[revue-presse-FNH] Petite revue de presse centrée sur biodiversité, sciences et protection du vivant dans le contexte du Congrès mondial de la nature de l'UICN qui se tient à Marseille du 3 au 11 septembre (vendredi 3 septembre)

Florence de Monclin f.demonclin at fnh.org
Ven 3 Sep 07:47:50 CEST 2021


Bonjour à tous,

Un petit tour d'horizon avec deux possibilités d'accès aux dépêches et articles suivants : 
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1- (Rappel). Restaurer 20 % des écosystèmes, réduire massivement l’impact des pesticides… 21 cibles pour préserver la biodiversité <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/12/restaurer-20-des-ecosystemes-reduire-massivement-l-impact-des-pesticides-21-cibles-pour-preserver-la-biodiversite_6088048_3244.html>, Le Monde, 12/07/21, 20h30 
2- Le léopard de mer, monstre sympathique <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/22/le-leopard-de-mer-monstre-sympathique_6092069_3451060.html>, Le Monde, maj le 23/08/21 à 05h28
3- Enquête. Sur la tombe du rhinocéros inconnu <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/24/sur-la-tombe-du-rhinoceros-inconnu_6092190_3451060.html>, Le Monde, 24/08/21, 10h00
4- Factuel. L’éléphant, jouet du tourisme animalier <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/24/l-elephant-jouet-du-tourisme-animalier_6092251_3451060.html>, Le Monde, maj le 25/08/21 à 05h27
5- Le poulet, métaphore du capitalisme <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/26/le-poulet-metaphore-du-capitalisme_6092356_3451060.html>, Le Monde avec AFP, 26/08/21, 08h24
6- La cape d’invisibilité des crustacés <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/27/la-cape-d-invisibilite-des-crustaces_6092467_3451060.html>, Le Monde, 27/08/21, 01h34
7- Le photographe réincarné en chat <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/28/le-photographe-reincarne-en-chat_6092581_3451060.html>, Le Monde, 28/08/21, 00h11
8- Reportage. Trop nombreux et devenus des prédateurs ? Les vautours divisent le monde agricole <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/29/trop-nombreux-et-devenus-des-predateurs-les-vautours-divisent-le-monde-agricole_6092658_3244.html>, Le Monde, 29/08/21, 06h00
9- Biodiversité, urbanisation : en Argentine, des gros rongeurs révèlent les maux écologiques et sociaux du pays <https://www.lemonde.fr/international/article/2021/08/30/biodiversite-urbanisation-en-argentine-des-gros-rongeurs-revelent-les-maux-ecologiques-et-sociaux-du-pays_6092706_3210.html>, Le Monde, 30/08/21, 06h19
10- Enquête. La belle promesse des aires protégées mondiales <https://planete.lesechos.fr/enquetes/la-grande-illusion-des-aires-protegees-mondiales-10597/>, Les Echos Planète, maj le 30/08/21 à 12h32
11- Le plastique menace les espèces migratrices en Asie-Pacifique, selon l'Onu <https://information.tv5monde.com/info/le-plastique-menace-les-especes-migratrices-en-asie-pacifique-selon-l-onu-422496>, AFP, 31/08/21, 14:00
12- En Corse, préserver la fragile posidonie face aux grands yachts <https://information.tv5monde.com/info/en-corse-preserver-la-fragile-posidonie-face-aux-grands-yachts-422456>, AFP, 31/08/21, 21:00
13- Washington annonce de nouvelles restrictions pour lutter contre la disparition des baleines <https://information.tv5monde.com/info/washington-annonce-de-nouvelles-restrictions-pour-lutter-contre-la-disparition-des-baleines>, AFP, 01/09/21, 00:00
14- Carte blanche. L’anémone de mer met à la porte les microalgues indésirables <https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/09/01/l-anemone-de-mer-met-a-la-porte-les-microalgues-indesirables_6092970_1650684.html>, Le Monde, 01/09/21, 06h30 
15- A Marseille, la planète se réunit au chevet de la biodiversité <https://www.lejdd.fr/Societe/a-marseille-la-planete-se-reunit-au-chevet-de-la-biodiversite-4064076>, Le JDD, 02/09/21, 06h00
16- Le Parc marin de la Côte bleue, une aire protégée qui associe les pêcheurs à sa gestion <https://www.lejdd.fr/Societe/le-parc-marin-de-la-cote-bleue-une-aire-protegee-qui-associe-les-pecheurs-a-sa-gestion-4064070>, Le JDD, 02/09/21, 08h00
17- Reportage. Au pied du Vercors, le long combat pour restaurer la continuité écologique <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/02/au-pied-du-vercors-le-long-combat-pour-restaurer-la-continuite-ecologique_6093069_3244.html>, Le Monde, 02/09/21, 10h08
18- Entretien. « Il faut amener chacun à reprendre contact avec le vivant » <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/02/il-faut-amener-chacun-a-reprendre-contact-avec-le-vivant_6093114_3244.html>, Le Monde, 02/09/21, 10h31 
19- Les mammifères marins et les vieilles forêts au cœur des débats de l’UICN <https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/02/les-mammiferes-marins-et-les-vieilles-forets-au-c-ur-des-debats-de-l-uicn_6093118_3244.html>, Le Monde, 02/09/21, 10h44 
20- UICN : pour les lions et guépards, une "liste rouge" pas si protectrice <https://information.tv5monde.com/info/uicn-pour-les-lions-et-guepards-une-liste-rouge-pas-si-protectrice-422756>, AFP, 02/09/21, 14:00
21- Les enjeux du congrès mondial de la nature de l’UICN <https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/biodiversite/les-enjeux-du-congres-2021-de-l-uicn_157231>, Sciences & Avenir, 02/09/21, 15h24
22- Tribune. Audrey Azoulay et Bruno Oberle : « Il est encore temps de faire la paix avec notre planète et avec le vivant » <https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/09/02/audrey-azoulay-et-bruno-oberle-il-est-encore-temps-de-faire-la-paix-avec-notre-planete-et-avec-le-vivant_6093149_3232.html>, Le Monde, 02/09/21, 15h49 
23- Congrès mondial de la nature à Marseille : les clés pour comprendre <https://reporterre.net/Congres-mondial-de-la-nature-a-Marseille-les-cles-pour-comprendre>, Reporterre, 02/09/21, 17h38
24- Le Congrès mondial de la nature s'ouvre sur fond de fortes attentes <https://www.actu-environnement.com/ae/news/congres-mondial-nature-uicn-marseille-ouverture-attentes-38106.php4>, Actu-environnement, 02/09/21
25- Lézard mutant, crevette, corail… Les nouvelles créatures de la crise climatique <https://www.wedemain.fr/decouvrir/lezard-mutant-crevette-corail-les-nouvelles-creatures-de-la-crise-climatique/>, We Demain, 02/09/21
26- Se reconnecter au vivant et protéger la nature : 7 pistes pour agir dès maintenant <https://www.lemonde.fr/blog/alternatives/2021/09/02/se-reconnecter-au-vivant-et-proteger-la-nature-7-pistes-pour-agir-des-maintenant/>, Blog Même pas mal !, 02/09/21
Dossier en ligne
27- Le Congrès mondial de la nature de l’UICN <https://uicn.fr/congres-mondial-de-la-nature-uicn-2020/#1611324744657-74242ef1-38d5>, Marseille, 3-11 septembre 2021

Bien à vous,
Florence

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ENJEUX DU JOUR : Avec le Congrès mondial de la nature de l'UICN qui se tient à Marseille du 3 au 11 septembre, les attentes sont fortes face à l'effondrement de la biodiversité et à la veille de fixer une nouvelle stratégie internationale. (cf. item 1, 10, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26 & 27)
CAPYBARAGATE DU JOUR : Des capybaras, les plus gros rongeurs du monde, sèment la zizanie dans un quartier chic du nord de Buenos Aires. Leur présence braque de nouveau les projecteurs sur un projet de loi de protection des zones humides. (cf. item 9)
RAPPORT DU JOUR : Le rapport de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, aussi appelée Convention de Bonn, se concentre sur les impacts du plastique sur les espèces d'eau douce, les espèces terrestres et les oiseaux. (cf. item 11 & suite)
SYMBIOSE DU JOUR : Une équipe allemande a découvert comment l’anémone de mer entre en symbiose avec les zooxanthelles qui l’infectent, alors qu’elle rejette les autres algues microscopiques. (cf. item 14)
SÉRIE DU JOUR : Images animales : le léopard de mer, le rhinocéros inconnu, l’éléphant jouet du tourisme, le poulet, métaphore du capitalisme, la phronime et sa cape d’invisibilité et le photographe réincarné en chat. (cf. item 2, 3, 4, 5, 6 & 7)
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> Baromètre des mobilités du quotidien - Coût, manque d'alternatives : les Français prisonniers de la voiture <http://www.fondation-nature-homme.org/magazine/cout-manque-dalternativesles-francais-prisonniers-de-leur-mode-de-transport>
> Guide en ligne. 7 propositions pour contribuer au grand débat national <http://www.fondation-nature-homme.org/magazine/7-propositions-pour-contribuer-au-grand-debat-national/>
> Pétition. L’Affaire du Siècle. Climat : stop à l’inaction, demandons justice ! <https://laffairedusiecle.net/>
> Let’sbio ! Le Bonus cantine Bio et Locale <https://www.letsbio.org/>
> 30 gestes et astuces pour réduire sa conso d’énergie <https://www.fondation-nicolas-hulot.org/economies-denergie-au-quotidien-trucs-et-astuces-pour-depenser-moins/>
> Groupe Facebook "Infos et astuces pour économiser l’énergie <https://www.facebook.com/groups/208132273169772/?utm_campaign=GE2018&utm_medium=E5&utm_source=GE2018E516>"
> Une collection de vidéos pour décrypter les enjeux écologiques et climatiques <https://www.youtube.com/playlist?list=PLh--7obE3XQ4Ku7J6VzsvlsKayQqvJTq9>
> Pétition. TAFTA, CETA : des traités climaticides qui menacent nos démocraties. <http://fondation-nicolas-hulot.org/action/tafta-ceta-des-traites-climaticides-qui-menacent-nos-democraties/?_ga=1.254849352.1537587716.1214298697>
> Crèches : arrêtons d’intoxiquer nos enfants <https://www.youtube.com/watch?v=FMjygtDmPSM>
> L'APPEL DES SOLIDARITÉS porté par plus de 80 ONG & associations de tous horizons <http://www.comite21.org/reseau-adherents/actualites.html?id=11056>
> 2nd édition de My Positive Impact : les 6 lauréats du public et les 3 lauréats du jury <https://www.fondation-nicolas-hulot.org/trophees-pour-le-climat-my-positive-impact/>
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1- (Rappel) Restaurer 20 % des écosystèmes, réduire massivement l’impact des pesticides… 21 cibles pour préserver la biodiversité, Le Monde, 12/07/21, 20h30 

Alors que la COP15 sur la diversité biologique aura lieu en 2022, une nouvelle version du projet de cadre mondial a été publiée.
Les « X », les « Y », et autres blancs ont disparu pour être remplacés par des chiffres. La Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) a publié, lundi 12 juillet, une nouvelle version, plus détaillée et plus précise, du projet de cadre mondial qui doit être adopté lors la 15e Conférence des parties (COP15) à Kunming, en Chine. Ce document, en cours de négociation, établit une série de grands principes qui doivent permettre d’enrayer la destruction du vivant au cours de la prochaine décennie.
Prévue à l’automne, la COP15 devrait finalement être reportée à 2022. Mais malgré le retard provoqué par la pandémie, le processus de discussion se poursuit et de nombreuses réunions virtuelles ont eu lieu depuis la publication de la première ébauche de texte en janvier 2020. C’est à partir de ces sessions de travail et de quelque 2 000 contributions reçues des différentes parties que les deux coprésidents du groupe de la CDB consacré aux négociations du cadre post-2020 ont rédigé cette nouvelle version. « Lorsque nous avons pu trouver des données scientifiques, nous avons indiqué des cibles chiffrées, explique Francis Ogwal, l’un des deux coprésidents. Mais même quand il n’y a pas de donnée numérique, les cibles sont mesurables et précises. » « Nous n’avons pas essayé de trouver la vérité ultime, mais nous espérons, avec ce document, générer de bonnes discussions qui feront avancer le groupe sur le chemin de Kunming », complète Basile van Havre, son homologue.
> Lire aussi  Biodiversité : les aires protégées progressent en superficie et couvrent désormais au moins 17 % des zones terrestres
Le projet d’accord fixe d’abord quatre grands objectifs pour 2050, portant sur l’amélioration de l’intégrité des écosystèmes, des espèces et de la diversité génétique ; sur la contribution de la nature aux objectifs de développement ; sur le partage des ressources génétiques et enfin, sur l’enjeu du financement. Mais le texte établit surtout 21 cibles précises à atteindre en 2030, qui illustrent l’ampleur et la variété des réformes à mettre en œuvre. Elles visent notamment à s’attaquer aux cinq facteurs majeurs de la perte de biodiversité, tels qu’ils ont été identifiés par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) en 2019.
Un objectif ambitieux en matière de pollution
La première de ces pressions est la fragmentation des milieux et des habitats. Pour y répondre, le texte appelle à ce que l’ensemble de la planète fasse l’objet d’une planification spatiale prenant en compte la biodiversité, ainsi qu’à conserver les dernières zones intactes et sauvages, réduites à peau de chagrin. L’objectif de protéger 30 % des terres et des mers – contre 17 % des terres et près de 8 % des mers aujourd’hui – de façon efficace et équitable est réaffirmé. Soixante-cinq Etats et l’Union européenne (UE) ont désormais rejoint la coalition, initiée par la France et le Costa Rica, qui pousse en faveur de cet objectif.
Outre le renforcement des politiques de conservation, le projet d’accord insiste également sur la nécessité de restaurer 20 % des écosystèmes prioritaires. La dégradation des terres a en effet des conséquences majeures, comme la baisse de productivité des zones agricoles ou l’accélération du dérèglement climatique. Le texte affiche par ailleurs un objectif particulièrement ambitieux en matière de pollution, qui risque d’être largement contesté. Il appelle à réduire au moins de moitié les rejets de nutriments – c’est-à-dire essentiellement d’engrais – dans l’environnement, d’au moins deux tiers les rejets de pesticides, et d’éliminer tout rejet de déchets plastiques. En parallèle, toutes les zones d’agriculture, d’aquaculture et de sylviculture doivent être gérées durablement.
> Lire aussi  L’ONU appelle à restaurer un milliard d’hectares de terres dégradées d’ici à 2030
Parmi les autres cibles majeures évoquées par ce texte, figure celle des financements, une question qui sera nécessairement au cœur de la conférence mondiale. Le projet de cadre appelle à réduire d’au moins 500 milliards de dollars (421 millions d’euros) par an les subventions néfastes à la biodiversité. Il faut également accroître les ressources financières destinées à la nature pour les porter à au moins 200 milliards de dollars par an – contre environ 150 aujourd’hui – et les flux financiers internationaux vers les pays en développement devront être augmentés d’au moins 10 milliards de dollars par an. Ces chiffrages s’appuient sur de récentes études, dont celles du Paulson Institute ou de l’Organisation de coopération économique et de développement.
« Les ambitions sont chiffrées »
« Ce document présente des améliorations certaines par rapport au texte précédent,estime Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales. Les ambitions sont chiffrées et représentent un équilibre entre ambition et faisabilité politique. » Li Shuo, spécialiste des politiques environnementales chez Greenpeace Chine, regrette de son côté que l’ensemble du document soit « confus dans sa structure ». « On a une épaisse soupe d’objectifs, dont beaucoup ont des logiques discutables, et toujours un déséquilibre entre ces objectifs et leur mise en œuvre », ajoute-t-il.
Le projet d’accord affirme que les pays auront « la responsabilité de mettre en œuvre des mécanismes de planification, de suivi, d’établissement de rapports et d’examen », notamment en fixant des objectifs nationaux et en communiquant à leur sujet. « Nous sommes au niveau des grands principes mais c’est déjà beaucoup de dire ça, ça n’existait pas jusqu’à présent », précise Aleksandar Rankovic. D’autres textes, portant notamment sur les aspects opérationnels et qui seront annexés au cadre mondial, doivent être publiés dans les prochains mois.
Dans quelle mesure le cadre mondial qui sera finalement adopté ressemblera-t-il à cette nouvelle version ? Les Etats en débattront lors d’une prochaine séance de discussion en ligne prévue fin août, puis lors d’une, voire deux réunions en présentiel, sans doute début 2022. Car outre les difficultés liées à la situation sanitaire, c’est bien pour donner aux négociateurs l’opportunité de se rencontrer et pour tenter de parvenir à un consensus sur un cadre ambitieux que la COP va être retardée. « Nous sommes arrivés à la limite de ce que nous pouvons faire en ligne en termes de recherche de consensus, explique Basile van Havre. Négocier l’accord de Paris en ligne, ça n’aurait pas marché ! »
> Lire aussi  A l’ONU, 150 dirigeants mondiaux affichent leurs ambitions pour la biodiversité
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/12/restaurer-20-des-ecosystemes-reduire-massivement-l-impact-des-pesticides-21-cibles-pour-preserver-la-biodiversite_6088048_3244.html>
En savoir plus : 
> First Detailed Draft of the New Post-2020 Global Biodiversity Framework <https://www.cbd.int/article/draft-1-global-biodiversity-framework>, Convention on Biological Biodiversity (CBD), 06/07/21
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2- Le léopard de mer, monstre sympathique, Le Monde, maj le 23/08/21 à 05h28
Claire Guillot

