » François Lachaud, directeur d’études à l’Ecole française d’Extrême-Orient.
Tribune. Emportés par le tsunami du 11 mars 2011, les milliers de corps qui n’ont jamais été retrouvés ont ravivé de vieilles croyances et des rites de communication avec les revenants afin de retisser des liens outre-tombe.
« Aimerais-tu entendre ma fille ? Les voix des disparus ? » Venant d’une femme que j’avais connue à l’université à l’extrême fin des années 1980, cette proposition me surprit. Le lien fort qui nous réunissait s’était tissé autour d’Emily Dickinson, de l’équipe de Liverpool de football – les Reds.
La vie ne l’avait pas épargnée. Mère célibataire abandonnée par un mari aussi carriériste que brutal, elle avait rejoint les rangs des « fleeters » – le terme japonais péjoratif pour désigner les travailleuses précaires avec ou sans contrat –, dans la région du Tohoku (littéralement « nord-est »). Elle avait reconstruit une vie minuscule et ardente avant que le tsunami du 11 mars 2011 n’emporte sa fille et ne la lui rende jamais.
Des trépassés devenus fantômes
Le désastre qui avait frappé le Japon avait causé la mort de près de 20 000 personnes parmi lesquelles 2 500 « disparues ». Ceux-ci étaient des morts sans liens (« muenbotoke ») – le mot « hotoke » signifie en même temps un bouddha et une personne défunte, parfois un cadavre. Ils tendaient leurs mains pour s’arrimer de nouveau au rivage des vivants, ne pas disparaître de leurs prières, réintégrer leurs communautés.
La majorité des autres âmes errantes, même si l’on avait retrouvé ce qui restait de leurs corps, avaient, elles aussi, quitté ce monde dans le déferlement du désastre. Dans les préfectures les plus éprouvées comme Miyagi, Iwate et Fukushima, le tsunami avait détruit les temples, balayé les cimetières et obligé les moines épuisés à expédier souvent les offices funéraires dans des hangars, des gymnases, des abris de fortune.
Or, au Japon, les trépassés ignorés deviennent des fantômes prisonniers de leur haine, capables d’exercer sur plusieurs générations malédictions et maudissures (« tatari »). Déjà circulaient des récits de revenants aperçus à toute heure, d’apparitions parcourant les fragments épars de leurs vies détruites en gémissant.
L’émancipation des fantômes
Les fantômes japonais, couramment désignés aujourd’hui par le terme de « yûrei », n’étaient pas effrayants jusqu’à l’époque médiévale, comme on le voit dans le répertoire du théâtre nô dont un nombre important de pièces met en scène la réconciliation entre les morts et les vivants.
Avec la prolifération des récits étranges et des contes fantastiques, à l’époque d’Edo (1603-1867), les fantômes s’émancipent et comblent un public avide de frissons autant qu’il l’est de plaisirs. Leur apparence terrifiante culmine avec la pièce de kabuki Yotsuya kaidan (Les Spectres de Yotsuya), le ténébreux chef-d’œuvre de Nanboku Tsuruya IV (1755-1829).
Oiwa-san, l’héroïne spectrale, défigurée et consumée par la haine, n’obéit pas à la loi bouddhique mais à celle des désirs humains. Surgis de bas-fonds aussi noirs que ceux de la pièce de Maxime Gorki, ces damnés de la terre peu loquaces revendiquent pour seul privilège de se venger des vivants, jadis l’apanage des défunts d’élite.
Le fantôme parmi les vivants
Mon amie savait, comme l’immense majorité des gens du Tohoku, que l’essentiel consistait plutôt à entendre les murmures d’outre-tombe, à prendre la main de ceux qui n’en avaient plus, à retisser les liens d’une solidarité qui ne se confinât pas au présent. Le fantôme veut continuer de vivre comme les autres vivants.
En quête de la voix des morts, elle me conduisit d’abord au mont Osore, traduit par « mont de la Terreur », dans la péninsule de Shimokita, de la préfecture d’Aomori, dont le mont de la Terreur est le plus célèbre exemple mais que l’on retrouve dans toute la région. L’on y rendait à l’origine un culte au bodhisattva Jizo, protecteur des enfants morts et condamnés à construire des monticules sur les bords de la rivière des enfers, puis, depuis l’époque moderne, à tous les défunts.
Des femmes aveugles itinérantes, appelées « itako » dans la préfecture d’Aomori, ont la capacité chamanique de faire descendre sur elles l’esprit des défunts et de les faire parler par leurs bouches (« kuchiyose »). Elles viennent en nombre au mont Osore depuis les années 1920, lors des grandes fêtes du monastère qui suivent de près le festival connu sous le nom d’o-bon et qui correspondrait à la fête des morts en Occident ou plutôt au Mexique.
Des sites où l’ici-bas et l’au-delà communiquent
Les chamanes reviennent lors des trois jours fériés d’octobre après lesquels la montagne ferme pour l’hiver. Depuis 2011, un nombre croissant de survivants fait appel à leurs services. L’affluence des fidèles qui attendent des heures pour un oracle de ces nécromanciennes du Tohoku ne découragea pas mon amie.
La préfecture d’Aomori compte nombre de ces sites nommés en anglo-japonais « power spots » et qui correspondent aux sites où l’ici-bas et l’au-delà communiquent. Toujours désireuse que nous entendions la voix de sa fille, mon amie me demanda si je m’étais rendu de l’autre côté de la préfecture d’Aomori, dans les landes de Tsugaru, à l’oratoire du Jizo de la rivière des Enfers, à Kawakura, situé dans le gros bourg de Kanagi où grandit le célèbre écrivain Osamu Dazai (1909-1948).
Je le fis en juin 2020. Personne, évidemment, ce jour-là sur les lieux sauf une famille du département qui accepta que j’assiste à la cérémonie en mémoire d’un enfant. Les bois et les marais aux alentours du temple sont semés de Jizo ; dans la partie arrière du pavillon principal, leur foule atteint plusieurs milliers. Placés derrière l’estrade où l’on récite des sutras à la mémoire de toutes ces vies écourtées, ils sont entourés d’un désordre de suaires, de sandales, de hochets, de transistors, de maquettes.
Le pavillon des enfants morts
Dans la région de Tsugaru, souvent ravagée par les famines et soumise à un froid inexorable, les enfants en bas âge étaient les premiers à mourir. Les parents endeuillés, pour surmonter cette épreuve, sculptaient en mémoire d’eux un Jizo dont la douceur des traits leur rappelait ces jeunes vies, et présentaient au temple ces statues dont ils caressaient la pierre froide, mais qu’ils n’oubliaient pas de vêtir ou de maquiller et de leur parler en un touchant murmure.
On trouve aussi dans l’enceinte du temple un pavillon dédié aux enfants morts (« mizuko » ). Le moine m’en confia la clé. J’y parcourus un dédale de longs et, parfois, obscurs souterrains où sont alignées sur plusieurs rangées des milliers de vitrines contenant la photographie d’un enfant – garçon ou fille – mort brutalement et d’une poupée qui représente une jeune mariée toute de blanc vêtue ou son équivalent masculin en costume d’apparat.
Au fil des années, on leur apporte des jouets puis du tabac, de l’alcool. Dans ces vitrines, ces vies brisées ont trouvé l’âme sœur grâce à leurs familles, qui, comme le veut l’usage selon lequel le mariage marque le passage à l’âge adulte, laissent entrevoir une autre relation dans laquelle les disparus ne sont pas tenus à l’écart.
Faire entendre les voix des limbes
Parcourir « seul » ces galeries, c’est accepter d’entrer dans la compagnie des ombres dont on sent la présence dans ces étranges corridors. On y perçoit aussi l’ardeur des cœurs simples mais pleins de foi des habitants de Tsugaru qui organisent ces mariages d’outre-tombe depuis les années 1970.
Quelques mois plus tard, je me rendis au premier des trente-trois Kannon de Mogami – du nom de l’ancienne famille des seigneurs du lieu –, dans la préfecture de Yamagata, la plus pauvre des six qui composent le Tohoku. Au grand monastère du Jakushoji, à Tendo, on conserve dans un pavillon des plaquettes votives en bois connues sous le nom de « musakari ema ».
Le terme « musakari » signifie « noces » ou « épousailles » dans le dialecte de Yamagata. Comme à Kawakura, des garçons et des filles y sont représentés avec leurs époux spectraux. Une fidèle âgée me dit en me montrant le plafond : « Quand j’y pense, je me dis que c’est ici que mon frère s’est marié. » Seuls deux artisans fabriquent aujourd’hui ces images qui possèdent une beauté aussi étrange que bouleversante. D’autres médiums appelées « nakasama » font entendre les voix des limbes. Ici aussi, le nombre de plaques votives peintes augmente depuis le tsunami de 2011.
Les noces des morts
Le lendemain, mes pas me conduisent sous la pluie battante au dix-neuvième des trente-trois temples de Kannon de Mogami qui a pour nom Kurotori Kannon – « Kannon de l’Oiseau noir » –, personne. Un coq enrhumé dans une cage m’y accueille ; seule une cabane abandonnée jouxte l’oratoire dans la dense forêt. Deux femmes en sortent, m’adressent quelques mots, puis reprennent leur voiture.
Quand j’entre dans le pavillon carré, des bâtons d’encens brûlent encore. En dehors de l’autel, des coussins et du petit marteau pour accompagner la récitation d’un sutra, les murs et le plafond sont couverts de milliers de « musakari ema », offerts par des familles de la région et d’autres habitants du Tohoku dispersés dans tout le Japon (beaucoup d’exemples datent d’après mars 2011).
Les noces des morts procèdent de la même croyance mais, en l’absence du clergé, les lieux semblent hantés de mille présences accueillantes plutôt qu’hostiles. Ginko Kawano, professeure spécialiste de sociologie née dans une famille de moines de Shikoku, me dit : « La seule religion qui vaille dans tout le Tohoku, c’est celle qui permet de dialoguer avec les morts. Le bouddhisme des gens d’en bas (“shimojimo no hito”) est rabaissé par le mot populaire, en réalité, il est privé. »
Mon amie a-t-elle entendu en ces divers lieux le fantôme de sa fille lui parler ? Je l’espère. Elle aussi est morte, voici un an et demi, d’une longue maladie qui fut courte. Je lui ai promis de continuer de parcourir ces chemins hantés du nord. Peut-être l’entendrai-je un jour réunie avec sa fille pour un concert à deux voix.
Ce Japon spectral n’est pas celui de la littérature et des arts, moins encore des études religieuses savantes. Mon amie aimait Liverpool. L’hymne du club a pour titre : « You’ll never walk alone » [Tu ne marcheras jamais seule]. C’est l’essentiel.
<https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/09/fukushima-le-tohoku-et-ses-fantomes_6072479_3232.html <https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/09/fukushima-le-tohoku-et-ses-fantomes_6072479_3232.html>>
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6- Dix ans après Fukushima, "aucun effet néfaste sur la santé", d'après l'ONU, AFP, 09/03/21, 20:00

Les émissions radioactives après l'accident à la centrale nucléaire japonaise de Fukushima en 2011 n'ont pas produit d'effets négatifs sur la santé, selon les conclusions d'un comité de chercheurs de l'ONU, publiées mardi à Vienne.