« Images animales » (1/6). Paul Nicklen, passé de la photo animalière à l’écologie, raconte sa rencontre avec un prédateur plutôt amical.
Véloce, féroce et brutal, le léopard de mer n’a pas bonne réputation. En 2003, l’un d’eux a même tué une scientifique britannique en mission en Antarctique en l’entraînant sous l’eau. Dans le dessin animé Happy Feet (2006), le méchant du film, le monstre énorme au sourire cruel qui poursuit le mignon petit manchot pour le dévorer, est un léopard de mer.
Mais il n’y a pas de méchant et de gentil dans la chaîne alimentaire du monde sauvage, rappelle le photographe Paul Nicklen, 53 ans, l’une des plus grandes stars de la photo animalière. « Les grands prédateurs qui nous font peur sont souvent juste de grands incompris et, dans la plupart des cas, ils considèrent les humains avec curiosité », explique le Canadien au Monde, entre deux expéditions. Le photographe l’a prouvé avec cette rencontre exceptionnelle dont il se souviendra « jusqu’à la mort »  : une aventure qui lui est arrivée en 2006, lors d’un reportage pour le magazine National Geographic, et qui est devenue très populaire ces dernières années par la magie des réseaux sociaux.
Phoques, baleines et narvals
Depuis ses débuts, le photographe est un spécialiste des zones polaires, où il part à la rencontre des phoques, des baleines et des narvals. Pour National Geographic, il avait eu envie d’aller en Antarctique, pour voir de plus près les léopards de mer, ces énormes phoques qui peuvent peser jusqu’à 500 kg : « A l’époque, peu d’humains étaient allés plonger avec eux, et ils étaient réputés féroces. »
> Lire aussi Biodiversité : une espèce sur huit, animale et végétale, risque de disparaître à brève échéance
Le premier contact est à la hauteur de ses espérances : une énorme femelle léopard de mer s’approche, tellement grande qu’elle dépasse le Zodiac de trois mètres où il est embarqué et fait tanguer le bateau. Sous ses yeux, la voilà qui attrape et tue un manchot, secouant violemment l’animal dans tous les sens pour le déchiqueter. « C’était assez horrible, il y avait des morceaux de manchot partout », a raconté Paul Nicklen dans sa vidéo pour National Geographic. Lorsque le photographe, pas très rassuré, se résout à se mettre à l’eau, l’animal lui fonce dessus, toutes dents dehors, menaçant d’engloutir son appareil photo et sa tête avec. Ce qui lui a valu une belle frayeur… ainsi qu’une photo impressionnante de la mâchoire de l’animal en gros plan. « Sa gueule ouverte et toutes ses bulles étaient des tentatives pour me dire quelque chose », Paul Nicklen en est persuadé.
Car ensuite, le léopard de mer adopte un comportement « nourricier » et étrangement amical. La femelle capture un manchot pour le relâcher juste devant le photographe. Lorsque le volatile s’enfuit, elle le rattrape, et le relâche de nouveau devant lui. Un manège qui dure toute la journée. Puis, voyant que rien ne se passe, elle se met à lui offrir des manchots morts. « Je pense qu’elle était frustrée que je ne mange pas les manchots frais qu’elle m’offrait, raconte Paul Nicklen. Je crois qu’elle m’a pris pour un prédateur pas doué, qui avait besoin qu’on lui apprenne comment chasser ! »
Pendant quatre jours, cette léopard de mer va tenter de nourrir son protégé humain : « J’ai suivi des études de biologie, donc j’évite de faire de l’anthropomorphisme, mais c’est ce qui avait l’air de se passer. » A un moment, comme désespérée devant tant d’incompétence, elle jette même les manchots à la tête du photographe – ce qui lui permet de prendre cette extraordinaire photo faite très près, et aux allures de dessin animé : les pattes jaunes du manchot passent au-dessus du photographe, tandis que, juste devant lui, la femelle léopard de mer semble attendre en souriant, pleine d’espoir, la gueule ouverte et la langue rose, au milieu des bulles, qu’il accepte son « cadeau ». A un moment, elle va même faire fuir un autre léopard de mer et lui dérober sa proie, pour la présenter au photographe. « Moi qui avais peur de rater ce reportage, en deux jours l’histoire était bouclée ! », résume-t-il.
La banquise comme bac à sable
Avec son compte Instagram à 7 millions d’abonnés, Paul Nicklen est l’une des figures les plus en vue de la wildlife photography, la photo d’animaux sauvages – au point qu’il est très difficile de lui mettre la main dessus pour une interview. Mais avec son ONG SeaLegacy, il est devenu bien plus que ça : « Les gens ont pu me décrire comme un journaliste, un artiste, un activiste environnemental. Moi, je me considère surtout comme quelqu’un qui veut aider à faire avancer les choses », dit-il.
> Lire aussi « La disparition des animaux pourrait remettre en cause nos modes de vie »
Le Canadien fait remonter sa passion pour les animaux et les zones polaires à son enfance, quand « à l’âge de 4 ans, ma famille a emménagé sur l’île de Baffin, dans l’Arctique canadien ». Son père travaille alors comme mécanicien pour le département des travaux public à Kimmirut, une communauté inuite de 200 personnes quasiment coupée du monde. Paul Nicklen grandit avec la banquise comme bac à sable, au contact des animaux sauvages.
Devenu biologiste pour le gouvernement canadien, il goûte peu la vie de bureau et préfère passer ses journées sur la glace, de plus en plus frustré à l’idée de « faire des animaux, et de toute cette beauté, des listes de données », dira-t-il dans un entretien avec le journaliste Graham Bensinger. Armé d’un appareil photo et de ses compétences en plongée, il claque alors la porte de son travail bien payé, pour se jeter à corps perdu dans la photo d’animaux sauvages. Et mettra sept ans à atteindre le Graal : rejoindre les rangs des habitués des pages de National Geographic, où il publie des reportages souvent risqués dans les régions polaires, consacrés aux narvals, aux baleines, aux ours polaires…
Sentiment d’urgence
Mais, de plus en plus, Paul Nicklen voit combien les espèces sauvages magnifiques qu’il dépeint sont affectées par le changement climatique. Et en particulier dans son Canada natal, où la banquise fond à vitesse grand V, rejetant les ours polaires sur la terre ferme, où ils n’arrivent plus à se nourrir. « Au fur et à mesure que la planète se réchauffe, la saison pendant laquelle la glace se forme en Arctique devient plus courte, empêchant les ours de chasser le phoque depuis la glace, nous raconte-t-il.Et cela a un effet direct sur leur capacité à survivre. Autrefois, quand j’étais étudiant, je guidais les touristes pour photographier les ours polaires à Churchill, dans le Manitoba. La situation a empiré, je l’ai vu de mes propres yeux. » En 2018, sa vidéo choquante d’un ours blanc émacié et mourant a d’ailleurs fait le tour du monde, devenant la vidéo la plus vue de l’histoire du site National Geographic.
> Lire aussi Biodiversité : plus de 30 000 espèces sont menacées, dix voient leur statut s’améliorer
Ce sentiment d’urgence lié aux dangers que fait peser l’activité humaine sur les animaux (et non l’inverse) est partagé par nombre de photographes animaliers : après des années à chanter la beauté des bêtes sauvages, certains gagnent aujourd’hui des prix avec des photos plus perturbantes, liées au trafic d’animaux ou aux problèmes environnementaux. Paul Nicklen a, lui, créé en 2014 avec sa femme, la photographe Cristina Mittermeier, l’ONG Sea Legacy qui se concentre sur la défense des océans, organisant des expéditions, des reportages, des campagnes médiatiques, des pétitions et des levées de fonds – en ce moment, l’ONG tente de faire pression sur la communauté internationale dans les débats autour de la création de trois zones maritimes protégées (ZMP) en Arctique.
« L’inertie des politiques »
Alors qu’Instagram a fait des animaux mignons les stars toutes catégories des écrans, Paul Nicklen a compris le pouvoir de ses images d’animaux sauvages et de paysages marins ou enneigés, qui font naître dans le public un sentiment de paix, d’immensité, de plénitude. « Les données des scientifiques sont vitales pour comprendre le changement climatique mais ne parviennent pas à motiver les gens pour lutter, explique Paul Nicklen. Après avoir été frustré devant l’inertie des politiques, j’ai décidé de changer mon approche. J’ai utilisé ma maîtrise de la photographe pour ajouter l’esthétique et la narration aux données scientifiques, ce qui, à mon avis, est une stratégie bien plus efficace. » 
Il compte bien utiliser cette ressource qu’est l’émotion pour mobiliser au service de l’environnement, par tous les moyens. « Certains vont tomber amoureux d’un adorable manchot, d’autres vont être choqués par un ours qui meurt de faim. Pour moi, les deux images sont égales, du moment qu’elles incitent les gens à agir pour sauver notre planète de la crise existentielle que constitue le changement climatique. »
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Le site de Paul Nicklen : https://paulnicklen.com/ <https://paulnicklen.com/> ; son ONG : https://www.sealegacy.org/ <https://www.sealegacy.org/> ; sa galerie, à Paris : Gadcollection, 4, rue du Pont-Louis-Philippe. Paris 4e. Tél. : 01-43-70-72-59. https://www.gadcollection.com/ <https://www.gadcollection.com/> 
Livre : Born to Ice, de Paul Nicklen (teNeue, 2018, non traduit) 
<https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/22/le-leopard-de-mer-monstre-sympathique_6092069_3451060.html <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/22/le-leopard-de-mer-monstre-sympathique_6092069_3451060.html>>
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3- Enquête. Sur la tombe du rhinocéros inconnu, Le Monde, 24/08/21, 10h00
Claire Guillot

« Images animales » (2/6). Le photojournaliste sud-africain, Brent Stirton, a fait de l’imposant mammifère un héros tragique, victime d’un trafic illicite de sa corne  aux vertus prétendument thérapeutiques.
En 2017, le prix du « Wildlife Photographer of the Year », le photographe animalier de l’année, n’a pas fait l’unanimité. Au lieu des images habituelles, souvent réconfortantes ou contemplatives – lions paressant dans la savane ou renard blanc folâtrant dans la neige –, c’est la photo d’un animal mort qui a été récompensée. Et qui plus est, un animal tué par un humain. L’auteur de cette image spectaculaire et glaçante intitulée « Mémorial pour une espèce », le Sud-Africain Brent Stirton, montre sans détour le cadavre d’un rhinocéros abandonné près d’un trou d’eau, avec sur le nez un trou sanglant à l’endroit où autrefois se dressait sa corne.
Le photographe reconnaît lui-même avoir été surpris de ce prix : « La photo animalière est un genre prestigieux et particulier qui, en général, se focalise sur les beautés de la nature, ou sur certains comportements animaux. Mais je suis heureux que ce concours fasse aussi écho aux crises ». Sans doute, à l’heure de l’anthropocène, cette ère modelée par l’action humaine sur la planète, devient-il difficile de montrer les splendeurs du monde sauvage en prétendant ignorer qu’il est directement menacé par l’homme.
Richard Sabin, un des conservateurs du Museum d’histoire naturelle de Londres, qui attribue ce prix, s’est d’ailleurs fait l’écho de ces nouvelles préoccupations qui concernent les photographes comme les chercheurs : « En tant que centre de recherche scientifique, nous reconnaissons l’impact qu’ont les activités humaines sur la nature, a-t-il déclaré. Le prix du photographe animalier de l’année est une plate-forme idéale pour débattre des réalités inconfortables. »
Brent Stirton, photographe de presse à la carrière internationale, a couvert des sujets variés, du VIH en Ukraine aux mines d’or en Nouvelle-Guinée, et se considère comme un photojournaliste, pas comme un photographe animalier. Mais dans son pays natal, l’Afrique du Sud, comme sur tout le continent africain, il a pu voir combien les questions d’animaux et de préservation des espèces sont étroitement mêlées aux problèmes de trafic, de corruption, de migration, aux conflits et au développement économique.
Gorilles de montagne massacrés par un groupe armé
En 2007, déjà, il avait fait un reportage en République démocratique du Congo pour Newsweek, dans le parc national de Virunga devenu le centre d’un trafic de charbon de bois. Tombé sur un groupe de gorilles de montagne massacrés par un groupe armé, il avait photographié le corps de l’un d’entre eux, Senkwekwe, transporté de façon solennelle par une douzaine d’hommes, comme pour des funérailles. La photo avait fait le tour du monde, et quelques mois après la publication, neuf pays africains signaient un traité pour mieux protéger les gorilles dans le Virunga.
« Cette histoire m’a ouvert les yeux sur l’imbrication des problèmes, raconte Brent Stirton. Et le succès de la photo m’a convaincu que les animaux étaient une façon intéressante d’évoquer de nombreux sujets. » Depuis, le photographe a multiplié les projets sur la question animale ou l’environnement, en précisant : « Ça ne m’intéresse pas de montrer un bébé animal mignon recueilli dans un refuge. Je préfère dévoiler les coulisses, qui sont souvent des histoires aux ramifications complexes. » 
> Lire aussi « Rhino dollars » : les cornes de la discorde
Pour obtenir cette photo tragique du rhinocéros noir, publiée dans un long reportage sur le trafic de cornes pour National Geographic en 2016, Brent Stirton a dû s’y reprendre à plusieurs fois. Il se trouvait alors dans la réserve Hluhluwe-Umfolozi, en Afrique du Sud – pays qui rassemble 40 % des rhinocéros noirs du monde. « Dans les parcs, en raison des prédateurs, une carcasse est dévorée très rapidement et, en quelques heures, l’animal ne ressemble plus à rien. J’avais une voiture équipée d’un scanner pour écouter les communications, et dès que les rangers du parc trouvaient un cadavre, j’allais sur place le plus vite possible. Mais j’ai dû faire au moins 30 sorties avant de réussir à trouver une image forte. Le rhinocéros de la photo est intact, il a été tué très peu de temps auparavant. »
« Scène de crime »
Il a encore en mémoire la violence de la scène : « Le rhinocéros a été tué avec une arme de gros calibre, munie d’un silencieux. Les braconniers lui ont enlevé la corne alors qu’il était encore vivant, ce qui engendre des souffrances terribles. C’était horrible, il y avait du sang partout. » Le photographe n’a pas pu s’approcher très près de la bête, dit-il, car « dans ces cas-là, les lieux sont bouclés et traités comme une scène de crime ». Il a utilisé une lumière artificielle afin de donner une monumentalité au rhinocéros, « pour le détacher du décor, et donner une idée de sa taille. Ce sont des bêtes impressionnantes et majestueuses ». Dans l’ensemble, dit-il, il a « surtout essayé de transmettre l’ambiance de ce jour-là : la tristesse immense des rangers qui viennent inspecter le corps, et l’idée de ce qui a été perdu pour l’humanité avec cet animal ».
> Lire aussi Un nouveau placement misant sur la sauvegarde des rhinocéros
Mais ce reportage photo est, selon lui, autant une histoire d’animaux que d’humains. Ce rhinocéros est mort en raison des pouvoirs de guérison que les hommes attribuent à sa corne dans certains pays asiatiques. « La corne n’est pas faite en ivoire, mais en kératine, comme les cheveux ou les ongles, précise Brent Stirton. Et après deux mille ans de marketing, au Vietnam et en Chine, on pense que cela soigne à peu près tout, même les cancers. Alors qu’aucun effet n’a été prouvé scientifiquement, ce n’est qu’un placebo ! Mais une corne de six kilogrammes vaut 300 000 dollars [255 000 euros] soit plus que l’or. Vous imaginez ce que ça représente au Mozambique, un des pays les plus pauvres du monde ?  » L’attaque du rhinocéros de la photo a sans doute été menée par des populations locales, attirées par l’appât du gain, quand bien même elles risquent des années de prison.
Au-delà de l’aspect tragique de cette image, son histoire illustre la complexité de la sauvegarde des espèces. Au début du XXe siècle, on comptait environ 500 000 rhinocéros en Asie et en Afrique. Avec la chasse, le braconnage, la réduction des espaces disponibles, leur nombre a baissé de 95 % – il en reste 27 000 environ aujourd’hui. L’Afrique du Sud, avec son grand parc naturel Kruger, qui regroupe des rhinocéros blancs et noirs, est un sanctuaire en même temps qu’une cible privilégiée pour le trafic de corne. « En Afrique du Sud, toutes les nuits, des braconniers par groupes de trois à cinq personnes s’introduisent dans le parc pour tuer des rhinocéros et récupérer leur corne », assure Brent Stirton. Et même si les chiffres du braconnage baissent depuis quelques années, 394 rhinocéros ont été massacrés dans ce pays en 2020.
> Lire aussi l’entretien :« Les rhinocéros auront sûrement disparu dans une vingtaine d’années »
Le photographe a suivi toutes les étapes du trafic, depuis les consommateurs asiatiques jusqu’aux groupes de braconniers armés jusqu’aux dents. Il a aussi passé beaucoup de temps avec ceux qui défendent les rhinocéros au péril de leur vie : les gardiens du parc, qu’on appelle des rangers. « Ils ne gagnent que 120 dollars par mois, et souvent il n’y a aucune compensation prévue pour leur famille s’ils meurent en défendant les rhinocéros. Au départ, ce ne sont pas des soldats, mais ils ont dû le devenir face à la professionnalisation du trafic et l’agressivité des braconniers. »
Désormais formés par d’anciens militaires, les rangers font face à des armes automatiques, des bombes artisanales, des tirs contre leurs hélicoptères. En 2020, le parc Kruger a encore perdu un ranger, Respect Mathebula, 34 ans, tué par des braconniers. « J’ai couvert des conflits autrefois, et il n’y a aucune différence, c’est une guerre aussi, assure Brent Stirton. Et ce sont les mêmes groupes qui font le trafic de drogue et le trafic de corne. On est face à du crime organisé. » 
« Des clés pour comprendre »
Malgré tous ses reportages sur l’environnement et les animaux, le photographe n’est pas pour autant devenu un militant de la cause animale. « Je ne suis pas un activiste, car je veux pouvoir montrer les deux côtés des problèmes, photographier les défenseurs des animaux comme les braconniers. Et ce n’est plus possible si on vous considère comme un militant. Je préfère publier des images qui donnent aux dirigeants et au public des clés pour comprendre. Même s’il m’arrive de donner des images à des associations qui les utilisent pour promouvoir leur action. »
Sur le sujet de la protection animale, il a aussi une approche très réaliste. « En Afrique, beaucoup de gens essaient avant tout de survivre. Personne n’a les moyens, comme aux Etats-Unis, d’acheter un grand territoire pour laisser des bêtes sauvages y vivre tranquillement. Ici, les animaux ne peuvent exister que si les gens y voient un intérêt économique, que ce soit grâce au tourisme ou autre chose. Aucune solution ne peut marcher si elle n’implique par les communautés locales. C’est difficile, mais ça en vaut la peine. » La question animale est devenue une question d’hommes.
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Le site de Paul Nicklen : https://paulnicklen.com/ <https://paulnicklen.com/> 
Des compagnons fidèles, des créatures sauvages et imprévisibles, mais aussi des sources de nourriture : les animaux sont tout cela à la fois. Retrouvez tous les épisodes de la série « Images animales » dans lesquels des photographes explorent aujourd’hui les relations complexes entre l’homme et les autres espèces. Six images d’animaux entre science, art et journalisme.
<https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/24/sur-la-tombe-du-rhinoceros-inconnu_6092190_3451060.html <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/24/sur-la-tombe-du-rhinoceros-inconnu_6092190_3451060.html>>
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4- Factuel. L’éléphant, jouet du tourisme animalier, Le Monde, maj le 25/08/21 à 05h27
Claire Guillot