Depuis un précédent rapport publié en 2013, "aucun effet néfaste sur la santé des habitants de Fukushima pouvant être directement attribué à l'exposition aux radiations n'a été documenté", a estimé la présidente du Comité scientifique de l'ONU sur les conséquences des émissions radioactives (UNSCEAR) Gillian Hirth.
Dans l'ensemble, le rapport de l'UNSCEAR rendu public mardi confirme largement les principaux résultats du précédent compte-rendu qui date de 2013. Il offre selon un communiqué de l'ONU "une évaluation améliorée et plus solide des niveaux et des effets du rayonnement dus à l'accident".
Le Comité estime que la forte augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants exposés est imputable à une amélioration de la technique de dépistage ayant révélé "la prévalence d'anomalies qui n'avaient pas été détectées auparavant". 
De son côté, le directeur général de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a estimé que "bien que les dommages aient entraîné le rejet de nucléides dans l'environnement, les scientifiques n'ont trouvé aucune preuve que les radiations aient eu des effets sur la santé". 
"Une leçon importante de Fukushima est que les régulateurs doivent être forts, indépendants et dotés de ressources adéquates", a-t-il ajouté dans un communiqué.
Consécutif à un séisme de magnitude 9 et à un tsunami, l'accident de Fukushima a provoqué en mars 2011 le rejet d'importantes émissions radioactives dans l'air, les eaux et les sols de la région de la centrale, située à 220 km au Nord-Est de Tokyo.
Une centaine de milliers de personnes ont dû quitter leur domicile et environ 19.000 personnes ont été tuées par la catastrophe.
L'accident de Fukushima est le pire accident nucléaire depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, où une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde avait été observée.
<https://information.tv5monde.com/info/dix-ans-apres-fukushima-aucun-effet-nefaste-sur-la-sante-d-apres-l-onu-399658>
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7- Récit. Dix ans après Fukushima : le récit d’une inévitable catastrophe, Le Monde, 10/03/21, 19h00
Benoît Hopquin

Le tsunami qui a ravagé la centrale de Fukushima Daiichi le 11 mars 2011, puis entraîné l’explosion de trois réacteurs, a laissé des séquelles douloureuses. Retour sur les réactions en chaîne qui ont suivi le raz-de-marée et les dissimulations sur l’état des infrastructures.
Le vendredi 11 mars 2011, à 14 h 46 heure locale, un séisme de 9,1 sur l’échelle de Richter survient à 130 km au large des côtes nord-est de l’archipel du Japon. Un puissant tsunami frappe ensuite la façade Pacifique. Une lame atteignant jusqu’à 30 m de haut provoque la mort de 18 000 personnes. La nature renvoie une nouvelle fois nos sociétés à leur fragilité et à leur inconscience. A 15 h 41, quand la mer envahit la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, les défenses jugées solides, voire imparables, sautent une à une. Les scientifiques perdent tout contrôle de leur créature. La catastrophe place cette fois l’être humain face à sa morgue.
Au moment du tremblement de terre, les trois réacteurs en service, les plus anciens des six que compte la centrale, obéissent conformément aux plans de sécurité. Ils se mettent automatiquement à l’arrêt. Les réacteurs à eau bouillante (REB) Mark 1 de General Electric, inaugurés à partir de 1971 par la société privée Tokyo Electric Power Company (Tepco), s’avèrent autrement fiables et dociles que les équipements soviétiques de Tchernobyl qui ont failli vingt-cinq ans plus tôt, en avril 1986.
> Lire aussi « Nous sommes arrivés dans l’épicentre des catastrophes japonaises peu après minuit » : mars 2011, sur la route de Fukushima
La résistance des installations à ce méga-séisme surpasse même les attentes et les calculs des ingénieurs. Elle justifie pleinement la confiance des sachants et discrédite ceux qui sont si prompts à emboucher les trompettes de l’Apocalypse. Que connaissent-ils, ces militants bornés ou ces riverains apeurés ? D’ailleurs, en 1992, un arrêt de la Cour suprême du Japon a sagement refusé aux citoyens le droit de contester l’installation de centrales. Compte tenu de la complexité du sujet, seuls les experts et le gouvernement sont en capacité de juger de la pertinence d’un réacteur, a tranché l’instance judiciaire.
Sérénité de courte durée
Dans la salle de commande de Fukushima Daiichi, la sérénité ne dure qu’une demi-heure. Lorsqu’un raz-de-marée haut de 15 m submerge des digues prévues pour des vagues maximales de 5,70 m, l’eau de mer envahit les installations. Elle coupe l’alimentation électrique et noie les générateurs diesel de secours, provoquant la panne du système de refroidissement. La température se met alors à grimper rapidement dans la cuve des réacteurs 1, 2 et 3, mais également à l’étage au-dessus. Là, dans les piscines où sont entreposés les combustibles usagés, l’évaporation menace de mettre à l’air libre des matières hautement contaminées.
A peine cinq heures après l’inondation, le cœur du réacteur numéro 1 entre partiellement en fusion. Mélangé avec le zirconium des gaines d’alimentation, il forme un magma porté à 2000 degrés, baptisé corium, qui attaque l’enceinte de confinement en acier et en béton. Dans les trois jours suivants, les réacteurs 2 et 3 entrent à leur tour en fusion. Il faudra cependant attendre la fin du mois de mai pour avoir la confirmation officielle de cet enchaînement que la plupart des spécialistes internationaux redoutaient d’emblée.
Le samedi 12 mars, à 15 h 36, dans le réacteur numéro 1, l’hydrogène dégagé par les installations explose au contact de l’oxygène de l’air et endommage la structure. Deux explosions, le lundi 14 et une autre le mardi 15, frappent les réacteurs 3, puis 2, tandis que la piscine du réacteur 4, victime d’une fuite, entre en ébullition.
L’ennemi invisible
Le mardi 15, la situation semble ingérable et la fusion totale des cœurs des réacteurs possible, voire probable. Ce même jour, une bascule du vent qui poussait jusque-là les émanations radioactives vers le grand large rabat la contamination vers l’intérieur des terres. Des intempéries – pluie et neige – plaquent au sol les particules échappées dans l’atmosphère, mouchetant le territoire, à la manière d’une peau de léopard, de zones particulièrement irradiées.
Au lendemain de l’accident, seuls 80 000 habitants vivant dans un rayon de 20 km autour de la centrale sont évacués, quand les Etats-Unis préconisaient déjà une distance de sécurité de 80 km pour leurs concitoyens vivant au Japon. A la fin mai, le périmètre est enfin élargi, lorsqu’il apparaît que les contaminations, notamment au césium 137, du sol, de l’eau, des bâtiments, des animaux, des légumes et des organismes humains, étaient beaucoup plus étendues que claironnées. Il faudra attendre le mois de septembre pour avoir une cartographie précise de la situation.
Le premier ministre, Naoto Kan, avouera, des mois plus tard, avoir envisagé, ce 15 mars 2011, l’évacuation des 35 millions d’habitants de l’agglomération de Tokyo, la capitale située à 250 km de la centrale. Les Tokyoïtes n’en sauront rien. Au lieu de ça, il leur est simplement recommandé d’éviter l’eau du robinet. Le ministère de la santé décide de relever les seuils d’exposition admissibles, manière de casser le thermomètre pour dissimuler la maladie. Le premier ministre, qui a revêtu la tenue grise des services de secours, ne fait que deux conférences de presse en trois semaines. Le 12 mars, il survole le site en hélicoptère pour les besoins de la télévision, obligeant incidemment les secours à arrêter leurs opérations, le temps de cette visite médiatique.
A leur décharge, les autorités ont alors deux catastrophes à gérer. Il faut secourir les victimes du tsunami, rétablir les communications, héberger les populations sinistrées. Les télévisions relaient en boucle les images de dévastation. Les villes arasées par les flots rappellent plus les scènes post-Hiroshima ou Nagasaki que l’ennemi invisible qui s’échappe au même moment de Fukushima Daiichi et dont le risque est sous-évalué. Il faudra patienter un mois avant que l’accident nucléaire, d’abord évalué à 5, soit relevé à 7, le plus haut niveau de l’échelle internationale des événements nucléaires (INES), seulement atteint par Tchernobyl. Une commission indépendante réévaluera à la hausse les retombées radioactives, le double des annonces officielles. Les rejets ont atteint 770 000 terabecquerels, soit 10 % des émissions de l’accident de 1986.
Les « gitans du nucléaire »
Sur le site de la centrale, la résistance s’est organisée vaille que vaille, interrompue régulièrement par les répliques sismiques. La plupart des employés ont fui les lieux après les inondations. Parmi eux, figurent huit salariés français d’Areva qui attendent un chargement de combustible Mox (mélange d’oxydes d’uranium et de plutonium) en provenance du port de Cherbourg. Ils embarquent dans le premier avion. Sitôt connu de la petite communauté française, ce départ précipité provoque la panique parmi les ressortissants qui ont fui en masse la capitale.
Une partie du personnel, à peine une cinquantaine de salariés au début, reste. Dans une industrie qui emploie 80 % de main-d’œuvre sous-traitante, ce sont notamment des précaires, qu’un auteur, Kunio Horie, a, dès 1979, surnommés les « gitans du nucléaire ». Bientôt rejoints par des militaires et des pompiers, ces « liquidateurs » sont héroïsés par les médias. Mais ils sont nus, ou presque, face au péril : les tenues de protection n’ont guère d’utilité dans un environnement saturé de radiation.
> Lire le reportage :"Fukushima : dans l'enfer des 'liquidateurs'"
Les conditions de travail sont extrêmes. Ils agissent à l’aveugle puisque la centrale est plongée dans le noir et que les capteurs de données sont en panne. Les employés n’ont que deux repas frugaux par jour. Ils dorment dans les salles de réunion ou dans les couloirs, enveloppés dans une couverture contenant du plomb pour freiner l’exposition. Le tout pour des primes de risque dérisoires, entre 15 euros et 50 euros par jour. Officiellement, seuls 17 d’entre eux seront irradiés au-delà des doses jugées admissibles.
Rejets de césium 137 dans le Pacifique
Les employés travaillent sous l’autorité du directeur de la centrale, Masao Yoshida. Ce vétéran de Tepco se retrouve livré à lui-même face à un enchaînement inédit. « Les limites des modèles, c’est qu’on y introduit ce qu’on connaît », affirme à l’époque Monique Sené, la scientifique française qui, en 1986, a dénoncé en direct à la télévision le mensonge sur l’impact de Tchernobyl. Masao Yoshida expérimente au même moment cet axiome. Face à l’inconnu, il improvise largement.
> Lire aussi Le Japon prêt à rejeter dans l’océan les eaux contaminées de la centrale de Fukushima
Il décide d’arroser les réacteurs et les piscines avec de l’eau de mer enrichie de bore. Des hélicoptères survolent la zone pour déverser le liquide, mais les radiations sont trop fortes à l’aplomb des réacteurs, mettant la vie des pilotes en jeu. Des camions de pompier sont finalement amenés sur place et les lances à incendie aspergent jour et nuit les réacteurs.
Quand la pression se fait trop forte dans la cocotte des réacteurs, les sauveteurs procèdent à des lâchers volontaires de vapeur irradiée dans l’atmosphère. L’eau est rendue à l’océan, mais fortement contaminée. Les rejets de césium 137 dans l’océan, entre le mois de mars et la mi-juillet, sont vingt fois supérieurs aux annonces de Tepco. « La réponse des personnels a été extraordinaire dans les conditions rudes mais leurs actions n’ont pas été optimales », jugera une expertise de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
« Emotionnellement, nous étions anéantis »
Masao Yoshida doit vaincre les réticences de sa hiérarchie, à Tokyo, qui craint que le sel n’endommage les installations… Elle n’a pas pris la mesure de la catastrophe qui se dessine. Le PDG, Masataka Shimizu, est bien apparu en public, le 13 mars, pour s’excuser. « Nous continuons d’enquêter sur le problème », a-t-il sobrement déclaré. Il a disparu depuis. Cet ingénieur, fils d’un employé de Tepco, a gravi tous les échelons de l’entreprise. Ce nucléariste est arrivé à la tête de la société en 2008, après qu’elle a essuyé les premières pertes de son histoire. Il a promis aux 740 000 actionnaires de l’entreprise un retour des bénéfices et des dividendes. Il a tenu parole, même si ses détracteurs lui reprochent d’avoir, pour cela, sacrifié la sécurité pour la rentabilité. En ces jours critiques, où il convient de rendre des comptes de cette logique financière, Masataka Shimizu a déserté. Il est officiellement hospitalisé pour hypertension artérielle.
Le 15 mars, le premier ministre doit se rendre lui-même au siège de Tepco pour prendre des nouvelles. Ce jour-là, son gouvernement est prévenu par l’entreprise d’une explosion, une heure après qu’elle a été montrée en direct par la chaîne publique japonaise NHK. Cette désinvolture ulcère Naoto Kan. La discussion est houleuse et le premier ministre assure avoir exigé que Tepco, prêt à tout lâcher, garde des équipes sur place, quel que soit le danger. Masao Yoshida doit également gérer l’inertie de ses supérieurs. Il racontera plus tard, devant une commission d’enquête, une entrevue orageuse qui a eu lieu début avril. « J’ai réagi assez violemment. Je crois même que je leur ai crié qu’il leur appartenait aussi de réfléchir au problème. » 
> Lire aussi Le témoignage posthume accablant du directeur de la centrale de Fukushima
Sur le site, au prix de grands risques, les hommes parviennent à rétablir un semblant d’alimentation électrique. Même bricolé, le système de refroidissement fait retomber la température. Des injections massives d’azote permettent également de neutraliser l’hydrogène. « Tout en accomplissant les tâches administratives, émotionnellement, nous étions anéantis », racontera Masao Yoshida. Il ajoutera : « Au cours de la première semaine de crise, j’ai eu à plusieurs reprises la sensation que j’allais mourir. » L’homme est décédé en juillet 2013, à 58 ans, d’une hémorragie cérébrale. Il avait contracté un cancer de l’œsophage. C’était un gros fumeur, expliquera-t-on.
Digue sous-dimensionnée
Alors que le gouvernement refuse orgueilleusement l’aide internationale le 18 mars, le Japon se retrouve contraint de l’accepter dans les jours qui suivent. Les Français d’Areva et de Veolia aident notamment au stockage dans des citernes de l’eau contaminée. Il en reste aujourd’hui plus d’un million de tonnes à traiter. La température et les radiations baissent lentement dans les enceintes et, le 5 mai, une première équipe peut pénétrer – dix minutes – à l’intérieur du réacteur numéro 1. Malgré une nouvelle alerte à la fusion, début novembre, la situation est maîtrisée.
Au lendemain de l’accident, Shintaro Ishihara, le gouverneur de Tokyo (réélu en avril 2011 pour un quatrième mandat), a invoqué « une punition divine ». Mais pour la population, qui, tout au long de cette crise, a fait preuve d’un stoïcisme exemplaire, les informations qui commencent à émerger prouvent que les dieux ont moins à voir avec ça que l’orgueil prométhéen de certains scientifiques ou l’appât du gain d’industriels. « La catastrophe à laquelle nous assistons a été provoquée par l’imprudence des hommes », résume dans les mois qui suivent Eisaku Sato, ex-gouverneur de Fukushima.
Dans les discours, tout était prévu pour que l’accident nucléaire n’arrive pas. Dans la réalité, tout était en place pour qu’il survienne inexorablement. « Les Japonais ont fait le pari du nucléaire en minimisant les dangers encourus. Ils ont perdu », constatait pendant la crise le sismologue Katsuhiko Ishibashi. En 2006, ce scientifique avait démissionné de la commission chargée d’évaluer la protection des centrales contre les séismes.
Pourtant, les alertes n’ont pas manqué, et ce dès la conception du site. Les réacteurs et les piscines sont réunis dans un même bâtiment pour minimiser les coûts. La falaise, située à 35 m au-dessus des flots, est creusée afin de rapprocher la centrale de la mer et d’économiser sur le pompage de l’eau servant au refroidissement. La digue est sous-dimensionnée, l’historique des tsunamis ayant frappé le Japon depuis deux siècles le démontrant amplement. Un rapport de 2007 estimait à 10 % la probabilité de survenue d’un tsunami de plus de 6 m dans les cinquante ans.
Rapports de sécurité falsifiés
En 2002, Tepco a été accusée d’avoir falsifié 29 rapports de sécurité entre 1980 et 1999. Une fissure de 1,4 m dans un réacteur a ainsi été dissimulée. Le 28 février 2011, l’entreprise remettait à l’agence de sûreté nucléaire un rapport qui admettait ne pas avoir procédé aux contrôles de 33 éléments de la centrale et évoquait des problèmes sur les générateurs de secours.
Les Japonais ont également eu confirmation de la proximité entre les opérateurs et les instances de contrôle. L’Agence de sûreté industrielle et nucléaire (NISA) dépend en 2011 du puissant ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI), qui entretient des relations suivies avec la Fédération des compagnies d’électricité (FEPC), dirigée par… le président de Tepco ! L’AIEA dénonce un « mélange des genres ». Les experts passent de l’un à l’autre, au fil de leur carrière. Les fonctionnaires pratiquent allègrement l’amakudari, qui signifie joliment la « descente des cieux vers la terre », et plus prosaïquement, le pantouflage.
Le PDG de Tepco démissionne, le 28 juin, à l’issue d’une assemblée générale des actionnaires particulièrement houleuse au Prince Park Tower Hotel, devant 9 500 porteurs dont les titres ont perdu 80 % de leur valeur. « Jetez-vous dans un réacteur et mourez ! », lance l’un d’eux à la direction. La valeur des contrats de protection pour les détenteurs de dettes (CDS, censés couvrir les risques de défaut de paiement) de Tepco a, en revanche, été multipliée par dix : certains spéculateurs ont fait d’excellentes affaires. Des chiffres astronomiques sur le démantèlement et les indemnisations commencent à circuler : 172 milliards d’euros. Les travaux sont estimés à quarante ans. L’Etat est appelé à la rescousse pour renflouer Tepco.
Fin août, lâché par l’opinion publique et son parti, le premier ministre démissionne après avoir fait voter, en manière de rédemption, une loi favorable aux énergies renouvelables. La société, elle, s’empare enfin du débat sur le nucléaire, 74 % des Japonais se déclarant pour la sortie de l’atome. Les célèbres studios Ghibli affirment « vouloir faire des films en utilisant de l’électricité non produite par des centrales nucléaires ». Dès la fin mars, le patronat et les membres du lobby font cependant valoir le surcoût énergétique et estiment à 2,5 % l’impact sur le PIB. Les adeptes de l’énergie nucléaire comptent sur le temps pour atténuer le traumatisme. Comme le prédisait un vieux Tokyoïte dans le Monde du 16 mars, « une gorgée d’eau chaude fait mal en passant et puis après, on oublie ».
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/10/dix-ans-apres-fukushima-le-recit-d-une-inevitable-catastrophe_6072632_3244.html <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/10/dix-ans-apres-fukushima-le-recit-d-une-inevitable-catastrophe_6072632_3244.html>>
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8- Fukushima : dix ans après la catastrophe nucléaire, les risques demeurent, Actu-environnement, 10/03/21
Laurent Radisson

Le 11 mars 2011 survenait le plus gros accident de l'histoire du nucléaire après Tchernobyl. Dix ans après, le Japon n'a pas abandonné l'atome, pas plus que la France, et le risque demeure malgré des mesures de sûreté supplémentaires.
« Nous avons frôlé l'obligation d'évacuer 50 millions d'habitants. Cela équivalait à l'effondrement de tout un pays », avait témoigné Naoto Kan, Premier ministre du Japon à l'époque de la catastrophe. Le 11 mars 2011 survenait en effet un séisme de magnitude 9 dans la mer à l'est du Japon. Séisme à l'origine d'un tsunami qui allait submerger la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, occasionner la fusion de trois de ses réacteurs et la perte de refroidissement de plusieurs piscines d'entreposage de combustibles usés.
« De très importants rejets radioactifs dans l'environnement ont eu lieu, entraînant l'évacuation des populations et une contamination durable des territoires autour de la centrale », rappelle l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). L'accident a été classé au niveau 7 de l'échelle Ines, soit le niveau maximal, rejoignant ainsi la catastrophe de Tchernobyl dans ce triste palmarès. Si l'établissement public établit un bilan plutôt rassurant dix ans après l'accident, les anti-nucléaires ne le partagent pas et alertent sur les risques d'accidents majeurs qui demeurent, en particulier en France.
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<https://www.actu-environnement.com/ae/news/fukushima-catastrophe-nucleaire-anniversaire-dix-ans-risques-37178.php4 <https://www.actu-environnement.com/ae/news/fukushima-catastrophe-nucleaire-anniversaire-dix-ans-risques-37178.php4>>
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9- Dix ans après la catastrophe de Fukushima, qu'est-ce qui a changé dans les centrales nucléaires françaises ?, France info, maj le 11/03/21 à 06:50
Robin Prudent, France Télévisions

Plusieurs dispositifs de sécurité supplémentaires ont été mis en place en France après le terrible tsunami. Mais les délais de livraison des équipements et l'entretien des sites restent critiqués.
Sur la Côte d'Opale, entre Dunkerque (Nord) et Calais (Pas-de-Calais), des tractopelles ont commencé à déraciner des dizaines d'arbres face à la mer du Nord. Le début d'un long chantier, lancé en janvier 2021 par EDF, afin de construire un mur de quatre mètres de haut autour de la centrale de Gravelines (Nord). L'objectif est assumé : éviter l'inondation du plus grand site nucléaire d'Europe de l'Ouest, dix ans après la vague meurtrière qui a détruit la centrale de Fukushima au Japon.