« Images animales » (3/6). La photojournaliste Kirsten Luce a observé les coulisses des photos prises par des touristes avec des pachydermes, en Thaïlande.
Pour la photojournaliste Kirsten Luce, habituée à traiter de sujets comme l’immigration illégale aux Etats-Unis, cette photo prise en Thaïlande, en 2018, n’était pas très difficile à faire : on croise des scènes de ce genre partout sur les réseaux sociaux. Dans ce tableau joyeux et animé, deux bébés éléphants prennent un bain de mer, entourés de leurs mahouts(« dresseurs »), en compagnie d’une famille de touristes britanniques, en maillot et tout sourire, heureux de ce moment de complicité. En fond s’étale le paysage paradisiaque de l’île de Phuket, avec ses collines et ses eaux bleu lagon…
« Je pouvais prendre des photos sans attirer l’attention, confirme Kirsten Luce, puisque tout le monde faisait la même chose sur cette plage, appelée Lucky Beach. Les touristes faisaient la queue et versaient environ 20 dollars pour aller se baigner avec les éléphants. » Parmi eux, des Occidentaux venus en famille, mais aussi des couples chinois désireux de poser avec un éléphant, synonyme de bonne fortune. Le site ne figure pas sur les guides touristiques officiels. Mais pour le trouver, Kirsten Luce n’a pas eu à chercher bien loin : « Les gens se géolocalisent ! Ils se prennent en photo et mettent aussitôt leurs images sur Instagram. »
La photographe témoigne de l’ambiance bon enfant qui régnait sur place. « Ces touristes aiment vraiment les animaux et sont persuadés que, pour les éléphants, c’est une expérience positive… C’est sans doute un des moments qu’ils pensent le plus authentique de leur voyage en Thaïlande. Sincèrement, je pense que personne n’est à l’abri de ce genre de naïveté. » Car derrière les sourires et l’absence de violence, la réalité est bien plus inconfortable.
Les touristes ignorent que pour être aussi dociles et capables de poser avec des humains sans leur faire courir de danger, ces jeunes éléphants sont domptés de façon brutale. Séparés de leur mère dès leur plus jeune âge, entravés et enfermés dans une minuscule cage pendant des jours, ils sont frappés et piqués régulièrement à l’aide d’un crochet de métal, jusqu’à avoir une peur terrible de l’homme : une technique ancestrale connue en Thaïlande sous le nom de phajaan, mot qui signifie « écraser », et qui consiste à briser la volonté des éléphants pour les soumettre.
Autrefois utilisée pour dresser les éléphants à travailler dans l’industrie forestière ou dans les temples, elle sert désormais à la filière touristique : ces animaux apprennent ainsi à faire des tours de cirque, à transporter des gens sur leur dos, à peindre des tableaux ou à s’asseoir et lever les pattes avant pour les photos.
> Lire aussi En Asie, les « éléphants à touristes » vivent dans des conditions « inacceptables »
Les safaris témoignent depuis longtemps de la fascination des humains pour les bêtes sauvages. Mais le tourisme animalier a vraiment explosé ces dernières années, porté par la montée en puissance des réseaux sociaux, friands d’images mignonnes ou spectaculaires.
« De 2014 à 2019, le nombre de selfies avec des animaux a augmenté de presque 300 % », indique la reporter Natasha Daly dans le long article qu’elle a publié en 2019, dans National Geographic, avec la photographe Kirsten Luce et intitulé « Souffrance invisible : la sombre vérité derrière le tourisme animalier ». Du Brésil à la Russie en passant par la Colombie, les deux femmes ont enquêté sur le prix payé par les animaux – tigres, éléphants, paresseux, dauphins, ours – pour donner corps à ces fantasmes d’amitié entre le sauvage et l’humain.
Ressource cruciale pour l’économie du pays
En Thaïlande, l’interaction avec un éléphant, animal symbole du pays, est devenue presque un passage obligé pour les visiteurs. Alors que ces grands pachydermes ne vivent traditionnellement que dans les jungles du nord du pays, nombre d’entre eux ont été délocalisés dans le sud, plus touristique, pour répondre à la demande. « Je tenais vraiment à photographier des éléphants à Phuket, sur la plage, justement parce que ce n’est pas du tout leur milieu naturel », souligne Kirsten Luce.
Dans tout le pays, la photographe a arpenté les attractions touristiques pour montrer les coulisses du « tourisme de selfie ». « Il y a des endroits plus respectueux des éléphants, dit-elle, où ils ont de l’espace et où les contacts avec les touristes sont réduits. Et d’autres où les éléphants font des spectacles et portent les gens sur leur dos, ce qui est pénible pour eux, et où ils sont souvent enchaînés en permanence entre deux tours. »
Selon Kirsten Luce, le public chinois est de plus en plus nombreux en Thaïlande et reste friand des spectacles avec des animaux sauvages. D’autres touristes, notamment des Occidentaux sensibilisés à la cause animale, réclament, eux, plus souvent des attractions réputées plus « éthiques ». « Le problème, c’est que n’importe quel site peut se proclamer “refuge” ou “sanctuaire” pour éléphants, explique Kirsten Luce, car ce n’est pas du tout encadré légalement. Nous avons même pu voir des éléphants passer d’un site “éthique” à un site classique d’un jour à l’autre… Les deux appartenant au même propriétaire. » 
> Lire aussi En Thaïlande, de rares images montrent le cruel dressage des « éléphants à touristes »
Sur les 3 800 éléphants vivant en captivité en Thaïlande, plus de la moitié travaille aujourd’hui pour l’industrie du tourisme. Cet animal est devenu une ressource cruciale pour l’économie du pays, au point que le gouvernement thaïlandais verse une subvention aux mahouts, les dresseurs d’éléphants. Ces derniers sont pour la plupart issus de villages pauvres, où le dressage de ces animaux est une tradition très ancienne.
« L’idée n’était pas de débarquer avec nos valeurs occidentales sur le bien-être animal et de dire aux Thaïlandais comment faire, précise Kirsten Luce. Mais plutôt d’ouvrir les yeux des touristes qui n’ont pas conscience de ce qui se passe sous leurs yeux, ni de la souffrance que représente le dressage. Ils ont un pouvoir en tant que consommateurs, et s’ils demandent des interactions plus éthiques, alors l’industrie du tourisme changera ses pratiques. » 
« Comportements nuisibles »
Les réseaux sociaux jouent un rôle essentiel dans le phénomène du tourisme animalier. « Il y a les influenceurs qui posent avec un éléphant et qui incitent leurs milliers de followers à faire pareil, indique la photographe. Mais la meilleure publicité pour ces pratiques est assurée par M. Tout-le-Monde, qui montre sa balade à dos d’éléphant sur son compte Instagram. »
Pour la photographe, ces mêmes réseaux peuvent cependant aussi jouer un vrai rôle éducatif, en particulier auprès des plus jeunes qui sont sensibles aux campagnes de sensibilisation sur le bien-être animal.
A la suite de son premier reportage pour National Geographic, en 2017, sur l’exploitation des animaux sauvages à des fins touristiques en Amazonie, la plate-forme Instagram a mis en place une fenêtre qui s’ouvre automatiquement à chaque fois qu’apparaissent certains hashtags en anglais, comme #tigerselfie ou #monkeyselfie. « Protégez la vie sauvage sur Instagram », indique le texte, qui précise que le hashtag en question est associé à « des publications encourageant des comportements nuisibles pour les animaux ou l’environnement ».
> Lire aussi Maltraitance animale : les dix attractions touristiques les plus cruelles
La crise du Covid-19 a depuis changé toute la donne en Thaïlande, fermant les frontières et provoquant une grave crise du secteur touristique. Mais elle n’a pas pour autant amélioré la situation des éléphants, bien au contraire. « Tout à coup, l’argent des touristes a arrêté d’affluer, explique Natasha Daly, qui a consacré un article à cette crise dans National Geographic en juin. Tous les sites se sont retrouvés dans l’impossibilité de nourrir les éléphants, qu’ils soient des refuges ou des camps classiques. Certains parcs se sont endettés ou ont fermé, renvoyant les éléphants et leur mahout dans des villages où ils n’ont pas assez à manger. Elephant Nature Park, un gros sanctuaire, a récolté des fonds pour créer une banque alimentaire à destination des éléphants dans le pays, mais ce n’est pas suffisant. »
Il faut dire qu’un éléphant adulte mange environ 150 kilos de végétaux par jour, et le nourrir revient à 30 dollars (25 euros) la journée – une fortune à l’échelle thaïlandaise. Pour Natasha Daly, la crise du Covid-19 démontre que l’arrêt pur et simple du tourisme des éléphants n’est pas la solution : « Seule est réaliste une transition progressive vers un tourisme plus respectueux. » 
Après le reportage, Kirsten Luce a remporté un prix dans le cadre du concours du photographe animalier de l’année 2019. La réponse du public au reportage a aussi été massive : plus de 75 000 personnes ont même signé une pétition pour appeler au sauvetage d’un éléphant qu’elle avait photographié enchaîné dans un état lamentable – il a finalement été racheté et transféré dans un refuge.
Cette émotion face aux animaux souffrants laisse cependant la photographe un peu perplexe. « L’ampleur de la réaction est… intéressante. Quand je montre dans mes images des enfants enfermés et séparés de leurs parents à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, les gens considèrent que c’est un sujet “politique” et ne se mobilisent pas de la même façon… » 
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Des compagnons fidèles, des créatures sauvages et imprévisibles, mais aussi des sources de nourriture : les animaux sont tout cela à la fois. Retrouvez tous les épisodes de la série « Images animales » dans lesquels des photographes explorent aujourd’hui les relations complexes entre l’homme et les autres espèces. Six images d’animaux entre science, art et journalisme.
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5- Le poulet, métaphore du capitalisme, Le Monde avec AFP, 26/08/21, 08h24
Claire Guillot

«  Images animales » (4/6). L’artiste hongrois Daniel Szalai a fait poser des volailles qui ne voient jamais ni le soleil, ni un brin d’herbe, et ne croisent même aucun humain, et dont les œufs ne sont pas faits pour être mangés, mais servent à fabriquer des vaccins et des médicaments.
Faire poser un poulet pour lui tirer le portrait : l’opération n’est pas aussi simple qu’elle y paraît. Et elle l’est encore moins lorsqu’il s’agit d’obtenir un tableau de 168 volatiles, tous différents et pourtant étonnamment similaires.
La crête bien rangée vers l’arrière ou décoiffée façon banane de rockeur, l’œil féroce ou le regard doux : il y a quelque chose de perturbant dans ces photos d’identité en mode aviaire, où chaque poulet vous fixe de façon très humaine mais où, d’une image à l’autre, les variations sont si infimes qu’on dirait des clones.
« Réussir à leur faire regarder l’appareil a été un vrai défi, raconte le jeune artiste hongrois Daniel Szalai, 30 ans. J’ai tout essayé pour attirer leur attention ! J’ai dû prendre 7 000 photos, du matin au soir, à genoux dans le poulailler, pour arriver à ce résultat. Ce n’est que vers la fin que j’ai trouvé le truc : j’ai découvert qu’en leur saisissant le bec ils étaient tout surpris, presque choqués que quelqu’un ose les toucher, et du coup ils restaient figés pendant une seconde. » 
Daniel Szalai a passé des jours entiers parmi les 10 000 poulettes et les 2 000 coqs d’un hangar en Hongrie, dans un brouhaha assourdissant de caquètements et de gloussements. Le fond bleu de ses portraits n’a pas été choisi au hasard : il évoque les portraits de la Renaissance. « Ce sont les personnes nobles à Florence qui étaient peintes ainsi, explique-t-il, car le bleu était le pigment le plus cher à produire, il soulignait leur individualité et leur valeur. Mais le bleu est aussi la première couleur qui a été produite artificiellement par l’homme, car c’est celle qu’on rencontre le moins dans la nature. Elle montre aussi le côté artificiel et non naturel de mes modèles… » 
Matière première
Car, au-delà de l’image un peu amusante de ces poulets d’élevage qui jouent aux stars de cinéma, c’est une réalité peu connue et plus troublante qu’il a voulu mettre en évidence.
Le photographe Daniel Szalai fait partie des artistes qui explorent aujourd’hui les relations étroites et ambiguës qu’ont tissées les hommes et les animaux, entre domination et dépendance. Le titre de son projet artistique, « Novogen », vient du nom du propriétaire du site, une firme française spécialisée dans le domaine des poules pondeuses.
> Lire aussi : Le choc de la rencontre entre l’homme et l'animal disséqué à La Villette
Celles qu’a photographiées Daniel Szalai, dans un village de Hongrie, produisent des œufs très particuliers : ils ne sont pas faits pour être mangés, mais servent de matière première pour des vaccins et des médicaments.
Ces œufs EMPS, c’est-à-dire « exempts de micro-organismes pathogènes spécifiés », sont produits dans des conditions particulièrement strictes : « L’environnement des poulets est totalement contrôlé : la lumière, la température, l’humidité, et même l’air. Je devais prendre une douche et changer entièrement de vêtements avant d’entrer dans le hangar. Je mettais des gants, une coiffe chirurgicale et une blouse isolante. Tout mon matériel photo était désinfecté. Les poulets ne peuvent pas sortir de ce site hyper hygiénique et totalement clos. C’est donc moi qui ai dû monter un studio photo dans le poulailler. »
Les poulets de la série « Novogen » ne voient jamais le ciel, ni la terre, ni le soleil, ni un brin d’herbe, et ne croisent même aucun humain – à part le photographe qui leur a rendu visite. Des circuits de nourriture au nettoyage des excréments en passant par la récolte des œufs, qui voyagent sur des tapis, tout est entièrement automatisé. Leur alimentation, sous forme de granulés, est contrôlée au gramme de protéine près, et on leur coupe le bout du bec pour empêcher le cannibalisme et les blessures.
Leur existence n’a qu’un seul but : la production d’œufs calibrés selon des normes précises. Cette vie contrôlée par ordinateur, de la naissance à la mort – par injection létale, à 90 semaines, quand leur production fléchit –, n’a plus grand-chose de « naturel » : d’ailleurs ils sont incapables de voler. Bien loin de leurs instincts animaux, ou de leurs lointains cousins sauvages, ces animaux sont devenus des outils, des moyens, des produits au service des seuls besoins humains. « Je me suis intéressé au poulet parce que ce volatile est à la conjonction entre nature et technologie. C’est une créature totalement manipulée par l’homme, qui n’existe sous cette forme que depuis soixante-dix ans, et qui est passée très rapidement d’animal de basse-cour à un producteur de protéines miraculeux. »
> Lire aussi Les paradoxes de la longue bataille pour le bien-être animal
Si l’élevage de poulets remonte très loin dans l’histoire – ils étaient déjà produits en nombre par les Egyptiens, à l’aide de couveuses et de lampes à huile, pour nourrir les esclaves qui construisaient les pyramides –, ces volatiles sont véritablement devenus une industrie à partir de la seconde guerre mondiale. L’invention des antibiotiques et la vitamine D artificielle ont alors permis de les élever à l’intérieur, dans des environnements scientifiquement contrôlés, la sélection génétique créant des animaux capables de prendre du poids de façon fulgurante et de fournir de la viande pour toute la planète.
« Il y a aujourd’hui plus de 25 milliards de poulets dans le monde, répartis sur tout le globe, résume Daniel Szalai. C’est plus que tous les chats, chiens, cochons et vaches réunis. Si notre civilisation s’éteignait, dans le futur les archéologues trouveraient de nous surtout des os de poulet… et sans doute pas mal de plastique. Nous sommes une civilisation du poulet ! » Certains chercheurs font d’ailleurs de cet animal le symbole de l’anthropocène, cette période marquée par l’empreinte des activités humaines sur l’ensemble de la planète.
Course au profit
Pour sa série « Novogen », Daniel Szalai a accentué le côté artificiel et clinique des lieux, avec des œufs à la forme parfaite, qui défilent sur des tapis roulants, et des laboratoires vides aux allures de science-fiction. Comme pour insister sur la distance que les hommes ont créée entre eux et les animaux.
Il n’a pas eu besoin de beaucoup forcer le trait : « Là-bas, il y a ces néons très blancs, des lampes UV bleues, et aussi des lampes rouges pour faire croire aux poulets qu’il fait jour… J’ai juste joué de ce contraste entre ce blanc clinique, le rouge lugubre et le bleu étrange. »
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Le photographe a aussi ajouté à son travail les textes de promotion de l’entreprise, dont le marketing et le vocabulaire commercial font oublier qu’il s’agit d’êtres vivants : « La Novogen White a été sélectionnée pour être capable d’exprimer son potentiel de production dans les conditions les plus variées. Facile à élever, ne nécessitant pas de techniques d’élevage spécifiques, la Novogen White vous donnera satisfaction de par son haut potentiel de production, et son excellente qualité interne et externe de l’œuf. »
L’artiste voit d’ailleurs dans ces poulets une métaphore du capitalisme actuel, avec sa course infinie à l’efficacité et au profit, qui a transformé la planète en une grande usine de bioproduits bon marché. « Pour moi, ces poulets sont à la fois des travailleurs, et l’usine elle-même, puisqu’ils produisent à partir de leur propre corps. Avec ces portraits, je donne d’eux une vision anthropomorphique… Et, quand je vois les spectateurs qui prennent des selfies devant mes photos, je trouve ça plutôt sympathique. »
Le prix à payer pour notre bien-être
Le photographe précise bien que, dans l’usine, les poulets ne sont pas maltraités, du moins pas au sens propre. Il n’y a pas de négligence, ni de souffrance, et tous les besoins vitaux sont pourvus. « Mais est-ce suffisant ? Est-ce que traiter un animal comme un produit, ce n’est pas le maltraiter ? » Lui veut moins dénoncer qu’attirer l’attention sur le fonctionnement de notre civilisation, qui a soumis les autres espèces à ses besoins, et ainsi rendre visible le prix à payer pour notre bien-être.
« J’ai été content de ne pas me pencher sur des poulets qu’on mange. Parce qu’il est facile de dire qu’il faut arrêter de consommer de la viande. Mais, dans ce cas, les poules servent à produire des vaccins et des médicaments. Faudrait-il s’en passer pour préserver la vie animale ? Le dilemme est encore plus grand. »
Commencé avant le Covid-19, son projet a pris une nouvelle actualité avec l’épidémie. « Les vaccins contre le coronavirus ne sont pas faits à partir d’œufs, note-t-il. Mais la pandémie actuelle montre bien comment, alors que nous avons cru pouvoir nous séparer du règne animal, le bouclier n’est pas étanche. Les animaux dépendent de nous, mais nous dépendons aussi d’eux. Nous vivons bien dans le même monde que ces poulets. »
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https://danielszalai.com/ <https://danielszalai.com/>. Novogen, de Daniel Szalai (The Eriskay Collection, 96 p., 30 €, non traduit). 
Des compagnons fidèles, des créatures sauvages et imprévisibles, mais aussi des sources de nourriture : les animaux sont tout cela à la fois. Retrouvez tous les épisodes de la série « Images animales » dans lesquels des photographes explorent aujourd’hui les relations complexes entre l’homme et les autres espèces. Six images d’animaux entre science, art et journalisme.
<https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/26/le-poulet-metaphore-du-capitalisme_6092356_3451060.html <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/26/le-poulet-metaphore-du-capitalisme_6092356_3451060.html>>
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6- La cape d’invisibilité des crustacés, Le Monde, 27/08/21, 01h34
Claire Guillot

« Images animales » (5/6). La biologiste américaine Laura Bagge a photographié la phronime, un crustacé fascinant, capable de se rendre invisible dans l’eau.
« La phronime est le plus cool des animaux ! » La biologiste américaine Laura Bagge ne cache pas son excitation en évoquant le petit animal auquel elle a consacré sa thèse. Premier argument en faveur de la phronime, ce crustacé gros comme une crevette, de la famille des amphipodes hyperiides : elle aurait inspiré le monstre dans le film Alien. Celui qui, si vous vous en souvenez, se sert des humains comme d’un garde-manger. « La phronime est un parasite, explique la biologiste, qui transforme ses proies en réserves de nourriture. » Ce qui, loin d’horrifier notre scientifique, l’enthousiasme au plus haut point : « La plupart des crustacés pondent leurs œufs et s’en désintéressent. Mais la phronime est une très bonne mère ! Elle capture une salpe, qui est une sorte d’animal gélatineux, creuse un trou dedans pour y faire une maison et y pond ses œufs pour qu’ils aient toujours une réserve de nourriture. Ensuite, elle y habite avec ses bébés, et les promène comme dans une poussette. »
Une habitude qui vaut à la phronime, aux Etats Unis, le charmant surnom de pram bug, c’est-à-dire « insecte landau ». En France, on est un peu moins attendri, et un peu plus dégoûté : la phronime y est plutôt surnommée « tonnelier des mers » ou « monstre des tonneaux » car elle évide ses proies en forme de barrique pour y loger ses rejetons et se balader dedans.
Bioluminescence
Mais la vraie « coolitude » de la phronime tient surtout à son exceptionnel talent pour le camouflage, dans un endroit où il n’y a nulle part où se cacher. Une qualité que Laura Bagge a découverte à l’occasion d’une sortie en mer, lorsqu’elle a remonté des créatures diverses dans un seau pour les étudier. « Je ne voyais rien, c’est seulement lorsque j’ai plongé ma main dans l’eau de mer que j’ai senti qu’il y avait des animaux dedans. Et autant on peut comprendre qu’un animal gélatineux comme la méduse soit transparent, autant c’est plus difficile à concevoir pour la phronime, qui a des muscles, un système digestif, un cerveau et une enveloppe dure. Comment les phronimes peuvent-elles organiser tout leur corps pour le rendre invisible ? J’ai décidé d’en faire l’objet de ma thèse. »
Car être transparent ne suffit pas à être invisible, rappelle Laura Bagge :« Un morceau de verre totalement transparent peut être repéré à cause des reflets sur sa surface. » Le défi est donc grand pour la phronime, que l’on rencontre aussi bien dans les profondeurs marines que dans des zones plus proches de la surface, où percent encore les rayons du soleil. « Dans les eaux profondes sans lumière, certains poissons sont bioluminescents, c’est-à-dire qu’ils ont leurs propres phares pour repérer leurs proies. Et plus près de la surface, c’est le soleil qui entraîne des reflets. Mais dans les deux cas, la phronime est capable de se camoufler. »
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En 2016, la scientifique formée à l’université de Duke (Caroline du Nord) a eu la chance d’embarquer à bord d’Alvin, le célèbre submersible scientifique de la Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), propriété de la marine américaine, à la recherche de la phronime. « C’est le sous-marin qui a exploré l’épave du Titanic ! », précise la biologiste décidément cinéphile. Après avoir demandé au sous-marin de rester entre deux eaux, elle a utilisé un slurp sampler (littéralement, « avaleur d’échantillons »), sorte d’aspirateur géant pour récolter ses phronimes en douceur. « Alvin a des projecteurs superpuissants. Mais même avec ça, les phronimes étaient très difficiles à repérer ».
Une fois les phronimes placées dans l’aquarium, la biologiste a réussi à les photographier, ce qui n’a pas été une mince affaire vu le camouflage très efficace de la bête : « J’ai installé un studio photo dans un aquarium, et quand j’ai positionné des flashes tout autour, j’ai réussi à prendre des images vues du dessus, en macrophotographie. Finalement, le plus visible ce sont ses yeux, elle en a quatre, qui forment des points noirs. » 
Pour percer le secret des super-pouvoirs de la phronime, Laura Bagge a dû utiliser un autre style d’appareil photo. Même si, à ce stade, on ne peut plus parler de photographie, car la lumière n’intervient plus dans l’opération : « C’est un microscope à balayage électronique qui bombarde d’électrons le sujet étudié afin d’obtenir une image. On l’utilise pour des choses très petites, de l’ordre de dix nanomètres, une taille inférieure à celle des ondes lumineuses. C’est utile pour des virus par exemple. » La phronime ainsi examinée a révélé que sa surface était recouverte d’une couche de minuscules sphères ordonnées de façon très régulière. Cette structure joliment appelée nipple array en anglais, soit « arrangement en mamelons », est ce qui lui permet d’absorber tous les reflets, un peu comme les boîtes d’œufs que les apprentis rockeurs collent sur les murs de leur garage pour étouffer les bruits de leurs instruments de musique.
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La même structure avait déjà été découverte, dans les années 1960, sur les yeux de la mite, et avait donné lieu à une application très courante : les verres de lunettes antireflet. Pour la phronime, le plus étonnant est que cette couche antireflet semble située à l’extérieur de sa carapace. « Nous n’avions jamais rien vu de tel, et nous nous demandons encore ce que c’est exactement. Cela ressemble beaucoup à des bactéries, mais il faudrait faire davantage de recherches pour en être certain », explique la biologiste. Qui convoque cette fois Harry Potter : « Nous cherchons à savoir de quoi est faite la cape d’invisibilité de la phronime… »
Utilisation des couleurs
Au cours de son travail scientifique, Laura Bagge recourt régulièrement à la photographie. Celle-ci est devenue indispensable aux chercheurs, en particulier grâce à de nouveaux appareils capables de voir mieux ou différemment que l’œil humain, finalement très limité. « Nous ne voyons que trois couleurs, indique Laura Bagge. Combinées entre elles, elles nous permettent de voir l’arc-en-ciel. Mais certains animaux en voient bien davantage, comme l’ultraviolet… et s’en servent pour émettre des signaux à leurs congénères. Les scientifiques utilisent des caméras multispectrales pour les repérer. Les crevettes-mantes sont ainsi capables de voir seize canaux de lumière colorée. »
La biologiste a aussi, grâce à des filtres adaptés sur des appareils photo, montré comment des scarabées dorés étaient sensibles à la polarisation de la lumière – ils captent la direction des ondes. Et renvoie à la docu-série La Vie en couleurs actuellement diffusée sur Netflix, qui explore la façon dont les animaux utilisent les couleurs pour survivre et communiquer.
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A Duke University, la biologiste a suivi un cours de photo appliquée à la recherche scientifique, pour « apprendre à manipuler les appareils, et à adapter les réglages à différents sujets – comme, par exemple, des animaux qui nagent super vite ! » Mais son goût pour les images lui vient aussi du professeur original sous la direction duquel elle a fait sa thèse : Sönke Johnsen aimait la photographie dans un but purement esthétique, pour obtenir de belles images de ses objets d’études. « L’approche de Sönke Johnsen, qui a eu un cursus artistique avant de faire de la biologie, m’a beaucoup inspirée. Je ne m’intéresse pas qu’à l’aspect purement scientifique des choses. Je trouve que ces animaux sont extrêmement beaux, et la photographie me permet de les mettre en valeur, de les montrer aux gens, de les sensibiliser. » 
Depuis la phronime, Laura Bagge a élargi ses recherches pour s’intéresser à « la façon dont, sur terre et sous l’eau, les animaux voient le monde et comment ils évitent d’être vus ». Un art du camouflage riche en possibles applications biomimétiques, en médecine, en optique, en science des matériaux. Mais aussi éventuellement dans l’art de la guerre, un domaine où depuis longtemps les techniques de camouflage s’inspirent de la nature. C’est d’ailleurs dans le laboratoire de recherche fondamentale de l’armée de l’air américaine que la biologiste mène actuellement ses travaux.
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Des compagnons fidèles, des créatures sauvages et imprévisibles, mais aussi des sources de nourriture : les animaux sont tout cela à la fois. Retrouvez tous les épisodes de la série « Images animales » dans lesquels des photographes explorent aujourd’hui les relations complexes entre l’homme et les autres espèces. Six images d’animaux entre science, art et journalisme. 
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7- Le photographe réincarné en chat, Le Monde, 28/08/21, 00h11
Claire Guillot