Rappelez-vous, le 11 mars 2011, l'archipel est secoué par un violent séisme de magnitude 9. Moins d'une heure plus tard, un gigantesque tsunami frappe sa côte Est, tuant des milliers de personnes et provoquant des dégâts considérables. Des vagues, atteignant jusqu'à 15 mètres de haut, franchissent aussi les digues de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Les systèmes électriques et de refroidissement sont détruits, provoquant la plus grave catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl. L'onde de choc va rapidement atteindre la France et les 58 réacteurs qu'elle compte à l'époque.
Au bord de la mer du Nord, ce n'est pas tant la crainte d'un tsunami géant qui inquiète que la montée des eaux et les inondations. Quelques mois après le traumatisme de Fukushima, l'Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) demande ainsi d'ériger une forteresse tout autour de la centrale avant 2022. "Toutes ces mesures sont des bonnes mesures", se félicite auprès de franceinfo Bertrand Ringot, maire de la ville depuis 2001, qui assure que les habitants "ont une grande confiance" dans la centrale. D'autres s'inquiètent toujours du risque. "Si on regarde les projections de montées des eaux, Gravelines risque d'être un site offshore avant la fin du siècle", alerte Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.
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<https://www.francetvinfo.fr/monde/japon/fukushima/qu-a-change-la-catastrophe-de-fukushima-dans-les-centrales-nucleaires-francaises_4303101.html>
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10- Japon, 11 mars 2011 : le récit du triple désastre, AFP, maj le 11/03/21 à 08:00
Katie Forster

Il est 14H46 au Japon en ce froid vendredi du 11 mars 2011 quand les bâtiments commencent à trembler violemment dans le nord-est du pays, théâtre d'un des plus puissants séismes jamais enregistrés sur la planète.
La secousse de magnitude 9,0 qui a déclenché un tsunami dévastateur et la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl ne ressemblait en rien à ce que Sayori Suzuki avait connu jusqu'ici dans sa ville côtière de Minamisoma.
"Mon fils a pleuré très fort et des objets ont volé des étagères", avait-elle raconté plus tard à l'AFP.
Les convulsions de la terre durent plusieurs minutes terrifiantes, faisant s'écrouler des habitations et fissurant des routes.
Ressenti jusqu'à Pékin, le séisme ébranle aussi fortement Tokyo, où des gratte-ciel oscillent, des incendies éclatent et les transports publics sont paralysés.
Mais les horreurs de la journée ne font que commencer. 
A des kilomètres au large des côtes nord-est du Japon, un pan de la croûte terrestre s'est enfoncé sous un autre, soulevant une partie du fond marin et libérant une formidable énergie en direction de la surface.
Cette brèche provoque une série de vagues gigantesques déferlant vers le Japon, laissant au maximum 45 minutes aux habitants pour se mettre à l'abri, alors que le pays lance son alerte tsunami maximale.
- "J'étais terrifié" -
"J'ai attrapé notre grand-père et notre chien et je suis partie en voiture. La vague était juste derrière moi, mais je devais continuer à zigzaguer autour des obstacles et de l'eau", avait témoigné auprès de l'AFP une survivante, Miki Otomo, peu après la catastrophe. 
Les rouleaux de l'océan brisent des bâtiments en béton et charrient bateaux, véhicules et débris parfois enflammés jusque dans l'intérieur des terres.
"Je pensais que ma vie était finie", avait confié plus tard Kaori Ohashi, qui avait passé deux nuits piégée dans une maison de retraite où elle s'occupait de 200 résidents âgés avec d'autres membres du personnel.
Mme Ohashi a vu des voitures et leurs conducteurs éjectés hors des routes par l'eau déchaînée, et des personnes s'accrocher désespérement aux arbres avant d'être entraînées par une marée sombre.
L'inquiétude gagne rapidement au sujet des centrales nucléaires de la région.
Les autorités affirment qu'aucune fuite radioactive n'est détectée, mais les médias font état d'une défaillance des systèmes de refroidissement à la centrale de Fukushima Daiichi.
Trois des six réacteurs de la centrale fonctionnaient lorsque leur alimentation électrique a été coupée par le séisme et le tsunami, entraînant une surchauffe puis une fusion de leurs cœurs. 
Un employé de la centrale a raconté à l'AFP que les équipements ont commencé à trembler et à grincer bruyamment lorsque le séisme a frappé. Il a escaladé une colline avec des collègues et a vu peu après les vagues avaler un poteau haut de dix mètres, les réacteurs ressemblant à des rochers en mer.
"Nous avons commencé à entendre les gens crier : +Un tsunami arrive !+ De la baie, nous avons vu des vagues écumantes foncer vers nous. J'étais terrifié", a-t-il dit.
Dans la soirée, le gouvernement japonais déclare une situation d'urgence nucléaire et appelle des milliers de riverains de la centrale à évacuer.
- Vapeurs radioactives -
Alors que des images apocalyptiques tournent en boucle dans le monde entier, des millions de Japonais privés d'électricité ou d'eau doivent supporter des températures nocturnes inférieures à zéro.
Le lendemain matin, les secours recherchent survivants et victimes dans un paysage de boue. Des centaines de corps commencent à refluer vers le rivage. 
Un conduit est ouvert à la centrale de Fukushima pour réduire la pression, libérant ainsi des vapeurs radioactives dans l'air. Mais dans l'après-midi, une explosion d'hydrogène déchire le bâtiment du réacteur n°1.
Les réacteurs sont aspergés d'eau de mer pour les refroidir et éviter des fuites radioactives trop importantes, mais deux autres explosions d'hydrogène frappent les réacteurs 3 et 4 les 14 et 15 mars.
"Je ne voulais pas que ce bébé soit exposé à des radiations. Je voulais éviter ça, quoi qu'il arrive", déclare aux médias locaux une jeune mère dans l'un des centres d'évacuation de Fukushima, où 200.000 personnes trouvent refuge immédiatement après la catastrophe.
La panique gagne tout le Japon et au-delà. Le prix des pilules d'iode grimpe en flèche dans le monde entier, alors que la zone interdite autour de la centrale s'étend.
En décembre 2011, les autorités japonaises déclarent que les réacteurs sont désormais dans un état d'"arrêt à froid", permettant de réduire considérablement les émissions de matières radioactives.
Le démantèlement de la centrale avance très lentement depuis et devrait prendre encore trois à quatre décennies au moins.
Au total, le séisme et le tsunami ont fait quelque 18.500 morts ou disparus.
<https://information.tv5monde.com/info/japon-11-mars-2011-le-recit-du-triple-desastre-399895>
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11- Reportage. Dix ans après Fukushima : à l’ombre des digues, les voix assourdies des victimes du tsunami, Le Monde, maj le 11/03/21 à 08h43
Philippe Pons

De gigantesques brise-lames bouleversent le littoral Pacifique du Japon sans que la reconstruction des villes ravagées par le raz de marée du 11 mars 2011 redonne véritablement vie à la région.
On sent la mer mais on ne la voit pas. Elle est de l’autre côté d’une muraille de béton haute de 14,7 mètres qui court sur 2,5 kilomètres autour de la baie du petit port de Taro. Des ouvertures rectangulaires de 5 mètres de haut et de 4 mètres de large dans ce rempart permettent d’accéder au quai où sont amarrés des bateaux de pêche.
Taro est tristement célèbre. Fréquemment victime de tsunamis, la petite ville avait été dotée d’une digue de 10 mètres de haut qui fut submergée et en partie démolie par le raz de marée du 11 mars 2011, faisant 140 morts et 41 disparus. Ce qui en restait, dont une partie a été conservée pour le souvenir, a été renforcé, surélevé et prolongé par une nouvelle muraille.
Vu de la mer, Taro semble une citadelle. Le bureau, au premier étage d’un petit immeuble, de Shoei Kobayashi, président de la coopérative de pêche, donne sur le mur. « Nous sommes dans un port et la mer nous a été ravie. Citadelle ou prison ? Ça dépend des points de vue. Mais c’est triste. » « Moi, je suis né ici, j’ai vécu ici, et je n’ai que la mer », renchérit le pêcheur Kazuo Tazara.
Sentiment de sécurité trompeur
Un bouclier de béton suffit-il à protéger une ville du littoral de tsunamis aussi forts que celui de Fukushima ? Face à cette vaste question, le gouvernement japonais, aux mains du Parti libéral-démocrate qui entretient des liens étroits avec les entreprises de construction, a opté pour une stratégie de choc : des digues plus hautes, plus longues, plus larges. Un budget qui équivaut à 10 milliards d’euros a été réparti entre les trois géants du secteur. Et des murailles ponctuent désormais le littoral du Tohoku (Nord Est) sur près de 400 km, couvrant trois départements (Iwate, Miyagi et Fukushima).
Les habitants d’Iwate, autrefois surnommé le « Tibet du Japon » en raison de son relief tourmenté, sont des gens rudes, avares en paroles. La construction d’un mur anti-tsunami a divisé les communautés. Les pêcheurs y étaient ouvertement opposés ; ceux dont le travail est sans relation avec la mer plus favorables.
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Le rempart de béton donne un sentiment de sécurité trompeur qui risque de dissuader les habitants de se réfugier immédiatement sur des hauteurs. Il cache en outre la mer aux pêcheurs qui peuvent anticiper un tsunami. Enfin, il entraîne des dégâts écologiques en bloquant les eaux de la nappe phréatique qui s’écoulent vers la mer. Or, celle-ci et la montagne se nourrissent l’une de l’autre, écrit Shigeatsu Hatakeyama dans un livre au titre évocateur, La Forêt amante de la mer (Wildproject, 2019), qui mêle écologie et poésie dans son approche de la région de Sanriku avant le tsunami.
Parc national, cette zone littorale surnommée les « Alpes de la mer » est célèbre pour les magnifiques paysages d’une côte à rias qui s’étend sur près de 300 km, le long de laquelle se succèdent baies, criques, anses, falaises tombant à pic et récifs parsemés de pins. Au large, la convergence de courants froids et chauds en fait une zone poissonneuse, propice à l’ostréiculture et à l’aquaculture.
Population en déclin
De Taro, au nord, à Ishinomaki, au sud, le littoral est aujourd’hui barré, parfois sur des kilomètres, de remparts de béton de formes diverses (gigantesques talus ou murailles rectilignes d’une hauteur de 10 mètres à 14,5 mètres en fonction des simulations d’un risque de nouveau tsunami). Autour de la baie de Yamada, par exemple, où se balancent sur les vagues des dizaines de milliers de flotteurs des poches à huîtres, la muraille d’une dizaine de mètres s’étend en arc de cercle sur 12 km sans discontinuer.
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Dans le vacarme des bulldozers et des pelleteuses qui ponctuent une reconstruction démarrée en 2012 et tenant du pari sur l’avenir, les voix des victimes dont la vie a basculé parviennent assourdies. Selon un sondage de la chaîne de télévision nationale NHK publié le 6 mars, 43,3 % d’entre elles sont déçues des progrès accomplis et 33,7 % satisfaites.
Dans toutes les conversations revient comme un leitmotiv le déclin de la population des villes du littoral. Les plus âgés sont restés. « Les âmes de mes parents me retiennent ici », dit Masahiko Haga (73 ans), rencontré une première fois à Otsuchi quelques semaines après le tsunami. Dans cette petite ville où les voitures étaient sur le toit des maisons, les bateaux au beau milieu des rues et où flottait une odeur pestilentielle de vase et de boue mêlée à celle des montagnes de décombres, M. Haga faisait partie de ceux que l’on voyait fouiller cette fange avec un pic pour retrouver des corps.
« Je me souviens chaque nuit de ces jours horribles, dit une voisine d’une cinquantaine d’années qui assiste à la conversation. Mais entre nous, on ne parle pas de ces jours-là. On s’évade collectivement dans le silence. C’est ainsi qu’on rafistole nos vies. »
Au fil de la route se succèdent des cimetières dont les pierres tombales flambant neuves brillent au soleil : le tsunami a ravagé ces lieux du repos éternel, balayant les mémoires. Certains sont tournés vers la mer. Comme un reproche ou une supplique.
Sur une table rase
Plus au sud, à Rikuzentakata, à la lisière du département de Miyagi, Mme Hatsue Toba est elle aussi un être fracassé. Les corps de son fils, 23 ans, et de sa fille, 24 ans, n’ont jamais été retrouvés. « La reconstruction des cœurs reste lointaine, dit-elle. Dix ans sont passés comme un instant. » Dans cette ville où le tsunami a fait près de 2 000 morts, la population a diminué de 10 % : des veuves sont retournées avec les enfants dans leur famille d’origine et beaucoup de jeunes sont partis sans attendre la reconstruction.
« On essaie de reconstruire sur une table rase », dit Fumiko Ueno, qui tient un minuscule café. Elle avait 12 ans en 2011. Elle a assisté de loin à la catastrophe mais a grandi dans une ville dévastée. « Vous cherchez la nouvelle ville ? Mais c’est ici ! » répond-elle, rieuse, en montrant de la main une immense étendue plate et quasiment vide sillonnée de routes le long desquelles s’égrènent, çà et là, des maisonnettes et quelques commerces entre des terrains inoccupés couverts de gravier. Au loin vers la mer, on aperçoit des engins de construction et, sur la gauche, l’immense mémorial aux victimes dont la terrasse, sur un remblai, domine la mer d’une vingtaine de mètres. Sur des tables de pierre, des bouquets de fleurs ont été déposés par des proches des victimes.
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« La digue n’est pas assez haute pour stopper une vague comparable à celle du 11 mars mais, en principe, un tsunami de cette force n’a lieu que tous les mille ans… » dit, laconique, Kiichi Tachibana, directeur adjoint du mémorial. « J’étais contre cette digue mais maintenant il faut bien vivre derrière cette présence étrange, dont on veut croire qu’elle nous protégera », déclare Koetsu Konno, pêcheur âgé de 72 ans qui a fui vers les hauteurs avec sa famille juste après le séisme. Sa maison, à 80 mètres de la mer, a été emportée.
Reconstruction, pas résurrection
La frénésie de construction de murailles ne faiblit pas mais elle se conjugue à des tentatives de réinventer des villes attrayantes. A Onagawa – où 10 % de la population a péri en mars 2011 –, plutôt que de construire un mur, les autorités ont rasé des collines pour rehausser de dix mètres le terrain sur lequel a ensuite été reconstruite une partie de la ville. De la gare en bois, au style épuré, s’ouvre la perspective du front de mer bordée de restaurants et de magasins. Les habitations ont été rebâties sur les collines. D’autres localités, hostiles aux murs de béton, ont également choisi de construire en hauteur.
Les grands ports comme Ishinomaki ou Kesennuma, renommés pour leur énorme marché aux poissons, ont été reconstruits mais peinent à revivre. Les soirées y sont tristement lugubres : aux ravages du tsunami s’est ajouté le ralentissement des activités provoqué par l’épidémie de Covid-19. Des hameaux de pêcheurs de la presqu’île Shika hanto ont réussi en revanche à conserver leur mode de vie. C’est le cas de Maeami Hama, au fond de sa crique, balayée ce jour-là par une tempête. Sur les vingt-quatre foyers qui y vivaient avant la catastrophe, il n’en reste que quatre. « Quand j’ai vu au loin la vague, j’ai couru sur les hauteurs. Toutes les maisons près de la mer ont été emportées. Il ne faut pas construire près du rivage », dit Yoshio Abe, 73 ans, au visage buriné par les embruns et le soleil.
> Lire aussi Fukushima : « Comment le Japon s’est aveuglé devant la certitude annoncée d’un désastre »
A Ofunato (Iwate), le tsunami a fait resurgir un énorme mégalithe de 30 tonnes jeté sur la grève par le précédent raz de marée. Il avait été conservé comme monument puis fut enterré lors de la construction d’une route. Sa réapparition sonne comme un rappel des forces de la nature à ne pas négliger les enseignements du passé.
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/10/dix-ans-apres-fukushima-a-l-ombre-des-digues-les-voix-assourdies-des-victimes-du-tsunami_6072529_3244.html>
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12- Le Japon se fige pour les dix ans de la triple catastrophe de 2011, AFP, maj le 11/03/21 à 15:00
Harumi Ozawa, avec Mathias Cena à Tokyo

Le Japon a commémoré avec émotion jeudi le dixième anniversaire de la triple catastrophe du 11 mars 2011 - séisme, tsunami et accident nucléaire - qui a traumatisé durablement toute la nation.
A 14H46 (05H46 GMT), heure à laquelle le séisme a frappé en 2011, une minute de silence a été observée dans tout le pays, suivie à Tokyo d'une cérémonie où se sont exprimés l'empereur Naruhito et le Premier ministre Yoshihide Suga.
Des sirènes ont retenti au même moment sur des plages du littoral où des personnes se sont recueillies les mains jointes en regardant vers la mer.
Le lourd bilan humain de près de 18.500 morts ou disparus a été causé principalement par un gigantesque tsunami, dont les vagues hautes comme des immeubles se sont abattues sur les côtes du nord-est japonais peu après le tremblement de terre de magnitude 9,0.
L'accident nucléaire qui a suivi à la centrale de Fukushima Daiichi, envahie par les flots, où les coeurs de trois des six réacteurs sont entrés en fusion, a rendu des localités entières inhabitables pendant des années à cause des radiations et forcé des dizaines de milliers de personnes à partir.
Il s'agissait du pire accident nucléaire depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986.
"La magnitude des dégâts causés par la catastrophe est si profonde que la mémoire inoubliable de la tragédie persiste dans mon esprit", a déclaré l'empereur.
"Notre nation a vécu plusieurs catastrophes qu'on peut considérer comme des crises nationales" mais "nos prédecesseurs ont surmonté chaque crise avec courage et espoir", a rappelé pour sa part M. Suga, assurant que le Japon regarderait "toujours vers l'avant".
Des messages de solidarité ont été envoyés du monde entier, notamment par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres et par la chanteuse Lady Gaga.
- "JO de la reconstruction" -
Des hommages ont eu lieu toute la journée dans le nord-est du Japon, comme à Hisanohama, dans la ville côtière d'Iwaki (département de Fukushima), où des habitants se sont regroupés près de la mer, au son des prières de moines bouddhistes.
"Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai été beaucoup plus émue ce matin" que d'habitude, a confié à l'AFP Tomoi Ogi, 86 ans. 
"Peut-être que je vieillis. Je me suis réveillée et j'ai regardé la télévision en me disant: +ça fait déjà 10 ans+. Cela semble long et court à la fois".
A Miyagi, un des trois départements du nord-est les plus meurtris, des opérations de recherche ont été organisées par des habitants qui espèrent encore retrouver un être cher.
Les restes d'une femme emportée par le tsunami d'il y a dix ans ont été identifiés la semaine dernière, libérant son fils d'une insoutenable incertitude et lui permettant, enfin, de faire son deuil.
Le Japon a tiré certaines leçons de la triple catastrophe, érigeant de nouveaux murs anti-tsunami toujours plus hauts, améliorant les systèmes d’alerte et les routes d'évacuation, mais les dangers demeurent.
Un tremblement de terre de magnitude 7,3, considéré comme une lointaine réplique de celui de 2011, est ainsi venu rappeler le 13 février les risques sismiques permanents au large du Japon. 
Ces commémorations ont eu lieu à deux semaines seulement du départ prévu, à Fukushima, du relais de la flamme olympique pour les JO de Tokyo-2020, baptisés "Jeux de la reconstruction".
L'ombre de la pandémie plane sur l'événement, reporté à cette année, mais gouvernement japonais et organisateurs espèrent que le relais permettra de recentrer l'attention sur cette région meurtrie.
- "Morts sous mes yeux" -
Nayuta Ganbe, un étudiant de Sendai, capitale du département de Miyagi, s'exprime régulièrement lors d'événements sur le thème de la prévention des catastrophes.
Mais il préfère d'habitude se recueillir en privé le 11 mars. "C'est le jour où j'ai perdu mes camarades de classe. Des gens sont morts sous mes yeux. C'est un jour que j'espère ne jamais avoir à revivre", raconte le jeune homme aujourd'hui âgé de 21 ans.
Pour beaucoup, cet anniversaire est l'occasion d'un moment d'introspection, alors que ce drame national est encore douloureusement présent avec des dizaines de milliers de personnes toujours déplacées et 2% de la superficie de Fukushima en zone interdite.
Le démantèlement de la centrale nucléaire avance très lentement depuis l'accident et devrait prendre encore trois à quatre décennies au moins. La plupart des centrales du Japon restent à l'arrêt.
<https://information.tv5monde.com/info/le-japon-se-fige-pour-les-dix-ans-de-la-triple-catastrophe-de-2011-399892>
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13- Reportage. Dix ans après Fukushima, les évacués confrontés au dilemme du retour, Le Monde, 11/03/21, 13h55
Philippe Mesmer, Département de Fukushima, envoyé spécial

Sur les 80 000 personnes qui vivaient dans un rayon de 20 kilomètres autour de la centrale et qui avaient dû fuir lors de la catastrophe, 36 200 vivent toujours ailleurs. Dans la région, l’accident nucléaire a provoqué un traumatisme durable.
C’est un petit banc de bois gris, posé entre de jeunes plants de cerisiers, face à une étendue herbeuse jaunie par la sécheresse de l’hiver japonais. Shinichiro Raku, septuagénaire au sourire rare, l’a ancré là où se dressait, il y a encore dix ans, sa maison, sur un terrain de 1 500 tsubos (5 000 mètres carrés). « Une grande demeure traditionnelle. On y organisait de beaux mariages. » Les petits-enfants vivaient avec parents et grands-parents, égayant la bâtisse de Kawahara, zone côtière du bourg d’Odaka, à Minamisoma, commune du département de Fukushima, ombragée à l’ouest par le mont Kunimi et s’ouvrant à l’est sur l’immensité du Pacifique.
Le tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011 ont tout bouleversé. La vague a emporté la maison. Les explosions à la centrale Fukushima Daiichi, 15 kilomètres plus au sud, ont souillé les terres agricoles de retombées radioactives. Les Raku, comme 80 000 personnes – dont 14 000 à Odaka – qui vivaient dans un rayon de 20 kilomètres autour de la centrale, ont dû fuir.