« Images animales » (6/6). Le photographe japonais Masahisa Fukase (1934-2012), obsédé par son félin, en avait fait son double.
En 2020, 33 millions de photos ont été postées sur la plate-forme Instagram avec le hashtag #cat. Les images d’adorables félins jouant, mangeant ou dormant sont devenues la chose la plus banale du monde. Mais il y a une absence de mignonnerie qui saute aux yeux dans les photos qu’a prises Masahisa Fukase (1934-2012) de son chat Sasuke à la fin des années 1970 – soit bien avant Internet et la mode des « lolcats ».
Ce photographe singulier, à la fois excentrique et tragique, mort en 2012 après un long coma de vingt ans dû a une chute dans un escalier, a accordé dans son œuvre une grande place aux animaux : corbeaux, chats, et dans une moindre mesure, poissons, pigeons. « Au cours de mes quarante années de vie sur cette terre, des chats m’ont suivi comme mon ombre, écrivait-il. “Comme mon ombre”, c’est plutôt photographique, non ? »
Réceptacles, symboles et cobayes
Masahisa Fukase n’a jamais cherché à célébrer la grâce et la beauté des animaux. Mais il n’a pas non plus tenté de les anthromorphiser comme beaucoup d’autres photographes l’ont fait avant lui : tels le Britannique Harry Pointer (1822-1889), qui publiait des cartes postales de chats faisant du vélo ou prenant le thé à la fin du XIXe siècle, jusqu’à l’Américain William Wegman qui faisait poser ses célèbres chiens braques de Weimar habillés comme des humains à la fin des années 1980. Fukase, lui, a plutôt fait des animaux les réceptacles et les symboles de ses états d’âme… en même temps que des cobayes plus ou moins consentants pour ses expérimentations photographiques.
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Masahita Fukase a créé toute une fiction par la magie d’un cadrage serré, transformant, par exemple, son chaton en train de bâiller en un animal féroce à la mâchoire menaçante, presque en un tigre monstrueux. Fukase a baptisé l’animal Sasuke, nom emprunté à un ninja légendaire, Sarutobi Sasuke, dont les caractères japonais signifient « singe bondissant ». Un nom choisi en raison de la tendance du chaton à sauter partout. Mais la carrière et la vie de Sasuke ont commencé par un drame : le petit félin a subitement disparu dix jours après son arrivée chez le photographe. Ce dernier a placardé une centaine d’affichettes « faites maison » pour le retrouver – ce sont elles qui ornent la couverture du livre Sasuke (Atelier EXB, 192 pages, 45 euros). Jusqu’à ce qu’une femme contacte le photographe, persuadée d’avoir retrouvé l’animal : « Le chat n’était pas Sasuke, a raconté le photographe. Je l’ai compris au premier coup d’œil. J’étais effondré. » Mais il a décidé de le garder quand même, et de lui donner le même nom, comme s’il s’agissait du même animal.
Cette gueule aux crocs acérés, toute langue dehors, fait partie d’une longue série de photos de bâillements du chat, qui vont du comique à l’inquiétant : les yeux révulsés ou à demi clos, l’air menaçant ou idiot… Pendant un mois, l’obsessionnel Fukase n’a rien photographié d’autre que ça : les bâillements de son chat. Ce qui a d’ailleurs engendré des séances de pose plutôt pénibles. « Comme il bâille uniquement après un petit somme, je devais le coucher, régler mon appareil pendant qu’il s’endormait, puis le réveiller, prêt à actionner le déclencheur. Sasuke n’appréciait vraiment pas. » 
La langue, instrument de parole et de communication
Ce qui intéressait le plus Fukase dans cette pose, c’est sans doute cette langue découverte et déployée, instrument de parole et de communication qui l’a toujours fasciné. Car dix ans plus tard, le photographe qui n’a jamais eu froid aux yeux se fera connaître en prenant des selfies avant l’heure, pour sa série « Berobero », dans une pose aussi intime que bizarre, en compagnie d’amis et d’inconnus croisés dans les bars : l’image les montre à chaque fois en train de se toucher la langue. « C’est ainsi que Fukase montrait son amitié aux gens qu’il aimait, en les léchant comme un gros chat, explique Tomo Kosuga, fondateur et directeur des Masahisa Fukase Archives. Malheureusement, même s’il imite le chat, il reste un vieil humain, et les gens ont l’air très mal à l’aise sur les photos. Fukase le reconnaissait lui-même. » 
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Les animaux, chez Fukase, ont toujours été des symboles. De lui-même, de ses relations avec ses proches, de son état psychologique… Dès ses jeunes années, Fukase intègre déjà son premier chat, Kuro, à sa vie et à son art. Il est parti étudier à Tokyo sur l’injonction de son père, désireux que son fils hérite du studio photo familial, qui réalise des images commerciales et des portraits de famille classiques. Le félin lui sert à traduire ses réticences et son sentiment d’enfermement face à ce destin tout tracé qu’il rejette de tout son être. Comme lui, le chat Kuro rêve de liberté. « J’ai encore une photographie de lui sur le rebord de la fenêtre, regardant dehors désespérément. (…) L’image de Kuro vu de dos, contemplant tristement la rue, en dit long sur mon état d’esprit à l’époque. »
Œuvre tragique et obsédante
Le livre le plus célèbre de Fukase, publié en 1986 et devenu un classique introuvable, Ravens (« les corbeaux »), regroupe des photos qu’il a prises pendant plusieurs années après son divorce, lorsque Yoko, sa muse et sa femme, l’a quitté. Du vol tournoyant des oiseaux noirs, planant douloureusement comme des âmes errantes, de leur omniprésence inquiétante sur les toits et les fils électriques, Fukase fait une œuvre tragique et obsédante, où le corbeau devient une projection de lui-même, artiste solitaire, triste et mal-aimé.
« Le corbeau qui fouille les poubelles reste calme, même lorsque je m’approche jusqu’à deux mètres environ, écrivait Fukase. Il n’a pas peur de l’appareil. Il regarde à l’intérieur de l’objectif comme étonné, et croasse. Je suis devenu un corbeau avec un appareil photo, et j’ai joué à suivre mes amis tout noirs qui allaient et venaient à travers le brouillard épais ».
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La série sur son chat Sasuke a également été réalisée à la suite du divorce avec Yoko, lorsque le photographe tentait de combler le vide du départ de sa femme tant aimée : un an après les faits, en 1976, Fukase s’enferme avec le chaton dans un chalet de montagne, à Mukawa, et s’isole du monde, passant son temps à photographier le félin, comme un dérivatif à son chagrin. « Quel ennui, penserez-vous, mais en dix jours j’ai réussi à utiliser soixante rouleaux de pellicule », écrivait-il. Le photographe a consacré quelque trois livres à son chat, dans des images parfois si étranges ou cocasses qu’on pourrait les croire mises en scène.
Comme pour les corbeaux, c’est bien lui-même que Fukase photographie à travers son chat. Ou plutôt ses chats, car au bout d’un moment il a fini par en prendre un second, Momoe. « J’étais si souvent à plat ventre pour me placer à hauteur de chat que j’en suis devenu un. Quel plaisir de prendre en photographie ces deux créatures adorées en train de batifoler jour après jour. Le charme gracieux des chats me captivait. Je voyais mon reflet dans leurs yeux. je voulais photographier l’amour que j’y percevais. En quelque sorte, il s’agit d’autoportraits plus que d’images de Sasuke et Momoe ».
Pour le spécialiste Tomo Kosuga, photographier des animaux est aussi un moyen pour Fukase de continuer à satisfaire sa passion dévorante pour la photographie, alors que tout le monde l’abandonne. « Fukase était un photographe qui n’arrêtait pas de prendre des photos des choses familières. Ce qui signifie que ses sujets favoris étaient surtout les gens qu’il aimait. Mais plus Fukase les photographiait, plus ils s’éloignaient de lui. Les personnes photographiées en arrivaient à le trouver écrasant, voire monstrueux, et finissaient toujours par se détourner de lui. Les seuls à ne pas l’abandonner, à lui rester fidèles et à le regarder sans broncher, c’étaient ses chats. » 
Abolir la distance
Yoko, que Fukase a photographiée de façon frénétique pendant toutes les années 1960, avait fini par rejeter cet exercice tournant à la monomanie, où elle voyait de moins en moins un hommage à sa personne et de plus en plus une négation de son être : « Pendant nos dix premières années en couple, écrivait-elle en 1973, il ne m’a vue qu’à travers l’objectif de l’appareil photo, jamais autrement. Et ce qu’il voyait dans le viseur, ce n’était pas moi, mais lui-même. »
Pour Tomo Kosuga, la photographie de Fukase a pourtant cessé avec le temps d’être un pur exercice d’exploration de soi. Selon lui, l’artiste tentait moins de se voir à travers ses chats que d’expérimenter, par la photographie, une véritable communion avec ces êtres qu’il vénérait. Tomo Kosuga aime à citer à l’appui de sa thèse le philosophe Kitaro Nishida (1870-1945), auteur de Essai sur le bien (Osiris, 1997), qui a fait des recherches sur la perception. Dans une perspective toute japonaise, Nishida fait de la perception une expérience fondamentale qui, au moment où elle a lieu, abolit la distinction entre le sujet et l’objet cher aux Occidentaux, et donc entre le regardeur et le regardé. « Ce que Fukase entendait montrer dans ses photographies, assure Tomo Kosuga dans le livre Sasuke, ce n’était ni sa femme, ni ses chats, ni son ego, mais le lien qui se noue dans la rencontre entre deux êtres. » Des images comme autant de caresses, en somme, pour abolir la distance entre les animaux et les hommes.
§ Sasuke <https://exb.fr/fr/home/471-sasuke-9782365112901.html>, de Masahisa Fukase (Atelier EXB, 192 p., 45 €).
<https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/28/le-photographe-reincarne-en-chat_6092581_3451060.html <https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/28/le-photographe-reincarne-en-chat_6092581_3451060.html>>
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8- Reportage. Trop nombreux et devenus des prédateurs ? Les vautours divisent le monde agricole, Le Monde, 29/08/21, 06h00
Anne Devailly, Montpellier, correspondante

Sur les causses, ces oiseaux, agents naturels d’équarrissage des carcasses, sont accusés par des éleveurs de s’attaquer à des animaux d’élevage.
Début août, un vautour fauve a été retrouvé mort, criblé de plombs, dans le parc national des Cévennes, a annoncé jeudi 26 août la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Depuis 2013, une vingtaine de cas similaires ont été recensés dans les Grands Causses. Un signe des tensions qui existent dans la région autour de ces oiseaux.
Pourtant, certains s’accommodent fort bien de leur présence. Sur le plateau du causse Noir, dans le sud de l’Aveyron, Marianne Loye observe de loin les vautours qui s’approchent. L’éleveuse d’ovins a découvert la veille, dans son troupeau de 270 bêtes, un agneau mort, probablement de manière subite après avoir ingurgité trop de luzerne. Elle l’a aussitôt mis dans la placette, l’espace où déposer – en toute légalité – les animaux morts pour que les vautours s’en nourrissent en pratiquant, par la même occasion, le plus naturel des équarrissages. « Je suis née avec les vautours et je n’ai jamais eu aucun problème. Et puis des vautours qui nettoient une carcasse en un quart d’heure, cela reste le meilleur agent qu’on puisse trouver, surtout que sur le causse, le camion d’équarrissage ne passe que tous les trois ou quatre jours. »
Plus de 120 éleveurs sur les causses ont choisi d’avoir une placette, mais une vingtaine n’en disposent pas, étant situés en fond de vallée ou trop près de lignes électriques. Ils peuvent néanmoins signaler les animaux morts à la LPO, laquelle vient chercher les carcasses pour le charnier collectif.
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La ruée des vautours sur une carcasse est impressionnante : ils opèrent en groupe, et sont une centaine à se chamailler pour « nettoyer » un cadavre de brebis. Au bout d’une demi-heure à déchiqueter de leur bec courbé toutes les chairs, ne restent plus que les côtes apparentes. Cet acte n’a rien d’agressif : l’agent de la LPO chargé de l’équarrissage peut prendre son temps pour disposer la carcasse, les vautours attendent sagement sur les rochers à proximité.
Prédateurs d’animaux vivants
Et pourtant, selon des éleveurs relayés par la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) et la chambre d’agriculture, les vautours seraient bel et bien responsables de la mort de chevaux, vaches, veaux et brebis en 2021. Non pas dans le parc national des Cévennes, où ils ont été réintroduits en 1981, mais plus au nord, dans l’Aubrac, ou le Cantal. « C’est logique, précise Jacques Molières, président de la chambre d’agriculture de l’Aveyron. Ils sont devenus trop nombreux, et ils n’ont plus assez à manger dans leur zone initiale, alors ils vont plus au nord chercher leur nourriture. »
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En mai 2021, Claire Vieilledent, éleveuse de bovins dans le sud de l’Aveyron, a vu sa jument dévorée par les vautours. Elle n’a pas vu directement l’attaque, mais est convaincue qu’ils sont responsables de sa mort. Montrant le champ où cela a eu lieu, elle témoigne devant les caméras de France 3 : « C’est là qu’on l’a retrouvée avec les vautours dessus. (…) Au moment où elle est morte, c’étaient bien les vautours qui l’avaient consommée. »
Les vautours seraient donc trop nombreux et, surtout, ils auraient franchi le pas : de charognards, ils seraient devenus des prédateurs d’animaux vivants. Le débat s’est tellement tendu qu’Olivier Duriez, chercheur en biologie, l’un des trois spécialistes des vautours en France, a choisi de démissionner en juillet de Massif central vautour-élevage, un comité interdépartemental créé en 2011 afin de concilier la présence du vautour fauve et les activités d’élevage. Il estimait que ni les chercheurs ni la LPO ne pouvaient se faire entendre face à certains représentants du monde agricole qu’il ne juge pas représentatifs de l’ensemble de la profession : « Cela se passe très bien avec les éleveurs des Grands Causses, là où se situent la grande majorité des vautours, mais on ne les entend pas », explique le chercheur.
Les chiffres laissent la place aux interprétations : selon une étude issue du comité Massif central vautour-élevage publiée en 2015, 156 plaintes ont fait l’objet d’un constat détaillé entre 2008 et 2014, dont 82 avec expertises vétérinaires. Sur ces huit années, les vautours sont intervenus du vivant de l’animal seulement dans 15 cas : 10 cas concernaient des animaux moribonds et trois des victimes présentant des blessures. Restent deux cas indéterminés. Rien de vraiment probant donc : deux cas d’animaux mourants en moyenne chaque année, face à plusieurs milliers de carcasses d’animaux morts éliminées naturellement.
Capables de réguler leur reproduction
Les spécialistes des vautours reconnaissent que ces rapaces peuvent s’en prendre, dans des circonstances exceptionnelles, à des animaux faibles, notamment dans les cas de vêlages difficiles, mais en aucun cas ils ne s’en prennent à des animaux en pleine santé. Leur morphologie ne le permet pas : contrairement aux aigles qui ont des serres aiguisées pour tuer leurs proies, les vautours ont des pattes qui ressemblent à celles des poulets.
Dans l’Aubrac, un vétérinaire a émis l’hypothèse que les veaux qui ont attiré les vautours étaient morts du charbon symptomatique, une maladie foudroyante qui concerne surtout les jeunes bovins.
Les chercheurs remettent également en cause le fait qu’ils seraient trop nombreux. Pour Jean-Baptiste Mihoub, chercheur au Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Cesco), à Paris, « s’il y avait surpopulation, le premier paramètre qui s’infléchirait serait la reproduction. Les vautours vivent longtemps (une trentaine d’années) et comme toutes les espèces à longue durée de vie, ils sont capables de réguler leur reproduction. On n’a pour l’instant constaté aucun dérèglement de ce critère. Le problème ne porte pas sur les vautours, mais sur la division des humains. Avec 800 vautours fauves, on est encore très loin de la population qui existait il y a cent ans ».
Quant au manque de nourriture, « le vautour peut rester trois semaines sans s’alimenter, explique Olivier Duriez. S’ils vont au-dessus de l’Aubrac ou des massifs avoisinants, c’est parce qu’ils parcourent généralement entre 100 à 150 km par jour en planant, sans dépenser d’énergie ».
« Retrouver un équilibre »
Jacques Molières, qui avait accepté le principe des placettes il y a vingt ans, considère que la situation est devenue ingérable et qu’elle nécessite une réaction : « Avec 100 000 brebis, l’Aveyron est le premier département ovin de France. Et côté bovin, la race Aubrac, qui avait quasiment disparu il y a vingt-cinq ans, a totalement renouvelé l’économie de la région. Les vautours viennent perturber les choses, je demande juste qu’on retrouve un équilibre en nous permettant de pratiquer des effarouchements quand les vautours se rapprochent des troupeaux, et qu’on puisse réguler leur peuplement. »
Les éleveurs qui dénoncent une attaque sur une bête vivante demandent à être indemnisés comme c’est le cas pour le loup, mais le système a ses détracteurs : « Si votre bête est tuée par un chien errant, vous n’êtes pas indemnisé, explique un éleveur. Mais vous l’êtes si elle est tuée par un loup. Ça peut faire pencher les analyses… »
Olivier Duriez avance une autre solution, citant l’exemple de l’Espagne : « Si un éleveur estime que sa bête a été tuée par un vautour, l’Etat accepte qu’il y ait une expertise. Si celle-ci confirme les faits, l’Etat indemnise l’éleveur. Mais si elle conclut à une autre cause (mort naturelle, attaque d’un autre animal), l’éleveur paie l’expertise. Cela a permis de faire redescendre la fièvre autour du sujet. »
Reste un dernier facteur qui pourrait mettre tout le monde d’accord : l’intérêt de la présence des vautours pour le développement du tourisme. La Maison des vautours a été créée par la communauté de communes en 1998. Reprise en 2008 en gestion privée, elle permet de découvrir les espèces tout en observant avec des lunettes, installées sur un belvédère, la colonie perchée sur les promontoires, les jeunes oiseaux de l’année ou les vols planés des adultes ; 25 000 à 30 000 visiteurs s’y rendent chaque année.
Parmi eux, un nombre sans doute important ira aussi visiter les caves de Roquefort, achètera du fromage de lait de brebis ou mangera de la viande d’agneau dans les restaurants. Le tourisme, l’agriculture et les vautours pourraient donc faire bon ménage.
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Les vautours en dates
• 1945 : date du dernier signalement de l’espèce. Les vautours ont peuplé le ciel de la région des Causses jusqu’au XIXe siècle.
• Années 1980 : réintroduction du vautour fauve mise en œuvre par leParc national des Cévennes et la LPO.
• 1986 : le percnoptère (migrateur) revient de lui-même.
• 1992 : le vautour moine est lui aussi réintroduit dans la région.
• 2012 : lancement d’une opération de lâcher de jeunes gypaètes barbus. Il y a aujourd’hui dans les Causses environ 800 couples de vautours fauves, 40 couples de vautours moines, 2 couples de vautours percnoptères et 7 gypaètes.
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/29/trop-nombreux-et-devenus-des-predateurs-les-vautours-divisent-le-monde-agricole_6092658_3244.html>
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9- Biodiversité, urbanisation : en Argentine, des gros rongeurs révèlent les maux écologiques et sociaux du pays, Le Monde, 30/08/21, 06h19
Flora Genoux (Buenos Aires, correspondante)