Dix ans plus tard, M. Raku symbolise le dilemme de ces évacués, confrontés à la question du retour sur leur terre d’origine. Impatient de se recueillir« sur les tombes des ancêtres, sur les terres dont nous avons hérité », il a choisi de revenir. Depuis son banc de Kawahara, il dessine de la main ce qu’était son voisinage. « Ici, il y avait une maison, là une rizière. Là-bas, des gens sont morts dans le tsunami. »
Vestiges de maisons disparues
Près de 700 personnes ont péri à Minamisoma dans une catastrophe qui a fait 22 500 morts et disparus tout le long de la côte orientale de l’Archipel. Aujourd’hui, l’océan se cache derrière une imposante digue de béton gris. De Kawahara, il ne reste que le banc du vieil homme, quelques vestiges de maisons disparues, et le petit temple du quartier, refait à neuf en 2014 par une entreprise de Kumamoto, ville du sud-ouest du pays.
M. Raku vit à quelques kilomètres de là, près de la gare d’Odaka. Le bourg a bénéficié d’une vaste opération de décontamination – retirer 5 centimètres de sol, élaguer les arbres, passer les bâtiments au nettoyeur haute pression – pour ramener les taux d’exposition à 1 millisievert par an (similaires à ceux que la France ­recommande pour la population).
A l’été 2016, les autorités ont levé l’interdiction d’habiter dans le secteur. Des logements ont été bâtis pour les survivants ayant perdu leur maison et désireux de se réinstaller. M. Raku a emménagé en 2018 dans une maisonnette neuve, « vraiment petite » et meublée modestement. Quelques souvenirs d’avant le drame donnent de la couleur aux murs pâles. Il y a des photos de gens souriants, « récupérées dans les décombres par les militaires des forces d’autodéfense ». D’autres clichés datent des six années passées dans un logement préfabriqué.
Au quotidien, Shinichiro Raku cultive des légumes sur un lopin de terre tout proche. « Des scientifiques de l’université de Tokyo ont étudié le sol et prétendent que tout va bien. » Il veille sur sa voisine, Tomeko Tamagawa, pétillante octogénaire à la vue déclinante. « Le tremblement de terre a détruit ma maison. Le tsunami a emporté celle qui m’a vue naître. J’ai l’impression de ne plus avoir de terre natale. Mais je connais encore des gens ici et je ne voulais pas m’imposer dans la famille de mon fils. Il m’avait proposé d’aller vivre avec eux, à Sendai », grande ville à 80 kilomètres au nord-ouest de Minamisoma.
Attachement à la terre d’origine
Seuls 3 500 des 14 000 habitants d’Odaka ont choisi de revenir. Ce sont en majorité des personnes âgées. Comme M. Raku et Mme Tamagawa, l’attachement à leur terre d’origine l’a emporté sur la peur de la contamination radioactive, question prégnante qui dissuade les jeunes de retrouver la ville où ils ont grandi, malgré les efforts des autorités pour rassurer.
« Hors des zones d’évacuation, le taux de radiation ne dépasse pas 0,12 microsievert par heure [μSv/h], contre 2,74 en 2011. Nous sommes au niveau des grandes villes du monde », se réjouissait début février le gouverneur de Fukushima, Masao Uchibori. Le départ du parcours de la flamme olympique reste programmé le 25 mars au J-Village, centre sportif à 20 kilomètres au sud de la centrale. En 2013, l’ancien premier ministre (2012-2020), Shinzo Abe, prétendait que la catastrophe était « sous contrôle ».
Ces discours ne passent pas parmi les habitants des zones contaminées. Sur la totalité des évacués, 36 200 vivent toujours ailleurs. Ce chiffre peut sembler réduit mais le département de Fukushima ambitionnait zéro évacué en 2020 et, selon l’association Centre d’information citoyenne sur le nucléaire (CNIC), « de nombreux évacués sont rentrés contre leur gré », en raison notamment de l’arrêt en 2017 de la prise en charge de leurs loyers. Sur les 36 200, 65 % refusent de revenir, selon un sondage de la fin 2020 de l’agence Kyodo. Près de la moitié redoutent la contamination radioactive.
L’accident nucléaire a provoqué un traumatisme durable. « En 2011, nous nagions dans l’inconnu. Aujourd’hui encore, il semble difficile de juger si nous avons bien agi », analyse Toshio Hatsuzawa, habitant de la ville de Fukushima, à 60 kilomètres de la centrale, alors que son épouse, Tomoko, terrorisée par la contamination qui lui a fait perdre « l’air, l’eau et le sol de [sa] terre natale », avait fui à Hokkaido, au nord du Japon. Malgré les craintes de la pollution radioactive, elle était rentrée après quelques mois. Elle dit avoir « pris quelque distance » avec le drame, mais conserve une pointe d’inquiétude : « Le combustible fondu est toujours au fond des réacteurs. »
> Lire aussi Dix ans après Fukushima : à l’ombre des digues, les voix assourdies des victimes du tsunami
Un sentiment partagé à Odaka. « Il y a toujours des points chauds de radioactivité ici et nous n’avons confiance ni dans Tepco et ni dans l’Etat », explique de son côté Tomoko Kobayashi, propriétaire de Futabaya, l’unique auberge du bourg, tandis qu’à la télévision, le décrochage local de la chaîne publique, NHK, égrène après la météo les niveaux de radiations dans le département.
Rizières et champignons contaminés
Souriante et volubile, Mme Kobayashi est revenue avec son mari et son fils pour relancer l’établissement créé avant la guerre par ses arrière-grands-parents. En marge de son activité hôtelière, la sexagénaire participe à la surveillance des radiations. Elle apprécie de voir la vie renaître dans son bourg. « Peu de gens sont revenus mais au moins, ils sont là. A Futaba ou Okuma, il n’y a personne. C’est triste. »
A quelques kilomètres au sud d’Odaka, ces deux villes sont les dernières de la zone des 20 kilomètres à ne pas avoir été rouvertes. Seules quelques artères les traversent, telle la route numéro 6 encombrée de véhicules des entreprises chargées de la décontamination et du démantèlement de la centrale endommagée, un chantier officiellement programmé jusqu’en 2051 et d’un coût estimé à 21 500 milliards de yens (167 milliards d’euros).
A la gare d’Ono, la plus proche de la centrale, descendent quelques travailleurs du nucléaire. Un panneau électronique indique un taux de radiation à 0,3 μSv/h. A deux pas, la rue commerçante et ses enseignes éteintes et brinquebalantes sont murées dans le silence derrière les lourdes barrières d’acier qui en interdisent l’accès. « Les radiations me font toujours peur », reconnaît Hiroshi Kanno, solide quinquagénaire né et élevé à Katsurao, village jouxtant Futaba.
Autrefois riziculteur et éleveur de bovins, il a dû quitter sa maison natale au portail surmonté de deux massifs aigles de pierre et dominant une vallée agricole cernée de monts couverts de pins, pour refaire sa vie à Koriyama, à une trentaine de kilomètres. « Il est illusoire de vouloir revenir. Les rizières paraissent nettes aujourd’hui. Il y a six mois, elles étaient couvertes de sacs de déchets radioactifs. Et on ne peut plus ramasser les champignons ou les herbes de la forêt. » Des taux de radioactivité à plus de 30 000 becquerels par kilo sont régulièrement mesurés dans les champignons. La limite légale pour leur mise en vente est fixée à 100 Bq/kg. Les jours de fortes pluies et de vents violents, les substances radioactives s’écoulent des bois. Il faut de nouveau décontaminer.
Divorcé, M. Kanno exclut même de refonder une famille. « Si j’ai un enfant handicapé, qui sera responsable ? Je me sentirai forcément coupable. » Au désespoir de sa maman, Haruyo, qui a « toujours voulu revenir » et aimerait que la maison familiale résonne à nouveau des rires des enfants.
« Les vieux s’occupent des vieux »
Dix ans après la catastrophe, cette question des enfants, garantie de l’avenir, se pose dans toute la région. « Avant le 11 mars, Minamisoma détenait le record du nombre de familles nombreuses. Aujourd’hui, il n’y a plus de femmes ni d’enfants », déplore Katsunobu Sakurai, maire à l’époque du drame. « La part des personnes âgées dépasse les 35 %, contre 25 % avant la catastrophe. Les gens vivent seuls. Ce sont des vieux qui s’occupent des vieux. Il y a une forme de renoncement », s’inquiète Tomoyoshi Oikawa, directeur de l’hôpital municipal. Beaucoup de travailleurs vivent seuls à Minamisoma. « Ma maison se trouvait dans les 20 kilomètres. Ma famille et moi nous sommes réfugiés à Sendai. Ma femme et mes enfants y vivent toujours », reconnaît Takanobu Sato, gérant du Koryu Center d’Odaka.
> Lire aussi Au Japon, les enfances volées de Fukushima après la catastrophe nucléaire
Aménagé sur le site d’une fabrique de kimonos détruite après le 11 mars, ce centre flambant neuf abrite des restaurants, un marché de produits locaux et des espaces de loisirs. Ses séances de yoga ou de remise en forme rencontrent un certain succès. « Ici, nous nous efforçons de créer du lien communautaire. C’est long car nous partons de zéro », explique M. Sato. Le centre traduit le vœu du maire actuel, Kazuo Momma, de soutenir les familles. « Nous travaillons pour rendre la vie plus facile, réduire les craintes liées aux radiations et développer de nouvelles activités économiques, comme le Robot Test Field », axé sur les technologies robotiques les plus avancées. Outre le Koryu Center, des estaminets ont rouvert. La romancière Miri Yu a créé une bibliothèque publique.
De quoi donner l’illusion d’un avenir, en contraste avec les maisons abandonnées et les bâtiments non reconstruits qui parcheminent le bourg d’espaces abandonnés aux herbes folles. Une triste réalité qui ébranle l’optimisme naturel de M. Sakurai.
Dix ans après la catastrophe, alors que le gouvernement claironne l’achèvement de la reconstruction des infrastructures, ce qu’il appelle « la menace invisible des radiations » bloque toujours la vraie reconstruction, celle des personnes. « Si les gens ne reviennent pas, Minamisoma n’a pas d’avenir. »
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Le 11 mars 2011, le Japon frappé par un séisme puis par un tsunami
Le vendredi 11 mars 2011, à 14 h 46 heure locale (6 h 46 à Paris), un séisme sous-marin de magnitude 9,1 se produit à 130 kilomètres au large de l’archipel du Japon, dans l’océan Pacifique. Un puissant tsunami frappe ensuite la façade orientale de la région du Tohoku sur plus de 600 km de côte. La vague géante submerge les digues de protection et provoque des destructions massives dans les villes côtières. La mer envahit également la centrale de Fukushima Daiichi, provoquant le deuxième accident nucléaire le plus grave après celui de Tchernobyl (1986). Une coupure électrique et une défaillance des générateurs de secours ont empêché le bon fonctionnement du système de refroidissement, engendrant des explosions dues à la surchauffe, un nuage radioactif et un écoulement d’eaux contaminées dans le Pacifique. Au total, le bilan humain est lourd : 22 500 morts et disparus, dont une grande majorité sont engloutis par le tsunami.