Des capybaras, les plus gros rongeurs du monde, sèment la zizanie dans un quartier chic du nord de Buenos Aires. Leur présence braque de nouveau les projecteurs sur un projet de loi de protection des zones humides. 
Lettre de Buenos Aires
« Invasion de capybaras », « habitants désespérés », « capybaragate ». Les chaînes d’information en continu argentines, plus volontiers occupées par la campagne électorale à trois mois d’élections législatives partielles, ont été, dès le 18 août, soudainement happées par une bande de rongeurs, les plus gros du monde, qui sèment la zizanie à Nordelta, un conglomérat de quartiers dans le nord de la capitale, Buenos Aires.
Ces herbivores d’Amérique du Sud, qui peuvent peser jusqu’à une soixantaine de kilos, sont pris sur le vif, fouinant près des poubelles des habitants, visitant leur jardin ou jaillissant sur les routes, où un motard est déstabilisé. L’image d’un petit chien blanc, supposément mordu au flanc par un carpincho, en espagnol, est reprise en boucle. « Dégoûtant ! », s’exclame la présentatrice de l’une de ces chaînes face aux « hordes » de rongeurs qui défilent tranquillement dans le quartier de Nordelta. Au fil des jours, ils sont devenus un révélateur des choix environnementaux, sociaux et urbains du pays.
Construit sur le delta du Tigre, à une trentaine de kilomètres de la capitale, Nordelta est, depuis vingt ans, une résidence fermée, comme il en existe dans Buenos Aires et sa région : une zone d’habitation exclusive, sous sécurité et destinée à l’élite économique du pays. Assurément le plus iconique, car gigantesque, le quartier de Nordelta, ville dans la ville, abrite des écoles, un centre médical, des lieux de culte, un centre sportif et des zones de loisirs destinés à ses 40 000 habitants, selon l’association de voisins. Une note vocale sur WhatsApp enregistrée par une habitante critiquant le supposé dévoiement social de son quartier était devenue virale il y a quatre ans, consacrant alors une figure sociologique à part entière : « le/la bourge de Nordelta ».
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Des capybaras convertis à Karl Marx ?
Un nonchalant rongeur troublant le calme de la bourgeoisie, dans ce pays où 42 % de la population vit dans la pauvreté : « l’invasion » s’est rapidement transformée en symbole de la lutte des classes, générant une kyrielle de mèmes et de messages humoristiques. L’un d’eux présente un capybara plongé dans la lecture du Capital, de Karl Marx, un maté (l’infusion très consommée des Argentins) à portée de patte. « Les capybaras virent les bourges de Nordelta. C’est le seul animal qui mérite d’être sur les billets », se fend un internaute sur Twitter, photo d’un fier rongeur à l’appui, en référence aux animaux autochtones imprimés sur les nouvelles coupures argentines.
Elevant l’animal au rang de héros national, à l’image du sextuple Ballon d’or, un autre montage accole une image d’une famille de rongeurs à une de Lionel Messi. Sur un autre, un capybara remplace la Coupe du monde de 1986, remportée par l’Argentine, sous les lèvres de Diego Maradona. La fondation Huésped, qui lutte contre le VIH, invite à partager « un capybara de prévention », en publiant le montage photo d’un rongeur, préservatif plaqué sur le crâne. L’ambassade du Japon en Argentine a également surfé sur la viralité des carpinchos, clamant sur Twitter : « Au Japon, on aime les capybaras ! »
Si les détournements peuvent faire sourire, la présence des animaux au plus près des humains n’en soulève pas moins de sérieux enjeux environnementaux. « Il ne s’agit pas d’une invasion. Les rongeurs, qui ont toujours été dans la zone de Nordelta mais plus loin des maisons, n’ont pas eu d’autres choix que de s’adapter, poussés par l’avancée de l’urbanisation », observe Maria José Corriale, biologiste au centre de recherche public Conicet, soulignant que le carpincho n’est pas par essence agressif, « mais peut se défendre s’il se sent acculé, notamment par les chiens ».
« Pas de solution immédiate »
La présence accrue de capybaras « est une façon pour la nature de rendre aux personnes le mal qui lui a été fait », a estimé la ministre de l’intérieur, Sabina Frederic. « On connaît tous le coût environnemental de ces projets immobiliers et la difficulté des juges pour les freiner », a-t-elle ajouté. Selon une étude du centre de recherche Cippec, en 2016, un quart des constructions résidentielles urbaines étaient composées par des quartiers fermés. Etabli sur une zone humide, Nordelta « a fait régresser la biodiversité. Sa présence provoque aussi des inondations dans les quartiers à proximité, plus modestes, car le sol est privé de sa fonction principale, qui est d’absorber les fortes pluies », note Maria José Corriale.
La présence des rongeurs, amplifiée par un important rythme de reproduction, « avec quatre à six naissances par femelle, et parfois deux portées par an », selon la biologiste, relance aussi le débat sur la loi de protection des zones humides. Celle-ci vise à encadrer l’usage de ces zones, depuis la présentation d’un premier projet en 2013, dont la discussion au Parlement n’a jamais totalement abouti. Différentes organisations de protection de l’environnement ont manifesté, mercredi 18 août, afin d’impulser son traitement au Congrès. Les artisans du texte estiment que les zones humides composent un cinquième du territoire argentin.
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Face aux défis de cohabitation que présente la recrudescence des rongeurs, le scénario d’un déplacement des populations a émergé. Un fonctionnaire de Mar del Plata (à 400 kilomètres au sud de Buenos Aires) a proposé de les recevoir aux abords d’une lagune de la ville. « Mais il n’y a pas de solution immédiate, les transporter est très compliqué, ce sont des animaux très grands. Un déplacement peut les stresser », estime Maria José Corriale, qui prône un contrôle de la reproduction et une éducation environnementale destinée aux habitants du quartier.
<https://www.lemonde.fr/international/article/2021/08/30/biodiversite-urbanisation-en-argentine-des-gros-rongeurs-revelent-les-maux-ecologiques-et-sociaux-du-pays_6092706_3210.html>
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10- Enquête. La belle promesse des aires protégées mondiales, Les Echos Planète, maj le 30/08/21 à 12h32
Françoise Blind Kempinski 

Les Echos Planète sont partenaires du comité français de l’UICN
L’objectif est de sanctuariser une partie des territoires marins et terrestres pour permettre à la biodiversité de se reconstituer. Mais où placer le curseur entre conservation des espèces et maintien des activités humaines ?
On le sait, le constat est déjà alarmant. Au cours des quatre dernières décennies, les populations mondiales d’animaux sauvages ont diminué de 60 % en raison des activités humaines. Et près des trois quarts de la surface de la Terre ont été modifiés, réduisant la nature à un espace de plus en plus restreint. Pour enrayer cette destruction massive, l’idée de sanctuariser des parties du monde terrestre et marin est née sous l’égide de l’UICN (Union nationale pour la conservation de la nature). Pour autant, et alors que l’activité anthropique est identifiée comme la source des maux, la conservation de la nature n’a jamais été dissociée des services écosystémiques et culturels qui lui sont associés. C’est donc en privilégiant une vision globale que les grandes instances internationales ont fixé des objectifs d’aires protégées. Et si l’on s’en tient à ceux déterminés lors de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité à Aichi, au Japon, en octobre 2010 – protéger d’ici 2020 au moins 17 % des zones terrestres et eaux intérieures et 10 % des zones marines et côtières –, ils seraient presque atteints. Il appartiendra au congrès mondial de l’UICN prévu à Marseille en septembre 2021, et à la prochaine COP biodiversité programmée en Chine, de définir le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020.
>> Suite à lire à :
<https://planete.lesechos.fr/enquetes/la-grande-illusion-des-aires-protegees-mondiales-10597/>
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11- Le plastique menace les espèces migratrices en Asie-Pacifique, selon l'Onu, AFP, 31/08/21, 14:00
Kelly Macnamara

Des dauphins d'eau douce pris dans des filets de pêche aux éléphants évoluant dans des décharges, les espèces migratrices sont les plus vulnérables à la pollution plastique, selon un rapport de l'Onu sur la région Asie-Pacifique publié mardi, qui demande de mieux lutter contre ce fléau.
Ce rapport de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, aussi appelée Convention de Bonn, se concentre sur les impacts du plastique sur les espèces d'eau douce, les espèces terrestres et les oiseaux. 
Il est publié à quelques jours de l'ouverture du congrès de l'Union international pour la conservation de la nature (UICN) qui inclura une motion appelant à la fin de la pollution plastique d'ici 2030.
Comme ces espèces se déplacent dans différents environnements, dont des zones industrialisées et polluées, elles risquent plus d'être exposées fortement aux plastiques et aux contaminants associés, indique-t-il.
Les chercheurs estiment que 80% des plastiques qui se retrouvent dans les océans viennent des terres, les rivières jouant un rôle essentiel dans le transport de ces déchets.
Le rapport met en exergue deux régions, les bassins du Gange et du Mékong, qui à eux deux apporteraient 200.000 tonnes de plastique dans les océans Indien et Pacifique chaque année. 
Les filets de pêche perdus font partie des principales menaces, en particulier pour les dauphins d'Irrawaddy vivants dans le Mékong et les dauphins du Gange, déjà menacés.
Des oiseaux migrateurs, comme l'albatros à pieds noirs, ne distinguent pas toujours des morceaux de plastique de leurs proies et peuvent ingurgiter par erreur ces débris ou en nourrir leurs petits, souligne le rapport.
Des éléphants d'Asie ont été vus faisant les poubelles dans des décharges au Sri Lanka et mangeant du plastique en Thaïlande, selon le rapport.
Le rapport souligne que les espèces en Asie-Pacifique font déjà face à la perte de leur habitat, la surpêche, des pollutions industrielles et le changement climatique. Il appelle à agir pour que les plastiques ne se retrouvent pas dans la nature, à mieux recycler et à mieux comprendre les effets de cette pollution sur les espèces migratrices.
<https://information.tv5monde.com/info/le-plastique-menace-les-especes-migratrices-en-asie-pacifique-selon-l-onu-422496>
En savoir plus : 
> New UN Report Finds Migratory Species Are Likely Among the Most Vulnerable to Plastic Pollution <https://www.cms.int/fr/node/22718>, CMS, Press Release, 31 August 2021
> CMS- Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage <https://www.cms.int/fr>
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12- En Corse, préserver la fragile posidonie face aux grands yachts, AFP, 31/08/21, 21:00
Maureen Cofflard

Au cœur de la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, au large de la Corse, des coffres flottants sont installés dans les eaux turquoises de la Méditerranée pour permettre aux grands yachts de mouiller sans détruire les herbiers de posidonie avec leur ancre.
Depuis 2020, la France interdit le mouillage des yachts de plus de 24 mètres sur certaines zones de la Côte d'Azur et de la Corse, afin de protéger cette plante dont les prairies servent de nurseries pour poissons mais aussi de puits de carbone et de protection contre l'érosion. 
Une décision "historique", selon Charles-François Boudouresque, un des scientifiques en pointe dans la défense de la posidonie. 
Les Baléares ont aussi adopté des interdictions de mouillage mais elles sont moins fréquentées par les grands yachts et donc moins tributaires de ce secteur économique que la Côte d'Azur ou la Corse.
Les interdictions s'accompagnent toutefois de la mise en place de "mouillages écologiques" alternatifs, comme à Bonifacio.
Dans la baie de Sant'Amanza, refuge prisé de palaces flottants à l'extrême sud de la Corse, une grue posée sur une barge flottante coule un lest de béton de 46 tonnes à une quarantaine de mètres de fond, sur une zone sableuse.
Conçus pour "s'adapter aux fonds marins en les mimant", ces ancrages en béton ont une surface rugueuse pour "faciliter l'accrochage de la biodiversité". 
Ils comportent des cavités pour accueillir les poissons et "ne freinent pas les mouvements d'eau", explique à l'AFP Line Babiol, de BRL Ingénierie, qui a épaulé la mairie de Bonifacio pour ce nouveau système.
Des coffres flottants fixés en surface permettent aux bateaux faisant jusqu'à 60 mètres de mouiller sans risque et sans labourer la posidonie avec leur ancre dévastatrice de plusieurs centaines de kilos.
- "Maintenir l'attractivité" -
Quatorze systèmes de mouillage de ce type sont prévus dans cette baie aux plages paradisiaques pour continuer à accueillir des grands plaisanciers tout en protégeant 60 hectares d'herbiers de posidonie, indique Michel Mallaroni, directeur du port de Bonifacio et chef d'orchestre de ce projet de 2,3 millions d'euros, financé à 80% par l'Etat français.
"L'enjeu est de maintenir l'attractivité de l'extrême-sud de la Corse pour la grande plaisance tout en préservant l'environnement", résume-t-il. Bonifacio accueille 44% de la flotte de grande plaisance fréquentant la Corse, avec une majorité de navires dépassant 24 mètres, selon M. Mallaroni.
Un accueil vital pour cette commune de 3.000 habitants, qui a représenté "environ 60% des revenus du port en 2019", auxquels s'ajoutent les retombées économiques indirectes de ces clients fortunés.
Pour Yves-Marie Loudoux, capitaine de l'Ocean Sapphire, luxueux yacht de 41 mètres habitué des eaux corses et amarré au port de Bonifacio, ces mouillages écologiques sont "une solution qui était attendue" après les interdictions dans certaines zones.
"On s'est retrouvé sans solution, refoulé dans des mouillages tout à fait inconfortables, trop loin des côtes et poussé à ne pas proposer d'escales en Corse mais plutôt à aller en Sardaigne (Italie), juste à côté, pour que les clients puissent profiter de la baignade", explique le capitaine de ce yacht qui se loue 110.000 euros la semaine.
"Plus il y aura ce type de mouillages, plus l'attractivité des sublimes côtes corses reviendra", ajoute-t-il. La Fédération des industries nautiques a évalué à 90 le nombre d'amarrages nécessaires sur les côtes corses, selon M. Mallaroni.
- Exemple pour d'autres pays -
Sur la Côte d'azur, trois sites travaillent à l'aménagement de zones de mouillages comparables à celle de Bonifacio, précise le capitaine de vaisseau Thibault Lavernhe, porte-parole de la préfecture maritime. L'un devrait voir le jour "fin 2021, début 2022" au large de la plage de Pampelonne, près de Saint-Tropez, où nombre de célébrités passent l'été, et un autre dans le parc national des Calanques entre Marseille et Cassis, d'ici 2024.
Le parc national de Port-Cros (Var), joyau naturel marin et pionnier des mouillages écologiques, a quant à lui disposé 68 bouées, dont cinq pour des bateaux de 15 à 30 mètres.
Jusqu'ici la préfecture maritime --autorité garante en France d'une utilisation durable de la Méditerranée-- a fait de la pédagogie pour expliquer les nouvelles interdictions. "La plupart des plaisanciers lèvent l’ancre et vont mouiller dans des zones autorisées", souligne Thibault Lavernhe. Mais "nous avons identifié plusieurs cas de récidives, et à terme il est prévu que des sanctions soient appliquées". Peine maximale encourue : 150.000 euros d’amende et un an d'emprisonnement.
"L'environnement n'a pas de frontières", souligne M. Boudouresque: "il faudrait que d'autres pays méditerranéens s'inspirent de ces mesures de protection".
<https://information.tv5monde.com/info/en-corse-preserver-la-fragile-posidonie-face-aux-grands-yachts-422456>
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13- Washington annonce de nouvelles restrictions pour lutter contre la disparition des baleines, AFP, 01/09/21, 00:00

Le gouvernement du président Joe Biden a annoncé mardi de nouvelles restrictions pour le secteur de la pêche, destinées à protéger une espèce de baleines évoluant dans l'océan Atlantique, dont beaucoup se retrouvent prises dans les filets de pêche -- l'une des principales causes de leur mort.
Mais des groupes de défense des animaux ont immédiatement critiqué ces restrictions annoncées par l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA), qui ne vont selon eux pas assez loin.
La population de baleines franches de l'Atlantique nord est estimée à 368 individus aujourd'hui. Elle décline depuis les années 2010, et plus particulièrement depuis 2017.
Selon ces nouvelles règles, qui prendront effet en mai 2022, les pêcheurs de crabes et de homards devront augmenter le nombre de casiers par lignes de pêche, afin de réduire le nombre de lignes.
Les cordes utilisées devront par ailleurs se rompre plus facilement, afin que les baleines se prenant dedans puissent plus facilement s'en défaire.
Ces mesures vont "réduire le risque" pour cette espèce menacée tout en permettant à l'industrie de la pêche de continuer à "prospérer", s'est félicité Michael Pentony, un responsable de la NOAA.
Mais selon Gib Brogan, de l'ONG Oceana, l'utilisation de cordes plus fragiles est "une stratégie largement théorique" qui n'a pas été assez testée pour être déployée.
Oceana avait plutôt suggéré que les Etats-Unis suivent le modèle du Canada en instaurant des périodes de restrictions plus étendues, sur des zones plus larges et flexibles en fonction de là où sont observées les baleines.
"On ne peut pas sauver de l'extinction la population de baleines, en rapide déclin, avec des demi-mesures comme celles-là", a estimé dans un communiqué Kristen Monsell, de l'organisation Center for Biological Diversity.
L'étranglement des baleines par les équipements de pêche constitue la deuxième cause de décès de cette espèce. Ces cordages peuvent s'enrouler autour de leur bouche ou de leur corps, ce qui peut les ralentir, affecter leur capacité à se nourrir ou à se reproduire.
Parfois, les lignes de pêche cisaillent leur peau, qui s'infecte, ou sectionnent même leurs nageoires.
<https://information.tv5monde.com/info/washington-annonce-de-nouvelles-restrictions-pour-lutter-contre-la-disparition-des-baleines>
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14- Carte blanche. L’anémone de mer met à la porte les microalgues indésirables, Le Monde, 01/09/21, 06h30   
Par Alice Lebreton, Chargée de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Institut de biologie de l’École normale supérieure

Une équipe allemande a découvert comment l’animal aquatique entre en symbiose avec les zooxanthelles qui l’infectent, alors qu’il rejette les autres algues microscopiques, explique la biologiste Alice Lebreton dans sa carte blanche au « Monde ».
Carte blanche. Septembre, déjà. Les souvenirs d’été se muent en rêves d’ailleurs ; vos pensées s’évadent peut-être vers l’eau turquoise et paisible de lagons lointains, abrités derrière leurs barrières de corail où batifolent mille espèces de poissons multicolores. Ce songe peut cependant s’assombrir, en considérant la distance, le luxe du voyage, son coût carbone… et aussi la fragilité des écosystèmes coralliens, régulièrement mis à mal par les activités humaines au point que la grande barrière australienne, patrimoine mondial, échappe de justesse à être classée en péril par l’Unesco.
> Lire aussi  L’Unesco décide de ne pas inscrire la Grande Barrière de corail sur la liste des sites en péril
En cause ? La hausse de la fréquence et de l’ampleur des épisodes de blanchissement des coraux sous l’effet du réchauffement climatique, qui conduit à l’expulsion par les coraux d’algues microscopiques avec lesquelles ils vivent en symbiose, les zooxanthelles. Ces microalgues peuvent vivre à l’état libre, ou établir leur résidence à l’intérieur des cellules des coraux. Les deux partenaires y trouvent leur compte : les déchets métaboliques des coraux comme les phosphates, l’ammoniac ou le dioxyde de carbone sont prélevés par les microalgues, dont l’activité photosynthétique alimente en contrepartie le corail en matière organique.
L’énigme du tri résolue
A chaque génération, les larves de coraux sont infectées par leur algue spécifique pour rétablir la symbiose. Cette étape cruciale du cycle biologique restait assez mal comprise, aussi bien chez les coraux que chez un autre cnidaire doté du même type de relations, l’anémone de mer Aiptasia. L’on savait que certaines cellules des cnidaires engloutissaient les microalgues par phagocytose ; toutefois, un tel processus n’a rien de sélectif. Comment s’opère alors le tri entre les zooxanthelles désirables, et les diverses autres algues de l’écosystème marin ? Jusqu’ici, l’hypothèse la plus couramment retenue était que la plupart des microalgues ingurgitées par les cellules de cnidaires étaient digérées après la phagocytose, devenant une ressource nutritive, et que seules résistaient les zooxanthelles symbiotiques, en s’aménageant une niche de survie dans les cellules colonisées.
Cette hypothèse vient d’être réfutée par les travaux de recherche du groupe dirigé par Annika Guse à l’Université de Heidelberg (Allemagne), publiés en juin dans la revue Nature Microbiology (et dès avril sur le site). Pour ceci, Marie Jacobovitz et Sebastian Rupp ont utilisé comme modèle d’étude la larve d’Aiptasia, dont la transparence et la petite taille se prêtaient bien aux observations microscopiques à haute résolution. En observant pendant plusieurs jours les larves d’anémones infectées par diverses espèces de microalgues, ils ont eu la surprise de constater que les algues non spécifiques ne sont pas davantage détruites après phagocytose que les zooxanthelles symbiotiques. En revanche, les indésirables sont relarguées par les cellules de cnidaires dans le milieu de culture, sans dommage ni pour elles ni pour leur hôte. Elles peuvent alors éventuellement être avalées à nouveau, puis recrachées… et ainsi de suite, tandis que les zooxanthelles ingurgitées demeurent dans les cellules infectées et s’y multiplient. Dans le milieu marin, les larves non infectées ont ainsi la possibilité de procéder par essais-erreurs successifs, jusqu’à rencontrer le « bon » symbiote capable de les coloniser.
En recherchant ensuite quelles particularités évitaient aux zooxanthelles d’être mises à la porte par leur hôte, les chercheurs ont montré que la réponse immunitaire de l’anémone était inhibée spécifiquement lors de l’infection par cette espèce, avec pour conséquence d’empêcher le mécanisme d’expulsion du symbiote. Le début d’un dialogue intime et, souhaitons leur, d’une longue vie de couple sans rupture… de symbiose.
<https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/09/01/l-anemone-de-mer-met-a-la-porte-les-microalgues-indesirables_6092970_1650684.html>
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15- A Marseille, la planète se réunit au chevet de la biodiversité, Le JDD, 02/09/21, 06h00
Juliette Demey

Le congrès mondial sur la biodiversité à Marseille va élaborer une stratégie de protection pour quatre ans.
Une espèce de mammifère sur quatre menacée. Une sur huit chez les oiseaux… Comment mettre fin à ce déclin alarmant ? À partir de vendredi et jusqu'au 11 septembre, la planète va se porter à leur chevet, à l'occasion du congrès de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), à Marseille. Inauguré par Emmanuel Macron, il réunira des représentants des gouvernements, des collectivités, des entreprises et de la société civile, des scientifiques et des ONG et doit aboutir à l'élaboration de l'action stratégique à mener en faveur de la biodiversité pour quatre ans.
Éviter les "parcs de papier"
Les quelque 1.400 organisations membres de l'UICN ont déjà adopté 109 recommandations, dont 14 proposées par le comité français : conservation des grands singes, traitement des crimes environnementaux, financements consacrés à la biodiversité dans les pays en développement, lutte contre la pollution plastique en mer… Dix-neuf autres motions restent en discussion, notamment sur la protection des mammifères marins et des forêts anciennes en Europe ou sur la réduction de l'impact de l'industrie minière. "S'y ajouteront des motions d'urgence, dont une sur le lien entre la santé et l'environnement, avec la mise en place de programmes de recherche sur les zoonoses", indique Maud Lelièvre, la présidente du comité français de l'UICN.
Au-delà des bonnes intentions, certains textes contraignants engageront les États. Mais les ONG rappellent que les précédents objectifs, fixés en 2010 pour 2020, n'ont pas été atteints. La question du financement devrait s'inviter à Marseille, l'UICN plaidant pour que 10 % des 13 000 milliards de dollars de la relance mondiale post-Covid soient consacrés à la nature. Un récent rapport du WWF a conclu que, en mettant fin aux 500 milliards de dollars de subventions publiques mondiales versées chaque année pour des activités "dommageables à la nature", on créerait près de 39 millions d'emplois "verts" par an.
Le bilan du congrès de l'UICN influencera aussi les négociations de la prochaine conférence de l'ONU sur la biodiversité, la COP15. Prévue en avril 2022 en Chine, celle-ci doit permettre aux États de s'accorder sur un cadre mondial jusqu'en 2030. Avec un objectif ambitieux : que 30 % de la surface de la planète soit protégée en 2030, quand seulement 15,7 % des terres et 7,7 % des mers le sont aujourd'hui. "Pour l'UICN, au-delà de l'augmentation de cette superficie, il est tout aussi important que ces aires soient efficacement gérées, en impliquant les populations", insiste Maud Lelièvre. Éviter les "parcs de papier", c'est le but de la liste verte, dans laquelle l'instance valorise les sites affichant une bonne gouvernance.
Un effet carte postale
La France sera en première ligne. Emmanuel Macron a déjà annoncé sa volonté de devancer l'horizon onusien et de protéger 30 % de son territoire dès 2022 (l'Hexagone y est presque), dont 10 % sous "protection forte" (moins de 1 % aujourd'hui). "Réunir des sanctuaires cartes postales, pointe Pierre Cannet, du WWF, ça n'a pas de sens si on ne s'attaque pas aux causes de l'effondrement de la biodiversité : le modèle agricole, la surexploitation des ressources, les pollutions d'origine humaine…" La crainte ? Que l'objectif de 10 % pousse à étendre ces aires dans des zones isolées peu représentatives de la variété des écosystèmes, plutôt que sur le littoral métropolitain, où l'activité est dense. Aujourd'hui, 0,1 % de la façade méditerranéenne seulement est sous "protection forte". D'autres redoutent que ces zones déjà exemplaires, à l'image du parc marin de la Côte bleue, soient encore étirées. Au risque de rompre le fragile équilibre qui a permis leur réussite.
<https://www.lejdd.fr/Societe/a-marseille-la-planete-se-reunit-au-chevet-de-la-biodiversite-4064076>
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16- Le Parc marin de la Côte bleue, une aire protégée qui associe les pêcheurs à sa gestion, Le JDD, 02/09/21, 08h00
Juliette Demey

Les pêcheurs sont associés à la gestion de cette aire protégée créée il y a près de quarante ans et citée en exemple à l'étranger. Dans ce laboratoire marin, il y a plus de poissons et de crustacés que dans les eaux alentour non sanctuarisées.
Comme des parents affichant le diplôme de leur enfant, l'équipe a placé le document à l'entrée des locaux du Parc marin de la Côte bleue, à deux pas de la plage de Carry-le-Rouet. Il atteste son inscription depuis 2018 sur la liste verte de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ce label valorise l'efficacité de la gouvernance et de la gestion de certaines aires protégées. Seuls 59 sites dans le monde en sont titulaires, dont 22 en France. Pour les huit employés du parc, c'est la reconnaissance d'un travail de près de quatre décennies avec les pêcheurs et les collectivités.
Des collines de garrigue et de pins succèdent à des criques plongeant vers l'azur. Depuis ces rivages entre Marseille et Fos-sur-Mer, grignotés par les routes et les constructions, rien ne permet de visualiser l'aire protégée. Si les gens du coin connaissent bien le parc – 27 000 élèves y sont venus –, le visiteur doit imaginer ses frontières. Soit une bande côtière de 9.873 hectares, comportant deux réserves "dures" interdites à toute activité humaine au large de Carry-le-Rouet et de cap Couronne. Le tout s'inscrit dans une zone Natura 2000 plus vaste
L'une des clés de cette "success story" locale citée en exemple à l'étranger tient à la volonté originelle de Frédéric Bachet, le créateur du parc en 1983, d'associer les pêcheurs aux décisions. Au fil des ans, un dialogue confiant s'est tissé avec la structure (aujourd'hui un syndicat mixte associant la Région, le département et cinq communes), grâce à leurs comités locaux, les "prud'homies" de Marseille et Martigues.
Un suivi scientifique régulier
À la tête de cette dernière depuis trente ans, le pêcheur William Tillet, 76 ans, raconte : "Ça ne pouvait pas se faire sans nous. Hors de question de subir sans donner notre avis. Même si, parfois, on s'est tiré une balle dans le pied !" Comme en 2014, quand les pêcheurs ont eux-mêmes demandé la reconduction des deux réserves ; ou lorsqu'ils se sont imposé des zones de non-prélèvement de corail rouge. "Même si ça nous ajoute des contraintes, cette coconstruction s'est révélée payante", assure le gaillard à barbe blanche.
Alors que peu d'aires protégées évaluent leurs résultats, celle de la Côte bleue l'a fait dès les années 1990 avec un suivi scientifique régulier. "On met des balises, des gardes, et la nature reprend ses droits, constate Éric Charbonnel, coordinateur scientifique. Mais pour bien protéger, il faut bien connaître." Ce "labo en mer ouverte" a livré les premières études démontrant un "effet réserve", grâce à des pêches expérimentales menées tous les trois ans. Conclusion ? Entre 1995 et 2019, le poids moyen de la caisse de poissons a été multiplié par sept dans la réserve de cap Couronne, passant de 21 à 141 kilos ; et celui des poissons a presque triplé ! Ces résultats ont convaincu les marins. La plupart des 45 embarcations de l'aire sont artisanales et vendent "au cul du bateau". "Même en travaillant à l'extérieur de la réserve, on y trouve un avantage, assure William Tillet. Vivre serrés en HLM, les poissons n'aiment pas trop ; dès qu'ils sont trop nombreux, les petits sortent." Éric Charbonnel l'a confirmé : il y a 2,5 fois plus de poissons aux abords de la réserve que dans le reste du parc.
Ces recherches, ainsi que le suivi de 45 espèces – grande nacre, mérou, corb… – ont un impact concret. Elles peuvent conduire à restreindre la période de la pêche aux oursins et à limiter les dérogations attribuées. Mais elles permettent aussi de prouver la bonne santé de la langouste, de montrer que le corail rouge n'est pas en danger ou d'expliquer pourquoi certains poissons changent d'habitat. Grâce à ces échanges, les pêcheurs ont adopté des filets qui ne tranchent plus les herbiers de posidonies et des bouées de mouillage qui ne raclent pas les fonds. Les poissons apprécient. "C'est gagnant-­gagnant", juge William Tillet.
Le fléau de la pêche récréative
Cette richesse sous-marine attise les convoitises et demeure menacée : pollution, braconnage… Des récifs artificiels défensifs ont été immergés pour protéger les réserves. On y retrouve parfois un panneau de chalut, coincé. "Si les gars acceptent de perdre 15 000 à 20 000 euros de matériel, soupire William Tillet, c'est qu'un passage leur rapporte bien plus." En 2010, en deux nuits, la totalité d'une fraie de loups, des bars en pleine reproduction, a été prélevée dans le parc. Dix-sept tonnes envolées. "Plus du double d'une année complète de nos 40 bateaux", s'indigne le pêcheur.
Le parc marin, avec son maigre budget de 400 000 euros et ses deux embarcations, parvient à ­assurer plus de deux mille heures de surveillance par an. Malgré l'appui des sémaphores et des "sentinelles" de la mer, pêcheurs et particuliers, la lutte se révèle ardue, les Affaires maritimes devant constater les infractions en flagrant délit (83 en 2020). "Certains ignorent juste les règles, explique Alizée Angelini, qui a succédé à Frédéric Bachet à la direction. D'autres savent bien ce qu'ils font avec des harpons dans la réserve, et ça finit au tribunal."
À ce fléau s'ajoute la concurrence nouvelle de la pêche récréative. Une pratique qui menace désormais l'écosystème : sur la bande côtière, les plaisanciers prélèvent chaque année 53 tonnes de poissons (contre 60 tonnes pour les ­professionnels), bien souvent trop petits pour ­garantir la reproduction des espèces. Alors que le parc accueillera le 6 septembre l'annonce des prochains lauréats de la liste verte de l'UICN, pêcheurs et défenseurs de la nature comptent mettre à profit ce coup de projecteur. Et réclamer en urgence la réglementation de cette pêche de loisir, d'une même voix.
<https://www.lejdd.fr/Societe/le-parc-marin-de-la-cote-bleue-une-aire-protegee-qui-associe-les-pecheurs-a-sa-gestion-4064070 <https://www.lejdd.fr/Societe/le-parc-marin-de-la-cote-bleue-une-aire-protegee-qui-associe-les-pecheurs-a-sa-gestion-4064070>>
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17- Reportage. Au pied du Vercors, le long combat pour restaurer la continuité écologique, Le Monde, 02/09/21, 10h08
Perrine Mouterde, Vallées du Grésivaudan (Isère) et du Champsaur (Hautes-Alpes), envoyée spéciale