> Lire nos articles sur les dix ans de la catastrophe :
• L’impossible bilan de la catastrophe nucléaire de Fukushima
• Les évacués confrontés au dilemme du retour
• Archive. Sur la route de Fukushima : « Nous sommes arrivés dans l’épicentre des catastrophes japonaises peu après minuit » 
• Que s’est-il passé il y a dix ans ?
• Le récit d’une inévitable catastrophe
• A l’ombre des digues, les voix assourdies des victimes du tsunami
• Tribune. « Comment le Japon s’est aveuglé devant la certitude annoncée d’un désastre »
• Le Japon face au défi énergétique de la neutralité carbone
• En France, la totalité des mesures post-Fukushima ne seront pas mises en œuvre avant 2035
• En Allemagne, l’accident de Fukushima a accéléré la sortie du nucléaire civil
• « L’accident a rendu le nucléaire plus cher »
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/dix-ans-apres-fukushima-les-evacues-confrontes-au-dilemme-du-retour_6072685_3244.html>
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14- Décryptage. Dix ans après, l’impossible bilan de la catastrophe nucléaire de Fukushima, Le Monde, 11/03/21, 15h48
Nabil Wakim et  Perrine Mouterde

Un comité de l’ONU estime qu’aucun décès ni cancer n’est, à ce jour, directement imputable aux radiations, dont les effets se feront sentir dans l’environnement pendant des siècles. D’autres experts demandent des études épidémiologiques plus poussées.
Il y a dix ans, un séisme très puissant et le gigantesque tsunami qu’il provoque ravageaient la côte nord-est du Japon, tuant plus de 18 000 personnes. Le site de la centrale de Fukushima Daiichi, l’une des plus grandes au monde, est alors englouti. A la catastrophe naturelle s’ajoute l’un des accidents nucléaires les plus graves de l’histoire – classé au niveau 7, le plus élevé, sur l’échelle internationale des événements nucléaires –, dont les effets sont majeurs.
• Exposition aux radiations : des conséquences difficilement « perceptibles »
Le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (Unscear) avait dressé un premier bilan de l’impact de l’accident en octobre 2013. Près de huit ans plus tard, après avoir pris en compte les études et travaux publiés au cours des dernières années, ses experts parviennent à la même conclusion : aucun décès ni aucun effet néfaste sur la santé des résidents de la préfecture de Fukushima directement attribuable à l’exposition aux rayonnements n’ont été documentés, et il est peu probable qu’un effet futur sur la santé soit perceptible, écrivent-ils dans un rapport publié mardi 9 mars.
« Il y a toujours un risque de cancer quand des populations sont exposées, même à de faibles doses, mais nous ne pensons pas pouvoir détecter d’augmentation par rapport à l’incidence normale de la maladie dans cette population », explique Gillian Hirth, la présidente de l’Unscear.
L’incidence des cancers de la thyroïde a été particulièrement observée. L’accident de Tchernobyl a en effet permis d’établir de façon claire la corrélation entre l’exposition aux retombées radioactives et le risque de développer ce type de cancer, dû à l’iode 131. Dès 2011, les autorités japonaises ont donc lancé un programme de dépistage systématique des cancers de la thyroïde auprès des 360 000 résidents de la province de Fukushima âgés de moins de 18 ans. Ces campagnes ont révélé un nombre très important de cancers mais, pour les scientifiques, ce résultat serait lié à un « effet du dépistage », conduisant à un surdiagnostic, plutôt qu’à l’exposition aux radiations.
« L’amélioration des techniques permet de repérer des nodules de très petite taille, et donc des cancers qui ne se seraient sans doute en partie jamais déclarés, explique Enora Cléro, épidémiologiste à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Ces campagnes de dépistage ont été menées dans la préfecture de Fukushima mais aussi dans des préfectures n’ayant pas été exposées aux retombées radioactives, et les résultats obtenus sont similaires. » Pour l’IRSN, il est donc « encore prématuré » de se prononcer sur une éventuelle augmentation des cancers de la thyroïde.
A Tchernobyl, le nombre de ces cancers a augmenté très fortement quatre ans seulement après la catastrophe. Mais à Fukushima, les populations ont été exposées à des doses 10 à 100 fois inférieures. L’accroissement des cancers pourrait donc apparaître bien plus tard.
Florent de Vathaire, directeur de l’unité sur l’épidémiologie des radiations de l’Inserm, a par exemple étudié une cohorte de 7 000 enfants ayant été traités par radiothérapie avant l’âge de 1 an pour des taches sur la peau. « On a bien eu un excès de cancers de la thyroïde pour des doses d’exposition assez faibles, mais il n’est apparu que plus de vingt ans après », insiste-t-il.
Certains travailleurs de la centrale de Fukushima Daiichi ont par ailleurs reçu des doses beaucoup plus importantes. En 2018, le Japon a reconnu pour la première fois qu’un employé atteint d’un cancer du poumon était mort des suites d’une exposition aux radiations. Au total, depuis 2011, six cas de travailleurs ayant développé un cancer et une leucémie ont été considérés comme des accidents du travail. Dans son rapport, l’Unscear estime qu’une augmentation de l’incidence des leucémies et des cancers est « peu susceptible d’être discernable ».
Lire aussi :A Fukushima, des « nettoyeurs » irradiés et sous-payés
Gillian Hirth dit espérer que ce document, « robuste », puisse rassurer les populations de Fukushima et du Japon. Mais une partie des citoyens et des scientifiques peine à être convaincue. Le militant Kolin Kobayashi, membre de l’association Echo-Echanges, dénonce des « campagnes de propagande » visant à minimiser l’impact des faibles doses. Keith Baverstock, ancien consultant en santé et radiations ionisantes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), doute, de son côté, que l’on puisse un jour évaluer précisément les conséquences de l’exposition aux radiations à Fukushima. « Il faudrait que des études épidémiologiques majeures soient menées et ce n’est pas le cas, juge-t-il. Et les experts de l’Unscear sont désignés par des gouvernements qui possèdent des réacteurs nucléaires. »
• Evacuation : des effets sur la santé physique et psychologique 
Au-delà des conséquences potentielles liées à une exposition aux radiations, l’accident a eu d’autres effets sur la santé des populations. Dans les mois qui ont suivi la catastrophe, plus de 80 000 personnes ont reçu un ordre d’évacuation lié au niveau de contamination. D’autres, désignées comme des « réfugiés volontaires », ont choisi d’elles-mêmes de quitter leur commune. Les plus vulnérables, notamment, ont été affectés par ce changement de vie soudain. Stress, anxiété, alcoolisme, perturbation du régime alimentaire, aggravation des maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension ont été constatés.
En 2012, plus de 67 % des réfugiés interrogés dans le cadre d’une enquête connaissaient un syndrome de stress post-traumatique, et près de 47 % en souffraient encore en 2017. A partir de 2013, le nombre de suicides a également augmenté. Les autorités japonaises estiment que plus de 2 300 personnes sont mortes de façon prématurée en raison des défaillances des structures médicales et des conditions de vie difficiles liées à l’évacuation.
> Lire aussi Dix ans après Fukushima, les évacués confrontés au dilemme du retour
Dix ans plus tard, seule une minorité des quelque 160 000 réfugiés a fait le choix du retour. Pour eux, s’ajoute au traumatisme associé à l’accident celui de retrouver un environnement radicalement bouleversé. Dans les villages de montagnes, les anciens voisins ne sont plus là. De certaines communes du littoral, il ne reste plus rien. De petits pavillons neufs ont remplacé l’ancien tissu urbain.
« Certaines personnes âgées qui sont rentrées sont tombées dans une dépression et un alcoolisme très profonds et se laissent mourir. Elles sont comptabilisées comme des morts naturelles quand on les retrouve, raconte Cécile Asanuma-Brice, sociologue et chercheuse au CNRS et résidente permanente au Japon depuis 2001. La politique du gouvernement axée sur le retour à tout prix a également justifié des attitudes discriminantes de la part des communes qui accueillaient les réfugiés, qui ont été vus comme des assistés. Cela a généré une pression sociale d’exclusion très forte. » « Dans certaines villes, plus de la moitié de la population qui est rentrée a plus de 65 ans, ajoute Reiko Hasegawa, sociologue spécialiste de Fukushima. La situation sera intenable dans les années à venir. » 
• Des sols et de l’eau contaminés pour des centaines d’années 
Dans la catastrophe, le Japon a eu un peu de chance : la zone située immédiatement autour de la centrale est une région rurale, relativement peu dense et en grande partie forestière. A Tchernobyl, le pouvoir soviétique avait décidé d’abandonner la zone. A Fukushima, le gouvernement japonais a fait exactement l’inverse : il s’est lancé dans un chantier considérable pour la rendre de nouveau habitable.
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Premier chantier : la décontamination des sols. Dans une zone de 50 km autour de la centrale, en dix ans, les zones urbaines et les terres agricoles ont été grattées, de 5 cm à 10 cm, pour retirer la terre et les matériaux contaminés par des éléments radioactifs. Dans ces zones, le niveau de contamination est redescendu à la limite acceptée au niveau mondial. Mais les forêts, qui représentent environ 75 % de la préfecture de Fukushima, n’ont pas été décontaminées – et ne le seront pas.
Ce gigantesque chantier a produit entre 17 millions et 20 millions de mètres cubes de déchets, l’équivalent de 5 000 piscines olympiques, selon Jean-Christophe Gariel, directeur général adjoint chargé de la santé et de l’environnement à l’IRSN. « C’est considérable », estime M. Gariel qui précise que ces déchets sont aujourd’hui transférés vers un site centralisé. Le gouvernement japonais s’est donné jusqu’à 2045 pour trouver un lieu de stockage définitif – certains de ces déchets resteront radioactifs pendant encore trois cents ans. L’ONG Greenpeace dénonce, de son côté, le « mythe de la décontamination » et estime que, dans plusieurs endroits de la zone contaminée, la radioactivité est supérieure à celle constatée par les autorités japonaises.
> Lire aussi L’eau contaminée, poison durable de Fukushima
« L’autre sujet critique est la question de l’eau », souligne M. Gariel, qui explique que la centrale doit toujours être refroidie en permanence. Résultat, de l’eau contaminée continue de s’accumuler sur le site – soit 170 mètres cubes supplémentaires chaque jour, ce qui porte le volume total à environ 1,2 million de mètres cubes.