La fragmentation des habitats est la première cause d’érosion de la biodiversité. Pour y remédier, des territoires restaurent et préservent des corridors biologiques.
Les falaises du massif de la Chartreuse et celles du Vercors se font face, plongeant dans la vallée du Grésivaudan en Isère. Entre les deux s’entremêlent sur quelques kilomètres deux branches d’autoroutes, deux départementales, une voie ferrée et une zone industrielle. Le résultat de décennies d’urbanisation, et autant d’obstacles infranchissables pour une grande partie de la faune et de la flore.
Dans le secteur de La Buisse pourtant, des crottes de renards, des nids de musaraignes et des mues de couleuvres témoignent d’un va-et-vient fréquent : ici, un pont entièrement végétalisé enjambe l’A48. A ses extrémités, le passage de ragondins dessine un sillon dans les broussailles.
La construction de cet ouvrage, qui s’est achevée en 2019, est l’aboutissement de longues années de travail et de discussions. Son objectif : défragmenter l’espace pour permettre aux animaux et aux plantes de circuler en restaurant des continuités écologiques.
La disparition des habitats et leur morcellement ont été identifiés par les experts de la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) comme la première cause d’érosion de la biodiversité.
« Historiquement, on a d’abord préservé des espaces patrimoniaux exceptionnels, retrace Fabien Paquier, chargé de mission Trame verte et bleue à l’Office français de la biodiversité. Puis, peu à peu, mais assez récemment, on s’est dit qu’il fallait aussi préserver les espèces qui y vivent et qui, comme nous, sont amenées à se déplacer. » Un corpus d’études a démontré que les populations, aussi bien animales que végétales, ont un besoin vital d’espace pour se nourrir, se reposer, s’accoupler et maintenir leur diversité génétique. Plus un habitat est petit et isolé, moins les espèces seront nombreuses et variées.
Dix sites prioritaires
En Isère, Jean-François Noblet est l’un des premiers à s’être intéressé aux corridors biologiques. Dans les années 1990, ce naturaliste autodidacte travaille au conseil général. A l’époque, il a le sentiment d’avoir « à peu près sauvé les meubles » en matière de protection de l’environnement mais il s’interroge : sans relations entre les différentes aires protégées, tous ces efforts ne sont-ils pas vains ?
Au début des années 2000, il convainc le département de se saisir du dossier à bras-le-corps. Un cabinet d’études suisse est mandaté pour réaliser la première cartographie des continuités écologiques de l’Isère. L’initiative est alors inédite en France. « La liberté de circuler est essentielle d’un point de vue biologique, insiste Jean-François Noblet, coprésident de l’association Le Pic vert. La flore se déplace avec le vent, les ruisseaux, les animaux. Une libellule ne traversera jamais une route si le bitume est noir et chaud. Une chauve-souris qui longe une lisière, s’il y a plus de 100 mètres entre deux arbres, elle risque de faire demi-tour… »
L’étude permet d’identifier les principaux points de conflits et de définir dix sites sur lesquels agir en priorité. Dans le nord du département, le site du Grand-Lemps est l’un d’entre eux. Ici, la route départementale a été le théâtre d’un massacre à répétition : pendant des années, jusqu’à 3 000 amphibiens par jour pouvaient être écrasés par des voitures lorsqu’ils quittaient la forêt pour aller pondre dans la tourbière de la réserve naturelle, située de l’autre côté de l’asphalte.
En 1996, la réserve ne compte plus que 1 300 amphibiens. Un peu moins et la population locale n’aurait plus été viable. Pendant plusieurs années, des bénévoles vont alors s’occuper de faire traverser la route à ces crapauds, grenouilles, tritons et salamandres. Pendant un mois, ils tendent des filets qui concentrent les animaux dans des seaux. Et chaque matin, ils vident les seaux de l’autre côté de la départementale. En 2003, la population atteint 23 000 individus. « Les amphibiens n’arrêtent pas de circuler entre les mares pour des échanges de reproduction, pour connaître leur territoire, explique Grégory Maillet, le conservateur de la réserve. Ce n’est pas comme dans un aquarium ! »
Nombreux aménagements
Depuis 2004, un passage à petite faune a remplacé seaux et filets. Les amphibiens tombent dans un caniveau en béton de 40 centimètres de haut et près d’un kilomètre de long réalisé le long de la route – le premier d’Isère et le plus long de France. Tous les cinquante mètres, un tunnel leur permet de traverser. Depuis, les observateurs ont vu revenir des couleuvres à collier et des circaètes Jean-le-Blanc, très rares en Isère. « Les amphibiens sont un maillon sur lequel on peut intervenir et qui font fonctionner les écosystèmes, note Grégory Maillet. Souvent on essaie de justifier ce type d’ouvrage, pour des raisons de sécurité routière par exemple, mais on pourrait aussi se dire que ces animaux ont le droit de vivre… »
En vingt ans, de nombreux aménagements ont été réalisés en Isère. Des caméras qui détectent le mouvement et la chaleur déclenchent des panneaux lumineux incitant les automobilistes à ralentir lors de passages d’animaux, évitant ainsi des dizaines de collisions. Des ponts peu fréquentés sont en partie végétalisés et opacifiés. Pour aider les écureuils, Le Pic vert récupère des cordes d’escalade qui sont accrochées entre des arbres au-dessus des routes.
Le cadre réglementaire et juridique a également évolué. Après le Grenelle de 2007, la notion de corridor écologique a été traduite dans le code de l’urbanisme et dans celui de l’environnement en 2010. « La loi dite de Grenelle 2 crée la politique de Trame verte et bleue, qui s’inscrit dans les grandes orientations nationales et dans les schémas régionaux, précise Fabien Paquier. C’est une notion qui s’applique à différentes échelles. » Dans sa stratégie de biodiversité, l’Union européenne affirme également la nécessité de mieux connecter les aires protégées.
Grignotage des espaces
A deux heures de route des crapauds du Grand-Lemps, les falaises du massif des Ecrins et celles du Dévoluy, territoires du bouquetin et du vautour, plongent face à face dans la plaine du Champsaur. Entre les deux s’étale le plus grand bocage des Alpes. Des haies de frênes, trembles ou saules bordent de petites parcelles de luzerne ou de blé sur une vingtaine de kilomètres. Un exemple presque parfait de corridors écologiques, les haies étant particulièrement favorables, notamment, au déplacement des espèces.
Dans cette zone rurale, qui fait partie de l’aire d’adhésion du parc national des Ecrins, les pressions sur les habitats sont bien moins fortes que dans des régions urbanisées. Mais la lutte contre la fragmentation des espaces reste un enjeu majeur.
En tant que gestionnaire, le parc a pu solliciter des subventions européennes ou régionales pour les agriculteurs en contrepartie du maintien des haies. « Cultiver cinq parcelles de la taille d’un timbre-poste est toujours plus compliqué et plus cher qu’exploiter un grand carré, explique Julien-Pierre Guilloux, chargé de mission eau et forêts du parc. On passe notre temps à demander des sous pour conserver l’existant ! Même ici il y a des phénomènes de concentration et de pressions économiques. »
Dans le hameau du Villardon, un agriculteur a installé un drain dans une immense zone humide pour y faire pâturer ses moutons. Des saules ont également été plantés. Résultat : le niveau d’eau baisse et des espèces disparaissent. « C’est un exemple typique. Petit à petit on morcelle cet habitat, regrette Julien-Pierre Guilloux. On entend parler tous les jours du réchauffement. Bien sûr ça entraîne énormément de problèmes, mais le principal, c’est le grignotage des espaces autour des villes. Maintenir ces habitats passe par des règles d’urbanisme pour cesser l’artificialisation, et par des mesures agricoles. »
Combat quotidien
Chaque année, ce membre de l’équipe du parc des Ecrins rédige des dizaines d’avis et de recommandations concernant des nouveaux projets d’aménagement. En Isère aussi, le combat est quotidien. Près du corridor du Grésivaudan, il a fallu convaincre le syndicat des berges d’arrêter de raser les prairies en pleine période de reproduction. S’assurer qu’une nouvelle entreprise ne s’implanterait pas trop près.
> Lire aussi Le Vercors en pentes douces
Dans la réserve du Grand-Lemps, les effectifs d’amphibiens sont en baisse en raison du dérèglement climatique et d’importantes coupes de bois réalisées à proximité. « Le passage à petite faune, ça fait au moins une peine en moins… », glisse Grégory Maillet. Le conservateur a convaincu un charpentier de racheter la forêt qui surplombe la route afin de la préserver. La SNCF va cesser de traiter le ballast de la voie ferrée, les herbicides pouvant être mortels pour les crapauds, et un nouveau passage à petite faune vient d’être achevé sous une seconde départementale. « Quand on résout un point de conflit, il faut ouvrir les yeux et voir si c’est pérenne, note Anne-Sophie Croyal, coordinatrice des espaces naturels sensibles du Sud Isère et spécialiste des corridors écologiques. Ça ne sert à rien de faire un ouvrage perméable si derrière il y a un mur. Il faut regarder ce qui se passe autour, prendre de la hauteur pour voir jusqu’où emmener les animaux. »
Sur les pièges photographiques installés au pied du massif du Gioberney, au fin fond de la vallée du Valgaudemar, les équipes des Ecrins voient passer martres, fouines, cerfs, faons, randonneurs… et loups. Plusieurs meutes sont désormais installées dans le massif. Elles n’ont pas réellement besoin de corridors, les loups parvenant toujours à trouver un chemin pour passer. Derrière le grillage de l’autoroute A48, en revanche, au niveau de la trouée de Colombe, dans la plaine de Bièvre, des chamois restent régulièrement coincés, parfois pendant des semaines. Impossible de passer. La réalisation d’un passage à faune par le concessionnaire AREA est désormais le combat prioritaire d’un certain nombre d’acteurs isérois, dont Le Pic vert. « Il va falloir tordre le bras à AREA, remarque Grégory Maillet. Mais cela permettrait de réconcilier toute la Chartreuse à la vallée du Rhône ! L’élan est de retour en Allemagne, d’ici trente ans on pourrait peut-être en voir ici… »
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/02/au-pied-du-vercors-le-long-combat-pour-restaurer-la-continuite-ecologique_6093069_3244.html>
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18- Entretien. « Il faut amener chacun à reprendre contact avec le vivant », Le Monde, 02/09/21, 10h31 
Propos recueillis par Perrine Mouterde

Pour l’océanographe François Sarano, l’école doit jouer  « un rôle fondamental » en amenant les plus jeunes sur le terrain. 
Il nage régulièrement avec des cachalots, auxquels il a donné des noms. Il plonge avec des baleines et des grands requins, a travaillé treize ans aux côtés du commandant Jacques-Yves Cousteau. L’océanographe François Sarano plaide aujourd’hui pour réconcilier les hommes avec la vie sauvage, seul moyen, selon lui, de leur faire prendre conscience de l’urgence à protéger le vivant. Cofondateur de l’association Longitude 181, qui œuvre à la préservation des océans, il participe au congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), organisé du 3 au 11 septembre à Marseille.
Que faut-il attendre d’un congrès comme celui de l’UICN ?
Il est toujours utile de se retrouver, d’échanger, de faire le point. Et, lors de ces congrès, un certain nombre de politiques se sentent le devoir de faire de grandes annonces – qui sont toujours de petites choses. Ces rendez-vous sont donc nécessaires, mais ils ne sont jamais à la hauteur. J’ai vécu avec douleur le Sommet de la Terre de Rio, en 1992 : 125 chefs d’Etat sont là, tout le monde signe une grande déclaration. A ce moment-là, on croit qu’on va changer le monde. Et rien ne se passe. Après ça, on est un peu réservé sur les grands colloques. Surtout que celui-ci n’est pas à la hauteur des grandes conférences mondiales comme Rio.
La COP15 sur la diversité biologique est reportée en 2022…
Mais on aura la COP58 et on en sera toujours au même point ! On sait. Cela fait quarante ans que l’on sait, que les chefs d’Etat savent. Visiblement, le discours de la raison ne fonctionne pas. Les arguments raisonnables, les statistiques, les alarmes qui sont tirées par des gens compétents ne sont pas écoutés.
> Lire aussi  Restaurer 20 % des écosystèmes, réduire massivement l’impact des pesticides… 21 cibles pour préserver la biodiversité
Quel message allez-vous donc porter lors du congrès ?
D’abord, mon message ne s’adresse plus aux politiques, ni à ceux qui font partie des grandes autorités : il s’adresse au public. Il est nécessaire qu’il y ait un socle de gens déterminés et qui croient au changement ; or, aujourd’hui, ce socle n’est clairement pas assez important. Donc il faut convaincre davantage de citoyens.
Et je ne leur parlerai pas de chiffres : 200 000 tonnes de plastique déversées chaque année dans la Méditerranée, qu’est-ce que ça veut dire ? Mon cerveau ne sait pas. Je ne change pas parce que je sais ça. Je vais en revanche essayer de leur montrer la richesse, la paix, le bonheur que peut apporter la rencontre avec le sauvage. Leur montrer que composer avec les autres vivants est extrêmement positif. Quand je décris une baleine qui danse, quand je parle des perles d’eau sur les feuilles le matin, je parle aux sens. On a besoin de récits différents, d’éprouver le monde différemment. Dans les villes, on est en hors-sol, on n’a plus de racines. Il faut amener chacun à reprendre contact avec le vivant.
Concrètement, comment faire ?
Dans un congrès, on ne peut que tenter d’émerveiller les gens par des mots et les convaincre d’aller éprouver par eux-mêmes la nature qui les entoure. Petit à petit, en ayant goûté à cette paix qu’offre le vivant, ils pourront aller plus loin. Le changement global ne peut pas venir s’il n’y a pas de socle pour l’accueillir. Et le socle c’est soi, un soi exemplaire et contagieux. Je suis persuadé du pouvoir de la contagion.
Tout le monde ne peut pas nager avec des dauphins…
Bien sûr que je suis heureux de côtoyer les grands requins, les cachalots, les baleines. Mais venez dans mon jardin : on va plonger avec les batraciens, regarder les métamorphoses des têtards, observer des crapauds accoucheurs extraordinaires… Ici, il y a des dizaines de mésanges. Quand on prête attention, on reconnaît des espèces, puis on peut essayer de distinguer la singularité de chacun. On voit facilement celle de nos animaux de compagnie, seule notre myopie nous empêche de voir celle des mésanges.
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Prêter attention permet de découvrir la singularité non seulement des animaux ou des végétaux, mais aussi des humains. Tout à coup, les migrants deviennent Paul, Pierre, Reza, Mohammed. Ces singularités sont des émerveillements. Je ne peux pas regarder dans les yeux Paul qui a une histoire dramatique sans lui tendre la main. Par contre, 350 personnes qui viennent de se noyer en Méditerranée, ce sont des personnes et un chiffre.
Nous ne sommes plus assez attentifs au monde ?
Autrefois il y avait des mésanges, des rouges-gorges, des rouges-queues, des rousserolles, des pouillots véloces. Aujourd’hui il y a des « oiseaux ». Il y a une formidable perte de diversité des espèces, pas seulement pour de vrai, mais aussi dans nos têtes. On connaît tous les Pokémon, mais on ne sait pas reconnaître un goujon d’une grémille, une alose d’un mulet. Quelle régression ! Un jour, à Nice, une plage a été fermée parce que deux ailerons avaient été aperçus. Mais c’était une raie mobula, ce qu’il y a de plus beau à voir sous l’eau. On est tellement déconnectés du monde vivant qu’on en arrive à s’étonner qu’il y ait des poissons dans la mer.
Au-delà du niveau individuel, ne faut-il pas agir de façon plus globale ?
Des politiques publiques sont absolument nécessaires. Il faut battre la campagne, emmener les gens en forêt, dans les prairies, les rivières, pour leur faire toucher la richesse de la nature. L’école doit jouer un rôle fondamental, il faut apprendre les pieds dans l’herbe mouillée. Et cette politique qui amènerait chaque enfant, chaque adolescent, chaque étudiant sur le terrain doit être adossée à une politique publique de nature. Aujourd’hui, on nous octroie quatre réserves, ça ne suffit pas.
Il faut donc plus de réserves ?
Il en faut plus, il faut y interdire tous les prélèvements, mais il faut les ouvrir à tout le monde. Elles ne doivent pas être réservées à quelques scientifiques ou privilégiés, comme moi, c’est une erreur majeure. S’il y a trop de monde, multiplions les réserves !
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N’y a-t-il pas de réels problèmes de fréquentation ?
Le parc national de Port-Cros est surfréquenté ? Mais c’est l’endroit le plus riche de Méditerranée ! On peut y voir huits cents mérous, des daurades énormes. Si on veut que Port-Cros soit moins visité, faisons en sorte que tout le littoral français soit comme Port-Cros. Et pour cela, il ne faut pas diminuer le nombre de touristes, il faut diminuer les prélèvements.
Arrêter les prélèvements, cela veut dire limiter la pêche. C’est compliqué…
Il y a vingt ans, nous avons proposé la création d’unités d’exploitation et de gestion concertée. D’abord, il faut arrêter de mettre les pêcheurs en concurrence, pour qu’ils puissent, en concertation, prélever le juste volume sur une population qui se renouvelle, sans aller au-delà. Ce travail de gestion doit être rémunéré. Transformons les subventions européennes calamiteuses en salaires. Ça change tout, et les types se redressent : on ne nous octroie plus des subventions pour survivre, nous travaillons et nous sommes rémunérés pour gérer le bien commun que sont les populations de poissons, c’est formidable !
La condition de cette rémunération, c’est évidemment de présenter un bilan de gestion positif, c’est-à-dire que la population exploitée ne doit pas s’effondrer mais se renouveler. Et les pêcheurs doivent travailler ensemble pour que l’impact de leurs engins sur l’écosystème diminue chaque année.
Vous dites que vous êtes un converti, pourquoi ?
Jeune, j’ai fait des choses terribles. J’ai été chercher du corail… Je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Les pholades sont des sortes de coquillages qui creusent dans le calcaire et sont en danger critique d’extinction. Moi je cassais les rochers pour les manger.
Qu’est-ce qui vous a fait évoluer ?
Ma rencontre avec l’équipe de la Calypso, Cousteau, les pêcheurs. Ma première mission sur la Calypso, c’était à Haïti. Tout de suite, on comprend le lien entre dégâts écologiques et misère, même s’il y a d’autres raisons à la misère. Et on se dit, pour qui j’agis ? Qu’est-ce qui donne un sens au monde ? Je suis amoureux des requins blancs et des cachalots, mais ce sont les humains qui donnent le sens au monde. C’est nous qui avons conscience de tout ça. Cette conscience de l’histoire du monde nous donne une responsabilité formidable, qui est de respecter cette diversité. C’est ce qui constitue notre singularité, notre humanisme.
Et quand avez-vous pris conscience de l’érosion de cette biodiversité ?
Lors du tournage du film Océans [sorti en 2010], nous voulions aller filmer le dauphin du Yangzi Jiang. Nous avons tergiversé, nous n’y sommes pas allés, et en 2007 il a été déclaré éteint. Vivre en direct cette disparition m’a beaucoup frappé. Dans les années 1980, nous écrivions déjà pour dire « il ne reste que 20 000 dauphins, attention », puis « il reste 2 000 dauphins »… Et nous n’avons rien fait, personne n’a rien fait. Cela prouve encore une fois l’inanité des chiffres. Mais si les gens avaient nagé avec cet animal, avaient profité de son regard, de sa souplesse incroyable, je suis sûr qu’ils auraient essayé de le sauver.
L’érosion est aussi très marquée en Méditerranée…
Dans mes carnets de plongée d’il y a cinquante ans, j’avais des tapis de roussettes et d’autres requins qui étaient assez abondants, et qui ont disparu. Mais j’ai aussi vécu le retour des poissons à Port-Cros, celui des grandes baleines et des cachalots ailleurs. Sur la Calypso, on ne pouvait pas plonger avec les cachalots. Quarante ans après le moratoire sur la chasse, non seulement c’est possible, mais en plus on connaît les histoires individuelles de chacun.
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Est-ce grave, qu’une espèce disparaisse ?
Soyons clairs, tout le monde s’en fout. Qui sait que le dauphin du Yantzé a disparu ? On me demande : « Qu’est-ce que cela va changer quand il n’y aura plus de requins ? » Mais il n’y a déjà plus de requins blancs en Méditerranée ! Ça ne change rien et ça change tout, c’est ça le paradoxe. Fondamentalement, la vie est plus forte que tout ça et, en même temps, on sent confusément que c’est catastrophique.
Allons plus loin : si le Louvre ou la grotte Chauvet disparaissait, cela ne changerait pas votre vie non plus. Mais chaque fois que nous écrasons une population, une œuvre d’art, on perd ce qui fait la richesse du monde. Parce qu’en définitive, qu’est-ce qui objectivise véritablement l’évolution créatrice ? C’est la diversité des espèces et des cultures. L’histoire du vivant, c’est l’histoire de la diversification. On part de un, et on arrive à des millions d’espèces, qui chez l’homme se prolongent par des milliers de cultures. Lorsque nous, humains, provoquons leur disparition de façon consciente, nous contribuons à l’involution et à la régression générale.
Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir ?
D’abord, je ne me soucie pas d’avoir de l’espoir. Je ne veux pas avoir à dire à ma petite-fille : « Je savais mais je n’ai rien fait. » Donc, espoir ou pas, je trace. Mais, en secret, je vois la résilience fabuleuse de la vie marine, dès que l’on relâche la pression. Il est ultra-facile d’offrir à nos enfants un océan incomparablement plus riche que celui que nous connaissons ! Les exemples sont là : les cachalots montrent que la préservation spécifique fonctionne, et Port-Cros montre que la mise en réserve régionale fonctionne. Alors, arrêtons de tergiverser !
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/02/il-faut-amener-chacun-a-reprendre-contact-avec-le-vivant_6093114_3244.html>
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19- Les mammifères marins et les vieilles forêts au cœur des débats de l’UICN, Le Monde, 02/09/21, 10h44 
Perrine Mouterde

L’adoption d’une vingtaine de propositions importantes et controversées doit être négociée au cours du congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui s’ouvre le 3 septembre à Marseille. 
Sauver les loutres, définir le réensauvagement, prendre en compte l’impact du changement climatique sur l’océan, promouvoir des pratiques minières durables en Afrique… Avant même l’ouverture du congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), vendredi 3 septembre, 109 motions ont déjà été adoptées. Ces résolutions et recommandations, qui émanent des membres de l’organisation, sont appelées à fixer le cadre de la politique internationale de protection de la nature.
Depuis mai 2019, Etats, scientifiques et organisations de la société civile et des peuples autochtones ont élaboré conjointement ces propositions. L’ensemble du réseau a ensuite échangé et débattu afin de parvenir à un consensus, formalisé par un vote électronique. « Cette co-élaboration et cette codécision font l’originalité et la force de l’organisation », estime Sébastien Moncorps, le directeur du comité français de l’UICN. « Lors des COP, ce sont les Etats qui sont autour de la table et les observateurs ont peu la parole. A l’UICN, chacun peut s’exprimer au même niveau, que ce soit une petite ONG d’un pays du Sud qui s’occupe de protéger quelques espèces ou un grand pays », ajoute Bruno Oberle, son directeur général.
Echouages massifs
Pour être adoptée, une motion doit être approuvée à la majorité des voix de chaque chambre, l’une réunissant Etats et agences gouvernementales, l’autre ONG, associations et peuples indigènes. Si ces résolutions n’ont pas de caractère contraignant, elles participent à influer sur les politiques mises en œuvre. Depuis la première assemblée générale de l’UICN en 1948, elles ont notamment conduit à la mise en place de plusieurs conventions internationales et à la définition de grands principes, qui sont ensuite utilisés dans des textes juridiques et techniques.
> Lire aussi  Les nouvelles priorités de la politique mondiale pour sauver la biodiversité en discussion
Outre les propositions déjà adoptées, 19 motions doivent être débattues lors du congrès de Marseille. Ces textes, qui sont les plus importants et les plus controversés, portent sur la protection des lanceurs d’alerte, la prise en compte du point de vue des peuples autochtones, la protection des océans ou encore la biologie de synthèse.
Le comité français de l’UICN, de son côté, souhaite défendre quatre sujets d’intérêt mondial mais ayant un écho particulier au niveau national. D’abord, une proposition visant une meilleure protection des mammifères marins, alors qu’une espèce sur quatre est menacée d’extinction. En France, les échouages massifs de dauphins et autres cétacés se répètent année après année sur la côte Atlantique, sans qu’aucune inversion de tendance ne se dessine et alors que le gouvernement a jusqu’ici refusé toute fermeture temporaire de la pêche.
Deux motions urgentes
Le comité plaide également pour une meilleure planification de l’espace maritime (la France disposant du deuxième espace littoral au monde), notamment pour que les enjeux liés à la biodiversité soient davantage pris en compte dans le développement de l’éolien en mer. « L’impact des parcs offshore va s’ajouter à d’autres impacts déjà existants. Il faut qu’on ait une meilleure connaissance de ces effets cumulés », explique Sébastien Moncorps. Le 28 août, le premier ministre, Jean Castex, a annoncé le lancement d’un nouveau programme d’études sur le sujet et la création d’un observatoire national de l’éolien en mer.
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Une troisième proposition vise à mieux protéger les vieilles forêts d’Europe et à faciliter leur restauration, ce qui implique d’abord de les définir et de les cartographier. En 2018, des chercheurs ont estimé que les forêts primaires – c’est-à-dire sans traces visibles d’activités humaines – représentaient moins de 1 % du couvert forestier européen et qu’une grande partie d’entre elles n’étaient pas protégées de façon forte.
Le comité français défendra une quatrième motion visant à réduire les impacts de l’industrie minière sur la biodiversité. Il soumettra par ailleurs à l’ordre du jour deux motions « nouvelles et urgentes », l’une appelant à prendre en compte les liens entre apparition de pandémies et dégradation de l’environnement ; la seconde affirmant que la crise de biodiversité est aussi une crise éthique qui nécessite de repenser notre rapport avec le vivant.
<https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/02/les-mammiferes-marins-et-les-vieilles-forets-au-c-ur-des-debats-de-l-uicn_6093118_3244.html>
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20- UICN : pour les lions et guépards, une "liste rouge" pas si protectrice, AFP, 02/09/21, 14:00
Marlowe Hood