En 2022, le site aura atteint sa capacité de stockage maximal. Le gouvernement japonais n’a pas encore tranché sur ce qu’il comptait faire de cette eau, mais l’option la plus probable est qu’il la déverse progressivement dans l’océan, après en avoir extrait la plupart des éléments radioactifs. Un sujet qui ne fait pas l’unanimité au Japon, notamment auprès des pêcheurs. Si le processus de décontamination a bien avancé, « on ne peut pas parler d’un retour à la normale, explique M. Gariel. Un accident nucléaire impacte toute la vie, il ne faut pas simplement prendre en compte la radioactivité. » 
• Un impact économique majeur
« Dans une catastrophe naturelle, on peut chiffrer l’impact des destructions ; là, c’est plus difficile car les conséquences sont multiples », souligne l’économiste Sébastien Lechevalier, spécialiste du Japon. « L’accident arrive alors que le Japon se remet tout juste de la crise financière de 2008 », rappelle-t-il. Le ministère de l’économie du pays estime que l’impact sur le produit intérieur brut (PIB) aura été de 3,5 % et que la catastrophe a fait replonger le pays dans la récession. Surtout, la reprise est plus longue et plus difficile que pour un tremblement de terre, comme le pays l’avait expérimenté à Kobe, en 1995.
Il faut d’abord prendre en compte les coûts de démantèlement et de décontamination, qui pourraient se chiffrer à plus de 200 milliards d’euros. Dans la foulée de la catastrophe, le pays arrête ses centrales nucléaires et augmente fortement ses importations de charbon, de gaz et de pétrole. « Cela a pesé fortement sur la balance commerciale qui est devenue déficitaire », note la chercheuse Guibourg Delamotte, maîtresse de conférence à l’Institut national des langues et civilisations orientales.
Cette hausse de la consommation d’énergies fossiles, qui fait augmenter en flèche les émissions de gaz à effet de serre du pays, est en partie compensée par un vaste plan d’économie d’énergie mais fait aussi grimper le prix des factures d’électricité pour les Japonais. « Il faut aussi ajouter la quasi-destruction de la filière nucléaire et de nombreux groupes industriels qui lui sont liés », note M. Lechevalier, qui rappelle qu’elle finançait aussi tout un pan de la recherche universitaire ou privée.
> Lire aussi Dix ans après Fukushima : le Japon face au défi énergétique de la neutralité carbone
Plusieurs usines qui fournissaient le secteur automobile sont détruites ou mises à l’arrêt, et les chaînes de production sont interrompues. L’année 2011 reste celle où Toyota perd sa première place de constructeur mondial au profit de General Motors.
L’accident a également aggravé la dette publique du Japon, déjà très élevée auparavant : elle représente 236 % du PIB en 2012, après le vote de plusieurs plans de reconstruction de plus de 200 milliards d’euros.
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/dix-ans-apres-l-impossible-bilan-de-la-catastrophe-nucleaire-de-fukushima_6072670_3244.html>
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15- Tchat. Nucléaire : « L’expérience de Fukushima a conduit de nombreux pays à rehausser les exigences de sûreté », Le Monde, 11/03/21, 20h15 

Quel impact a eu la catastrophe de Fukushima sur le nucléaire en France et dans le monde ? Nos journalistes Perrine Mouterde et Nabil Wakim ont répondu à vos questions. 
Le vendredi 11 mars 2011, à 14 h 46 (heure locale), un séisme sous-marin de 9,1 sur l’échelle de Richter survient à 130 kilomètres au large de l’archipel du Japon, dans l’océan Pacifique. Un puissant tsunami frappe, ensuite, la façade orientale de la région du Tohoku sur plus de 600 kilomètres de côte. La mer envahit la centrale de Fukushima Daiichi, provoquant le deuxième accident nucléaire le plus grave après Tchernobyl (1986).
L’accident nucléaire de Fukushima a profondément changé l’industrie nucléaire, y compris d’un point de vue géopolitique. Vous pouvez lire ici notre entretienavec Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du centre énergie de l’IFRI, qui revient sur les principaux enjeux pour la filière.
Nos journalistes Perrine Mouterde et Nabil Wakim ont répondu à vos questions.
Annette : Comment peut-on imaginer atteindre la neutralité carbone en France sans devoir recourir au nucléaire ? Les autres formes de production électrique sont-elles suffisantes ? Faudra-t-il revenir au charbon, bien plus polluant ?
Nabil Wakim : C’est effectivement l’objet d’un vif débat, qui commence tout juste. Si la France veut conserver un réseau électrique qui n’émet pas ou peu de gaz à effet de serre, elle dispose principalement de deux options à l’horizon 2050 : soit elle mise sur un système 100 % énergies renouvelables – un récent rapport d’experts a montré que cela était techniquement possible mais que les contraintes étaient très complexes – ; soit elle décide de construire beaucoup d’énergies renouvelables (éolien et solaire principalement) et de reconstruire un parc nucléaire, plus petit que l’actuel.
Une étude de Réseau de transport d’électricité (RTE), qui doit être rendue publique en septembre ou en octobre, doit étudier ces différentes options en détail. Dans tous les cas, la France a exclu de revenir au charbon (il ne reste que trois centrales, qui doivent fermer prochainement) et s’est interdit de construire de nouvelles centrales à gaz.
>> Suite à lire à :
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/nucleaire-l-experience-de-fukushima-a-conduit-de-nombreux-pays-a-rehausser-les-exigences-de-surete_6072807_3244.html <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/nucleaire-l-experience-de-fukushima-a-conduit-de-nombreux-pays-a-rehausser-les-exigences-de-surete_6072807_3244.html>>
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En images
16- Tsunami au Japon : 10 ans après, les habitants sont-ils revenus ?, TF1, journal de 20h, 09/03/21

Ces terribles images du 11 mars 2011 sont encore dans toutes les mémoires. Un puissant séisme, puis une vague de 30 mètres de haut, entraînant 22 000 morts et disparus. Quelques minutes plus tard, le raz-de-marée frappe la centrale nucléaire. 160 000 personnes sont évacuées. Meurtri, le Japon a entrepris le plus grand nettoyage radioactif de l'histoire. La terre toxique a été enfermée dans des milliers de sacs, mais la radioactivité est encore diffuse, transportée par le vent et les animaux. Les habitants de cette région agricole sont inquiets. Sur les routes, des compteurs ont été installés pour mesurer la radioactivité. Mais dans les communes proches de la centrale, moins de 10% des anciens habitants sont revenus. Quelques personnes âgées ont fait le choix de s'y réinstaller, mais rares sont les commerces et restaurants ouverts. Une chose a changé pour tous les survivants, ils sont désormais protégés par un rempart anti-tsunami. 400 km de béton sur tout le nord de l'archipel. Baptisée la "grande muraille du Japon", ce bouclier masque la mer. Un mur pour se protéger, et des vestiges pour ne jamais oublier. Le long de cette côte désormais reconstruite, des immeubles éventrés par le tsunami ont été gardés par l'État, comme cet ancien hôtel. Ce travail de mémoire est indispensable, car selon les sismologues, un nouveau séisme géant pourrait s'abattre sur Tokyo dans les prochaines années.
> Reportage à voir à :
<https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/tsunami-au-japon-10-ans-apres-les-habitants-sont-ils-revenus-18150980.html <https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/tsunami-au-japon-10-ans-apres-les-habitants-sont-ils-revenus-18150980.html>>
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17- Fukushima, 10 ans après, France 5, C à vous, 11/03/21, 18h59

Interview de François-Xavier Ménage, grand reporter TF1.
En 2011, il a couvert la catastrophe de Fukushima pour BFMTV, et a également publié en 2016 "Fukushima, le poison coule toujours" chez Flammarion.
> Interview à retrouver à : 
<https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-12/2299349-invites-roselyne-bachelot-francois-xavier-menage-et-yoann-riou.html <https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-12/2299349-invites-roselyne-bachelot-francois-xavier-menage-et-yoann-riou.html>>
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18- En images. Du tsunami à Fukushima : 350 kilomètres et dix ans dans l’œil du photographe japonais Hisashi Murayama, Le Monde, 11/03/21, 19h43

« Le Monde » a demandé au photographe de retourner sur les lieux où il s’était rendu pour le journal dix ans plus tôt, au lendemain de la catastrophe. De Taro à Fukushima, il a retrouvé certaines personnes rencontrées à l’époque et nous conte l’évolution de quatre villes parmi les plus touchées.
• Taro, 350 kilomètres de la centrale nucléaire
• Otsuchi, 300 kilomètres de la centrale
• Rikuzentaka, 230 kilomètres de la centrale
• Namie, dix kilomètres de la centrale
> Photos à voir à :
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/du-tsunami-a-fukushima-350-kilometres-et-dix-ans-dans-l-il-du-photographe-japonais-hisashi-murayama_6072806_3244.html <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/11/du-tsunami-a-fukushima-350-kilometres-et-dix-ans-dans-l-il-du-photographe-japonais-hisashi-murayama_6072806_3244.html>>
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– Oui, les alternatives techniques aux néonicotinoïdes existent <http://www.fondation-nicolas-hulot.org/magazine/oui-les-alternatives-techniques-aux-neonicotinoides-existent/?page=0&domaines1%5B%5D=32&domaines2%5B%5D=32&domaines3%5B%5D=32>, mai 2016
– Mettre la politique monétaire au service de l’avenir <http://www.fondation-nicolas-hulot.org/magazine/mettre-la-politique-monetaire-au-service-de-lavenir/?page=0&magazine_categorie%5B%5D=26>, mai 2016
– Rapport mobiliser les financements pour le climat <http://www.fondation-nicolas-hulot.org/magazine/rapport-mobiliser-les-financements-pour-le-climat/?page=0&magazine_categorie%5B%5D=26>, février 2016
– Alimentation et climat : enjeux et solutions à différentes échelles <http://www.fondation-nicolas-hulot.org/magazine/alimentation-et-climat-enjeux-et-solutions-differentes-echelles/?page=0&domaines1%5B%5D=32&domaines2%5B%5D=32&domaines3%5B%5D=32>, décembre 2015
– Solaire photovoltaïque : 25% de l'électricité mondiale bas carbone d'ici 2050 ! <http://www.fondation-nicolas-hulot.org/magazine/solaire-photovoltaique-25-de-lelectricite-mondiale-bas-carbone-dici-2050/?page=0&magazine_categorie%5B%5D=26>, novembre 2015
– Les révolutions invisibles, un livre pour comprendre le monde qui vient <http://www.fondation-nicolas-hulot.org/magazine/revolution-invisible-un-livre-pour-comprendre-le-monde-qui-vient>, août 2015
– Une revue consacrée aux liens entre environnement et inégalités sociales <http://www.fondation-nicolas-hulot.org/magazine/une-revue-consacree-aux-liens-entre-environnement-et-inegalites-sociales/?page=0&magazine_categorie%5B%5D=26>, juin 2015
– Démocratie participative : guide des outils pour agir <http://think-tank.fnh.org/sites/default/files/documents/publications/publication_etat_deslieaux_democratie_participative_0.pdf>, Etat des lieux & Analyses n°3, nouvelle édition, mars 2015
– Mobilité au quotidien - Comment lutter contre la précarité ? <http://think-tank.fnh.org/sites/default/files/documents/publications/etude-mobilite-precarite.pdf>, Etat des lieux & Analyses, septembre 2014
– Etude. Les solutions de mobilité soutenable en milieu rural et périurbain <http://think-tank.fnh.org/sites/default/files/documents/publications/etude-solution-mobilite-soutenable.pdf>, Fondation Nicolas Hulot & RAC France, juillet 2014
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