Si la "liste rouge" des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature fait autorité dans le monde, elle ne reflète pas forcément la vulnérabilité réelle de certains animaux, comme les grands fauves d'Afrique, selon certains experts.
Un des temps forts du congrès mondial de l'UICN, qui se réunit à partir de vendredi à Marseille, sera la mise à jour de cette fameuse liste, qui classe les espèce en danger en sept catégories, de "préoccupation mineure" au définitif "éteinte". 
Elle répertoriait dans sa dernière version 138.374 espèces, dont 38.543 menacées d'extinction. Or la place d'une espèce sur la liste peut avoir d'importantes conséquences en termes de mesures de protection comme de financements.
Prédateurs emblématiques de la savane africaine, lions et guépards ont été chacun reconduits en 2014 comme "vulnérable", la plus basse des trois catégories d'espèces "menacées". Classement qui ne devrait pas être réévalué à Marseille.
"Mais ne vous y trompez pas. Vulnérable signifie bien qu'une espèce est menacée," insiste Sarah Durant de l’institut de zoologie de Londres et membre du groupe spécialisé de l'UICN sur les félins. "Mais je pense que les guépards devraient être classés +en danger+", niveau directement supérieur.
Avec d'autres spécialistes, elle a co-signé une étude en ce sens, argumentant que cette catégorisation, basée sur des critères identiques pour toutes les espèces, ne prend pas assez en compte les spécificités de certaines d'entre elles.
- Limaces et éléphants -
"La liste rouge couvre un spectre allant des limaces de mer aux éléphants, beaucoup de nuances ne sont pas prises en compte", résume-t-elle.
Ainsi, la population totale de guépards est estimée avoir baissé de quelque 30% en 15 ans, soit trois générations pour ces animaux, pour s'établir à quelque 7.000 individus. Une chute impressionnante, mais loin du seuil de 50% fixé pour un passage à la catégorie "en danger".
Sans compter que ces chiffres sont sans doute sous-estimés, selon la spécialiste. Le comptage se fait très majoritairement dans des espaces protégés, parcs naturels ou réserves. Mais la majorité de ces félins solitaires est estimée vivre dans des zones non surveillées, où les territoires sont de plus en plus fragmentés et où les félins sont confrontés à l'activité humaine et à la baisse du nombre de leurs proies.
Conséquence, "nous mesurons le déclin de la population dans les zones où les félins se portent en fait le mieux", souligne le professeur Durant. Sur le long terme, le tableau est encore pire: la population totale de guépards a chuté de 90% et le félin le plus rapide au monde n'occupe plus que 10% des territoires où il était présent, de l'Afrique à l'Asie centrale. "Un déclin catastrophique" pour la zoologue.
La situation des lions n'est pas beaucoup plus reluisante, même si leur population globale est estimée à plus de 20.000 individus, selon Paul Funston, directeur du programme Lion à l'ONG Panthera.
Un recensement en 2014 a calculé que ce chiffre avait chuté de 43% en 21 ans, soit trois générations pour le "roi de la savane". A quelques points du seuil de classement "en danger".
- "Moins que prévu" -
Les compter n'est pas beaucoup plus aisé que les guépards, même s'ils vivent en groupe et quasi exclusivement dans des zones protégées. Et "à chaque fois qu'on observe dans le détail, on en trouve moins que prévu," explique Paul Funston à l'AFP. 
Ainsi dans le sud de l'Angola, où il a mené en 2017 une étude dans deux parcs nationaux dont la population de lions a été estimée autour d'un millier par les autorités. "En fait, ils étaient si peu nombreux qu'on ne pouvait donner une estimation scientifiquement valable. On a conclu qu'il en restait entre une dizaine et une trentaine".
Principale cause de cet effondrement: le braconnage, des lions eux-même ou de leurs proies.
Quand on lui demande si le lion aurait quand-même dû être classé "en danger" en 2014, l'expert soupire. "Ce processus est si frustrant. Le nombre de lions a chuté de façon catastrophique avant l'établissement de la première liste rouge (en 1964), dont le chiffre est pourtant devenu le mètre étalon".
Mais Craig Hilton-Taylor, directeur du département Liste Rouge de l'UICN, défend le processus. "La liste prend tous ces points en compte. Les critères sont solides", explique-t-il lors d'un entretien en visio. 
Concernant les lions, il reconnait que les --relativement bons-- chiffres des pays d'Afrique australe ont pu faire pencher la balance contre un changement de catégorie. "Je pense qu'avec les tendances actuelles, si les experts refaisaient l'évaluation en se projetant vers l'avenir plutôt qu'en prenant juste en compte le passé, ils pourraient franchir ce seuil".
<https://information.tv5monde.com/info/uicn-pour-les-lions-et-guepards-une-liste-rouge-pas-si-protectrice-422756>
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21- Les enjeux du congrès mondial de la nature de l’UICN, Sciences & Avenir, 02/09/21, 15h24
Loïc Chauveau

Le congrès de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) à Marseille se situe à une année charnière entre le faible bilan de la décennie écoulée en matière de biodiversité et les objectifs à atteindre d'ici 2030 et 2050.
Un congrès pas comme les autres. Le rendez-vous quadriennal de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) qui ouvre ses portes le 3 septembre 2021 à Marseille s’inscrit dans un contexte très particulier. L’épidémie de Covid-19 n’a pas seulement bousculé l’agenda de l’organisation internationale. Elle a démontré avec puissance que des liens perturbés entre l’Homme et la nature lui étaient fortement préjudiciables. Cette zoonose spectaculaire affectant la planète toute entière révèle l’impact que peuvent avoir la déforestation, l’exploitation irraisonnée des espèces sauvages, l’accélération des épidémies provoquées par la vitesse des échanges internationaux. Le constat a été fait dans d’autres enceintes internationales (OMS, PNUE). L’UICN y apporte le savoir des écologues et gestionnaires des espaces naturels.
>> Suite à lire à :
<https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/biodiversite/les-enjeux-du-congres-2021-de-l-uicn_157231>
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22- Tribune. Audrey Azoulay et Bruno Oberle : « Il est encore temps de faire la paix avec notre planète et avec le vivant », Le Monde, 02/09/21, 15h49 
Par Audrey Azoulay, Directrice générale de l’Unesco & Bruno Oberlé, Directeur général de l’UICN

La brutale perte de biodiversité risque d’être irréversible, elle implique de repenser l’ensemble de notre rapport à la nature, relèvent dans une tribune au « Monde », la directrice générale de l’Unesco et son homologue de l’Union internationale pour la conservation de la nature.
Tribune. La planète comme la biodiversité sont proches de points de bascule irréversibles. Tandis que le désastre écologique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité, l’humanité continue de s’enfoncer dans un gouffre qu’elle a elle-même creusé. Le dernier rapport mondial de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), lancé à l’Unesco en 2019, le rappelait déjà : l’activité humaine est responsable de l’altération des trois quarts des écosystèmes terrestres. La « liste rouge » de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) quant à elle montre que de plus en plus d’espèces sont menacées d’extinction.
> Lire aussi  A Marseille, Emmanuel Macron va détailler une « réponse globale » aux problèmes de la ville
Le consensus est désormais complet : notre modèle de développement empoisonne et épuise le vivant. La perte de biodiversité en cours est en effet d’une brutalité inédite et particulièrement inquiétante, se comptant en décennies, là où les précédentes extinctions de masse se déroulaient sur des milliers, voire des centaines de milliers d’années. Mais si nous en avons l’ambition, si nous nous en donnons les moyens, il est encore temps d’enrayer ce mouvement et de faire la paix avec notre planète et avec le vivant. C’est l’objet du Congrès mondial de la nature, qui s’ouvre à Marseille : accélérer et amplifier nos engagements, pour qu’ils soient à la hauteur des périls que nous courons.
Ethique du vivant
La première urgence est de mieux protéger la planète. Seulement 15 % des terres émergées le sont aujourd’hui ; et trop peu le sont de manière efficace. Les Nations unies, sous l’égide de la Convention sur la diversité biologique, ont ouvert la discussion pour parvenir à protéger 30 % de la planète, terres comme mers, d’ici à 2030.
Mais si cet objectif chiffré donne la mesure de notre ambition collective, le choix de ces zones est tout aussi essentiel. Ces 30% doivent être représentatifs, pour être en mesure de préserver l’ensemble des écosystèmes, notamment les plus emblématiques. Il est tout aussi essentiel que les populations locales et autochtones concernées soient étroitement associées et que leurs droits soient reconnus.
Il emporte enfin que les Etats s’engagent davantage pour une gestion et un suivi plus efficaces de leurs territoires. Cela veut dire mieux identifier les menaces qui pèsent sur eux, et prendre des mesures nécessaires pour les affronter, en écoutant le consensus scientifique.
Il s’agit dès lors de réaffirmer la nécessité d’une véritable éthique du vivant de la part des Etats. Cette exigence est d’autant plus pressante pour les écosystèmes qui jouent un rôle d’équilibre majeur pour la biodiversité, à l’image des grands récifs coralliens, notamment en Australie, menacés par le blanchissement des coraux et les dérèglements climatiques. Grâce à ses 714 réserves de biosphère, ses 161 géoparcs mondiaux et ses 218 sites naturels au Patrimoine mondial, l’Unesco protège déjà une superficie équivalente à la Chine, avec l’appui de l’UICN, dans le cadre d’une riche coopération qui remonte à l’origine de nos deux institutions.
> Lire aussi  « L’Amazonie brésilienne n’assure plus son rôle de poumon de la planète »
A Marseille, nous nous engageons à renforcer notre effort pour la gestion et la protection de ces territoires et à doubler, d’ici à 2030, la superficie de nos aires protégées. Mais protéger 30 % des terres sera vain, si l’on continue de saccager les 70 % restants. C’est l’ensemble de notre manière de nous comporter, de penser et d’interagir avec le vivant que nous devons réformer – et non pas nous contenter de mettre la biodiversité sous cloche dans quelques lieux protégés.
Partout, y compris dans les villes, où une majorité de l’humanité vit, nous devons imaginer de nouvelles relations avec le vivant. C’est par exemple le sens du partenariat de l’Unesco avec LVMH que de démontrer qu’il est possible de concilier développement économique et conservation de la biodiversité.
Education à l’environnement
Réconcilier l’humanité et le vivant, cela passe aussi par l’éducation. Or il y a encore beaucoup à faire puisque le rapport de l’Unesco « Apprendre pour la planète », publié en juin, montre que seulement un pays sur cinq fait référence à la biodiversité dans ses programmes scolaires – et à peine un pays sur deux à la santé de l’océan ou au changement climatique. C’est pourquoi, lors de la Conférence de Berlin en mai dernier, plus de 80 gouvernements ont pris l’engagement de mettre l’éducation à l’environnement au cœur des programmes scolaires partout dans le monde d’ici à 2025.
Les communautés locales et populations autochtones, gardiennes de 80 % de la biodiversité mondiale, ont aussi beaucoup à nous apprendre, elles qui vivent avec le vivant, et non contre lui – à l’image des éleveurs d’Afrique de l’Est, dont la connaissance intime de la floraison des arbres et du comportement des insectes et des oiseaux est à la base d’une compréhension respectueuse de la nature.
> Décryptage : Le réchauffement climatique en 10 questions
Qu’il se manifeste par le spectacle déchirant des mégafeux, par la dégradation des terres, ou par le silence inquiétant qui s’installe dans les campagnes et les forêts, l’effondrement de la biodiversité doit nous inciter à changer de trajectoire sans plus tarder, et à nous mobiliser aux côtés de la jeunesse. Il en est encore temps, mais plus pour longtemps.
<https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/09/02/audrey-azoulay-et-bruno-oberle-il-est-encore-temps-de-faire-la-paix-avec-notre-planete-et-avec-le-vivant_6093149_3232.html>
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23- Congrès mondial de la nature à Marseille : les clés pour comprendre, Reporterre, 02/09/21, 17h38
Lorène Lavocat

L’Union internationale pour la conservation de la nature tient son congrès mondial du 3 au 11 septembre à Marseille. Les acteurs de la préservation de la biodiversité se retrouveront pour accorder leurs voix et tenter de peser sur les décideurs politiques et économiques. Le but : interrompre le processus d’effondrement du vivant.
J-1 : moment-phare pour la préservation de la biodiversité, le Congrès mondial de la nature se tiendra à Marseille, du vendredi 3 au 11 septembre prochains. Organisé tous les quatre ans par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), il est présenté comme « l’événement environnemental le plus important au monde » — rien que ça ! Sur le site du sommet, on annonce plus de 10 000 participants et des décisions « qui influenceront les politiques mondiales de conservation pour la prochaine décennie ». Mais à quoi s’attendre précisément ? Reporterre vous donne quelques clés de compréhension de ce congrès majeur, à mi-chemin entre une COP, une exposition universelle et une session du Giec.
>> Suite à lire à :
<https://reporterre.net/Congres-mondial-de-la-nature-a-Marseille-les-cles-pour-comprendre>
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24- Le Congrès mondial de la nature s'ouvre sur fond de fortes attentes, Actu-environnement, 02/09/21
Laurent Radisson 

Emmanuel Macron ouvre ce vendredi le Congrès de l'Union internationale de conservation de la nature. Les attentes sont fortes face à l'effondrement de la biodiversité et à la veille de fixer une nouvelle stratégie internationale.
« La planète aura les yeux tournés vers la cité phocéenne lors de cette semaine décisive. Notre objectif commun est d'inscrire la nature au sommet des priorités internationales - car nos destins sont intrinsèquement liés, planète, climat, nature et communautés humaines ». Telle est la promesse qu'affiche Emmanuel Macron à la veille de l'ouverture du Congrès mondial de la nature de l'UICN qui se tient du 3 au 11 septembre à Marseille.
Mais de nombreux acteurs craignent que l'ambition ne soit pas à la hauteur de l'urgence écologique et que la mise en œuvre des objectifs le soit encore moins. Tandis que d'autres remettent en cause l'approche même de la protection de la biodiversité retenue jusqu'ici. Les faits semblent ne pas leur donner tort.
>> Suite à lire à :
<https://www.actu-environnement.com/ae/news/congres-mondial-nature-uicn-marseille-ouverture-attentes-38106.php4>
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25- Lézard mutant, crevette, corail… Les nouvelles créatures de la crise climatique, We Demain, 02/09/21
Kyrill Nikitine

L’humain n’est pas le seul à s’adapter à la nouvelle donne écologique. Voilà plus de dix ans que les biologistes observent d’étonnantes mutations et changements de comportement chez les oiseaux, papillons, lézards, arbres, coraux…
Face aux bouleversements des écosystèmes, animaux et végétaux ont toujours eu des réponses adaptatives. Or la crise écologique actuelle accélère sérieusement ce processus de sélection naturelle ! Notre planète a déjà connu des bouleversements de cette ampleur, les plus importantes étant la crise du crétacé tertiaire (– 65 millions d’années). Un pic de chaleur à l’ère éocène (– 56 millions d’années. Ainsi qu’un fort changement à la fin de la dernière ère glaciaire (– 12 000 ans). Mais aucun d’entre eux n’avait touché à ce point l’ensemble de la biosphère ou n’avait demandé aux animaux un changement de mode vie aussi rapide. 
Théâtre d’une détérioration inédite, l’ère de l’anthropocène, dans laquelle nous évoluons, voit aussi croître de façon spectaculaire les performances de la sélection naturelle. Des réponses physiologiques des mondes animal et végétal qui, pour certaines, ont été observées en une seule génération. Transformations des membres, du système sensoriel, des modes de reproduction, d’alimentation ou de communication… Aucune option n’est exclue par le vivant !
>> Suite à lire à :
<https://www.wedemain.fr/decouvrir/lezard-mutant-crevette-corail-les-nouvelles-creatures-de-la-crise-climatique/>
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26- Se reconnecter au vivant et protéger la nature : 7 pistes pour agir dès maintenant, Blog Même pas mal !, 02/09/21
Anne-Sophie Novel

Cette semaine, Marseille est à la UNE avec la visite du chef de l’état pour apporter une réponse globale aux problèmes de la ville. Mais la Cité phocéenne accueille aussi dès ce vendredi 3 septembre un événement très attendu dans les milieux écologistes : le Congrès Mondial de la nature, organisé par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). L’occasion de revenir ici sur un sujet dont vous avez sans doute entendu parler sans trop savoir quoi en faire dans votre vie.
Une préoccupation aussi urgente que le climat
Tous les quatre ans, le Congrès mondial de la nature de l’UICN réunit des milliers de délégués, y compris des experts et praticiens de la conservation, des représentants des gouvernements et des entreprises, des peuples autochtones, des scientifiques, ainsi que tout autre partie prenante professionnelle s’intéressant à la nature et à l’utilisation juste et durable des ressources naturelles. Depuis sa création en 1948 à Fontainebleau, l’événement n’avait plus jamais eu lieu en France. Le moment est donc fort attendu, c’est d’ailleurs LE grand rendez-vous international avant la COP15 de la Convention sur la Diversité Biologique  qui révisera les objectifs internationaux de la biodiversité (objectifs d’Aïchi) et l’engagement des 196 États Parties à la Convention pour la période 2021–2030 par la formalisation d’un nouveau plan stratégique mondial.
Ce point d’actualité institutionnel effectué, venons en aux faits. Après le rapport du GIEC publié cet été, les perspectives sur le front du vivant ne sont guère plus réjouissantes et cette COP15 est donc très attendue : enrayer la destruction du vivant est l’un des défis majeurs de notre siècle, mais comme le climat il y a encore six ans, la biodiversité n’est pas encore un sujet très « attrayant » ni fortement mobilisateur hors des réseaux militants. Pour cause : une méconnaissance généralisée de ces questions, une déconnection de la nature et du monde sauvage et surtout une culture anthropocentrée qui considère que les humains sont une espèce supérieure au reste du vivant. Résultat : notre rapport à la nature est tel qu’on l’utilise sans compter pour satisfaire nos besoins sans réaliser que cela remet directement en cause notre survie sur terre.
La bonne nouvelle, c’est qu’il existe une effervescence dans les réflexions menées autour du sujet : comme l’explique si bien la série d’articles initiée par Nicolas Truong en 2020 et poursuivie cet été, toute une génération d’intellectuels (Latour, Morizot, Despret, Coccia, Descola, Martins, Cochet, Zhong Mengual, etc.) situés au carrefour de la philosophie et de l’anthropologie s’attachent à repenser notre rapport au vivant, à questionner cette posture, à proposer d’autres types de relations à la nature qui nous environne.
>> Suite à lire à :
<https://www.lemonde.fr/blog/alternatives/2021/09/02/se-reconnecter-au-vivant-et-proteger-la-nature-7-pistes-pour-agir-des-maintenant/>
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Dossier en ligne
27- Le Congrès mondial de la nature de l’UICN, Marseille, 3-11 septembre 2021

Qu’est-ce que le Congrès mondial de la nature de l’UICN ? Quels sont ses objectifs ? Qui participe au Congrès ? Quels sont les enjeux clés de ce Congrès ? Quelles sont les actions préparatoires ? etc.
>> Suite à lire à :
<https://uicn.fr/congres-mondial-de-la-nature-uicn-2020/#1611324744657-74242ef1-38d5>
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